Frappé par une éclosion de COVID-19 qui a infecté 95 de ses 370 travailleurs, l’abattoir Olymel de Princeville devrait fermer ses portes durant deux semaines pour endiguer la propagation du virus, réclame le syndicat des employés.

Daphné Cameron
Daphné Cameron La Presse

La Santé publique juge qu’il n’est pas nécessaire de le faire pour l’instant. En revanche, l’opération de dépistage massif sera élargie ce mardi à l’entièreté du personnel. Environ 100 personnes de plus pourront ainsi avoir accès à un test.

« Il était à peu près temps qu’ils se réveillent », a déclaré Steve Houle, président du syndicat CSN d’Olymel Princeville. « On a un Facebook pour le syndicat. Je regarde les commentaires qui passent là-dessus et les gens ont perdu confiance, autant envers l’employeur qu’envers la Santé publique. Depuis la semaine dernière qu’on dit qu’il faut tester toute l’usine. »

L’éclosion a débuté le 23 octobre. Après l’apparition de 21 cas au sein du département de la découpe, la Direction régionale de santé publique (DRSP) de la Mauricie — Centre-du-Québec a décidé de procéder au dépistage « massif » de l’ensemble de cette équipe de travail qui œuvre sur le quart de jour. Le 30 octobre, 147 employés ont été testés sur place. De ce nombre, 39 étaient positifs.

Tous les employés négatifs de cette cohorte qui le voulaient — soit 90 personnes — ont subi un deuxième test de dépistage une semaine plus tard. Dix d’entre eux étaient positifs.

Le dépistage hebdomadaire des cas négatifs est une nouvelle approche mise à l’essai dans cette industrie durement touchée par des éclosions. Si les lignes directrices habituelles avaient été suivies, ces employés infectés seraient passés sous le radar, car ils n’éprouvaient aucun symptôme.

En parallèle, 25 employés supplémentaires ont reçu un diagnostic positif après s’être eux-mêmes déplacés pour se faire tester dans les centres de dépistage ouverts au grand public.

La troisième opération de dépistage ouverte aux employés des quarts de soir et de l’abattage débutera mardi matin. « En élargissant ainsi le dépistage, qui visait dans un premier temps le secteur de la coupe, la Santé publique et la direction d’Olymel espèrent contrôler l’éclosion en cours à cette usine », a indiqué Richard Vigneault, porte-parole de la multinationale québécoise.

Correctifs demandés

Lors de la première vague de la pandémie, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a développé des lignes directrices pour protéger les employés des abattoirs. Le guide recommandait la mise en place de séparateurs physiques ou le port d’équipement individuel lorsque la distanciation physique n’était pas possible.

Depuis, l’ensemble de l’industrie a adopté cette pratique.

La CNESST et l’équipe de santé au travail de la DRSP ont effectué une visite à l’usine de Princeville le 1er novembre.

« En général, ce qui a été observé lors de la visite, c’est que les mesures en place aux postes de travail semblaient conformes, bien qu’un relâchement a pu être observé au niveau du port adéquat de l’équipement de protection individuel », a indiqué le porte-parole de la DRSP de la Mauricie – Centre-du-Québec, Guillaume Cliche.

La Santé publique a sensibilisé le personnel à l’importance du port de l’équipement de protection individuel — masque de procédure, visière et lunettes — dans les postes de travail, mais aussi dans les aires communes.

L’augmentation du débit d’air dans les conduites de ventilation, l’achat d’un produit nettoyant plus approprié et l’ajout de séparateurs physiques sont d’autres correctifs qui ont été demandés à l’entreprise, a indiqué Guillaume Cliche.

« Côté protection, on a tout ce qu’il faut. Tous les matins, on a une infirmière dans l’usine qui questionne les travailleurs quand ils rentrent. Il faut se laver les mains, porter un masque, une visière et des lunettes au besoin. Vraiment, tout est là. À savoir pourquoi ça se propage de même ? J’en ai aucune espèce d’idée. On ne comprend pas que, malgré toutes les attentions que l’on porte à tout le système de protection, que ça pop pareil. On a bien de la misère à comprendre le pourquoi de », affirme Steve Houle.

D’autres éclosions

Deux autres usines d’Olymel sont aux prises avec des éclosions en ce moment. À l’abattoir de porcs de Vallée-Jonction, en Beauce, 139 employés (sur environ 1000) ont été infectés depuis la mi-octobre. En date du 4 novembre, 110 cas étaient considérés comme rétablis, selon la DRSP de Chaudière-Appalaches. « On est vraiment sur une pente plus positive qu’il y a deux semaines », a indiqué Richard Vigneault, d’Olymel.

Là aussi, la Santé publique a décidé de mettre en place un programme de dépistage hebdomadaire chez les employés asymptomatiques ayant reçu un résultat négatif. Une première cohorte de 107 travailleurs s’est soumise au test le 30 octobre. Cinq tests se sont avérés positifs. Cinq cas qui n’auraient pas été dépistés autrement.

En Montérégie, la Santé publique recensait lundi sept cas actifs à l’usine de transformation de volaille de Sainte-Rosalie.