Malgré les restrictions en place, le Québec peine à enclencher une tendance à la baisse des nouveaux cas de COVID-19. Explications de quatre experts consultés par La Presse.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Pourquoi ce long plateau ?

« C’est dû au fait que le virus se répand dans des régions qui n’avaient pas été touchées pendant la première vague, comme au Saguenay – Lac-Saint-Jean. Il est fort possible que certaines personnes – pas la majorité – ne respectent pas les consignes. L’Halloween était notamment une occasion de se réunir. Finalement, le processus de traçage de cas est trop lent. Le gouvernement l’admet. Tant qu’on ne procèdera pas au dépistage, traçage et isolement le plus rapidement possible, on aura peu d’amélioration », analyse Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Faut-il accepter le plateau ?

« Je pense que oui, en autant que les personnes les plus vulnérables ne soient pas touchées et en autant que les capacités hospitalières soient maintenues », a dit Caroline Quach-Thanh, pédiatre, microbiologiste et épidémiologiste à l’hôpital Sainte-Justine. « C’est là où ça devient difficile, parce qu’il faut être capable de prédire si les hôpitaux vont être capables de fonctionner. Contrairement au printemps, on a beaucoup moins de marge de manœuvre. »

Que peut-on faire de plus pour freiner la transmission ?

« Peu de choses », admet Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. « Le virus se nourrit de contacts sociaux. Pour le moment, ces contacts se concentrent dans certains milieux de travail et dans les écoles, car ce sont les deux secteurs qui ne sont pas totalement confinés. On pourrait allonger ou devancer le congé scolaire ou encore y greffer les trois journées pédagogiques ajoutées au calendrier scolaire. Toutes les classes de secondaire pourraient aller à l’école un jour sur deux. Le gouvernement a récemment étendu cette consigne aux élèves de secondaire 3. Il faut comprendre que quand on resserre les restrictions, c’est seulement des semaines plus tard qu’on peut voir les résultats, donc ce ne serait pas immédiat. »

Comment évaluez-vous le travail de la Santé publique à ce moment-ci ?

« La Santé publique fait du bon travail, mais le traçage des contacts semble plus problématique. Il manque encore de bras ou de moyens pour le faire rapidement, a affirmé l’épidémiologiste Nimâ Machouf. Ce que j’aurais aimé avoir, ce sont des données qui permettent de voir où se trouvent et comment se font les transmissions. On parle des écoles, mais quand un cas survient, on ne sait pas si les gens se sont infectés à l’école ou à l’extérieur. Je pense que la Santé publique manque de données, c’est mon impression. »