(Montréal) Les éclosions dans les écoles de la province comptent maintenant pour plus de 27 % de toutes les éclosions de COVID-19, une situation jugée « inquiétante » par certains. En prévision des prochains mois, l’opposition libérale demande au gouvernement de faire un état des lieux pour s’assurer que les écoles sont prêtes pour l’hiver pandémique.

Marie-Eve Morasse
Marie-Eve Morasse La Presse

Porte-parole de l’opposition officielle en matière d’éducation, Marwah Rizqy appelle le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge à faire « preuve de leadership » et estime qu’il faut dès maintenant faire l’achat massif de purificateurs d’air portatifs pour les écoles souvent vétustes.

« On sait qu’on va en avoir besoin », dit la députée libérale de Saint-Laurent. Elle fait occasionnellement de la suppléance dans une école de sa circonscription.

En octobre, il faisait quelques degrés seulement, j’ai ouvert les fenêtres et après 10 minutes, les enfants avaient froid. Ouvrir les fenêtres, c’est nettement insuffisant.

Marwah Rizqy, porte-parole de l’opposition officielle en matière d’éducation

Lundi, La Presse rapportait que le protocole de plusieurs centres de services scolaires prévoit qu’on ouvre les fenêtres pour aérer correctement les salles de classe. En réaction, des enseignants nous ont écrit qu’ils n’ont jamais vu ledit protocole. « JE suis le protocole dans la section de l’école secondaire où je travaille, écrit un enseignant de Laval. Quand j’arrive le matin, toutes les fenêtres dans les corridors sont fermées et je rage de devoir les ouvrir alors que plusieurs personnes sont déjà passées par là. »

Marwah Rizqy demande l’envoi d’équipes spéciales « aérosols dans les écoles », des inspecteurs de Québec qui iraient faire un état des lieux sur le terrain. Les vacances des Fêtes pourraient ensuite servir à faire des interventions concrètes, dit-elle.

En entrevue au 98,5 FM, lundi, le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge a rappelé qu’il avait ajouté en septembre 20 millions de dollars pour la ventilation dans les écoles. « Dans le réseau scolaire, on me dit que les rénovations sont faites dans les écoles qui avaient des besoins », a précisé le ministre.

Une situation « préoccupante »

Le fait que les écoles soient les plus touchées par des éclosions de COVID-19 après les milieux de travail « préoccupe » Nicolas Prévost, président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE).

« On travaille très fort pour maintenir et assurer les directives de la Santé publique, c’est très contraignant, et malgré ça, on voit que les efforts ne portent pas les fruits qu’on espère », dit M. Prévost. Selon les chiffres qu’il détient, 60 % des cas de COVID-19 ont été déclarés au secondaire, 20 % au primaire et 20 % à la formation générale des adultes.

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Nombre d’éclosions dans les écoles de Montréal, sur un total de 388, en date du 5 novembre, selon la Santé publique de Montréal. Une éclosion se définit par au moins deux cas confirmés, en moins de 14 jours.

« Une éclosion signifie que la Direction de santé publique a identifié une transmission de COVID-19 dans le milieu », explique le porte-parole de la Direction régionale de santé publique de Montréal, Éric Forest.

Dans quelles écoles ces éclosions sont-elles et combien y a-t-il eu d’élèves et de membres du personnel infectés ? Pour le savoir, la Santé publique nous renvoie aux centres de services scolaires. Les trois CSS francophones de l’île de Montréal, à qui nous avons posé la question lundi, ne nous avaient pas répondu au moment de publier.

« On a atteint la limite »

La présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES) voit l’inquiétude qui augmente dans le milieu scolaire en même temps que les cas de COVID-19, mais estime néanmoins que « le système actuel fonctionne ». « Je ne dis pas que c’est facile, mais on a trouvé une erre d’aller », dit Hélène Bourdages.

En outre, avec les élèves de troisième, quatrième et cinquième secondaire à mi-temps à la maison, « on a atteint la limite », estime Mme Bourdages. « On va y repenser avant d’envoyer les jeunes de secondaire 2 en mode hybride. La santé publique, c’est plus que la COVID. Si on crée des décrochages massifs, ce ne sera pas de bon augure », dit la présidente de l’AMDES. « Je ne me substitue pas à la Santé publique, mais ce n’est pas ce qu’on souhaite », poursuit-elle.

À la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement, on indique qu’il n’y a pas de discussions en ce sens avec Québec. « On ne souhaite pas encore plus d’élèves en enseignement à domicile, mais s’il faut en venir là, on le fera », dit Nicolas Prévost.

Fermeture d’une école primaire de Laval

L’école primaire Marcel-Vaillancourt de Laval doit fermer ses portes pour deux semaines en raison d’une éclosion de COVID-19. L’école compte actuellement 20 cas, « dont la majorité » sont répartis dans trois groupes, écrit le Centre de services scolaire de Laval (CSSDL) dans un communiqué diffusé lundi en soirée. « Toutefois, à la suite de l’enquête épidémiologique, la Santé publique a procédé à l’isolement de près de 115 élèves, soit 20 % de l’ensemble de nos élèves », poursuit le CSSDL, qui indique en conséquence avoir pris la décision de fermer l’école jusqu’au 20 novembre. Dès mercredi, les cours reprendront à distance pour les élèves de cette école primaire. Le CSSDL assure que les parents des élèves devant être placés en isolement ont été informés, tandis que d’autres élèves et membres du personnel ont été informés qu’ils devront effectuer un test de dépistage à titre préventif. Selon les plus récents chiffres de Québec, il y a actuellement 383 éclosions actives de COVID-19 en milieu scolaire, ce qui représente plus du quart (27,3 %) de toutes les éclosions recensées dans la province.

— Marie-Eve Morasse, La Presse