Le découragement se faisait sentir sous le soleil qui réchauffait Montréal, dimanche, devant l’absence d’embellie semblable en matière de pandémie. Le Québec a même atteint un sommet quotidien de cas, avec 1397 personnes déclarées positives au virus.

Mayssa Ferah
Mayssa Ferah La Presse
Philippe Teisceira-Lessard
Philippe Teisceira-Lessard La Presse

Malgré les efforts, malgré les masques, malgré les fermetures, la pandémie ne fléchit pas sur le territoire québécois. Au contraire. La province a battu un nouveau record, la semaine dernière, enregistrant presque 7500 cas en seulement 7 jours. Le bilan des décès reste toutefois bien en deçà de celui de la première vague.

Les passants fourmillaient sur les trottoirs du centre-ville de Montréal sous l’incessant vacarme des travaux de construction, dimanche après-midi. Les visages affichaient des mines sombres malgré un soleil radieux.

« On ne sait plus quoi faire pour diminuer nos contacts. On fait déjà notre maximum », soupire Bianca Basso, questionnée sur l’augmentation des cas confirmés au bilan de dimanche. Son mari Serge Prudhomme craint le pire : il faudra fermer les écoles. C’est dans les classes que le virus se transmet, pense-t-il. Un second confinement total pourrait être nécessaire. « Cette deuxième vague frappe plus fort sur le moral parce qu’on ne voit pas le fruit de nos efforts. »

Le couple de Montréalais a déjà mis une croix sur un éventuel réveillon en famille. Et il n’est pas le seul.

« Impossible qu’on passe Noël en groupe cette année. Ça m’arrange, je suis tanné des partys de famille », rigole Didier Perras.

« Je me demande comment ça se fait qu’on ne voit pas de diminution. Ça augmente. Peut-être le beau temps, peut-être l’Halloween la semaine dernière », s’interroge le résidant de Verdun en reprenant son sérieux.

Une chose est sûre, le « deuxième défi 28 jours » s’éternise, indique sa conjointe Janick Loubat.

« Dur pour le moral »

La mairesse est sur la même longueur d’onde : « C’est dur pour le moral », a-t-elle reconnu au cours d’un point de presse, dimanche après-midi.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Valérie Plante, mairesse de Montréal

Valérie Plante a toutefois fait valoir que la température clémente de la fin de semaine a pu donner un peu d’énergie à la population. « Ça n’est pas facile, mais les Montréalais-e-s font preuve d’une très grande résilience, a-t-elle dit. Je tiens à les remercier de leur discipline parce qu’on est sur un plateau, on espère que ça va descendre. »

Certains citoyens ne voient pas le bout du tunnel, mais d’autres préfèrent voir le verre à moitié plein.

Blotties sur un banc du parc La Fontaine, Jolène Morin et Kimberly White papotaient en surveillant leurs enfants respectifs qui profitaient du beau temps en fin d’après-midi.

Je ne vois plus ça comme un défi, c’est devenu un mode de vie. Il va falloir qu’on accepte que nous sommes sur un long plateau. On doit être en mode résilience.

Jolène Morin

« Il faut garder les écoles ouvertes pour offrir un semblant de normalité aux enfants et aux ados. On est tous tannés [d’être sur un plateau], mais ce n’est pas l’esprit de peur qu’il y avait au printemps dernier », nuance son amie.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Caroline Dubé, Raymond Quenneville et leurs quatre filles

Raymond Quenneville, venu prendre l’air avec ses quatre filles, abonde dans le même sens. Que les cas augmentent ou baissent, ils sont encore là, et on doit maintenir les efforts.

« C’est vrai qu’on sent un petit ras-le-bol qui pourrait amener à un relâchement dans les mesures », admet toutefois le père de famille.

Les pauses dans la ligne de mire

Le gouvernement devrait faire le point en début de semaine sur l’évolution de la situation pandémique, à mi-chemin du deuxième mois de restrictions importantes pour les zones rouges.

Le ministre de la Santé avait communiqué dimanche avec les grands patrons des établissements du réseau de la santé pour s’inquiéter d’« une hausse des éclosions dans certaines de nos installations ».

Christian Dubé montre du doigt la possibilité que le virus se transmette entre employés de la santé pendant les périodes de pause. « En ces temps difficiles, il est compréhensible que les gens aient envie de se regrouper, entre collègues, pour leur temps de pause ou pour les heures de repas, a-t-il écrit. Or, il est crucial que même ces moments de repos demeurent sécuritaires. En tout temps, cette culture de prévention doit nous guider dans notre quotidien. »

Le ministre Dubé insiste pour que des séances d’information soient tenues avec tout le personnel du réseau de la santé dans les deux prochaines semaines afin de rappeler les consignes sanitaires. « La population du Québec a besoin de ses travailleuses et travailleurs de la santé et il relève de la responsabilité de tous les intervenants de la préserver, comme de préserver la santé des usagers », a-t-il écrit.

« Vivre avec le virus »

Pendant ce temps, des experts estiment que le plateau actuel est le prix à payer pour conserver un minimum de vie en société.

« On continue à avoir des contacts sociaux, les enfants continuent à aller à l’école, les gens continuent à travailler, donc il continue à y avoir de la transmission, a dit Caroline Quach, microbiologiste et épidémiologiste. Le seul moyen de tomber à zéro, c’est un confinement total. »

Pour l’épidémiologiste Nimâ Machouf, le plateau qui semble s’être installé dans la province dissimule des éclosions importantes qui se succèdent dans certaines régions.

« J’aime bien le principe des couleurs, a-t-elle dit. Si aujourd’hui ça va mal en Gaspésie, on n’est pas obligés de tout fermer en Estrie. »

Ce qu’on a appris de la première vague, c’est qu’on n’est pas obligés de tout fermer partout. Il faut fermer là où ça va mal, et on peut garder ouvert là où ça va moins mal. Dix mois après le début de cette saga, on n’a toujours ni vaccin ni traitement. On est partis pour du long terme. Il faut voir comment on peut vivre avec le virus.

Nimâ Machouf, épidémiologiste

Les deux médecins prévoient toutes deux que le gouvernement assouplisse les restrictions pour le temps des Fêtes, mais qu’aucun Québécois ne pourra vivre un réveillon normal.

« Un Noël normal ? Non. Mais un Noël ? Oui, probablement avec moins de monde autour de la table. Je vois mal comment on pourrait être 50, en provenance de toutes les régions du Québec, dans une maison », a expliqué la Dre Quach. Elle propose que les autorités sanitaires élaborent un outil pour que chaque bulle familiale puisse évaluer son propre niveau de risque et ainsi prendre des décisions en connaissance de cause. « Être capable d’identifier le risque individuel de façon un peu plus précise permettrait d’éviter que cette personne-là se retrouve dans un groupe incluant des gens vulnérables. »

« Si on est dans une zone jaune, orange ou rouge, le Noël comme à l’habitude n’existera pas », avertit la Dre Machouf, qui soutient qu’il faudra notamment faire très attention à l’aération des maisons, si de petits rassemblements sont autorisés.

Bilan quotidien

La province enregistrait dimanche une forte hausse de nouveaux cas quotidiens de COVID-19 avec 1397, alors que neuf décès viennent alourdir le bilan. De ces neuf décès, deux sont survenus dans les 24 dernières heures et sept, entre le 1er et le 6 novembre.

1/4
  •  
  •  
  •  
  •  

Au total, 6440 Québécois ont succombé à la COVID-19 depuis le début de cette pandémie.

Le nombre de cas à travers la province cumule désormais à 114 820. Avec 1397 cas recensés dans les 24 dernières heures, le nombre de cas quotidiens demeure au-dessus de la barre des 1000. On compte au total 527 patients hospitalisés, soit 4 de plus que samedi. Parmi ceux-ci, 77 patients se trouvent aux soins intensifs, un de moins que la veille. Selon les informations diffusées dimanche, 53 personnes sont entrées à l’hôpital et 49 en sont sorties. Les prélèvements réalisés le 6 novembre s’élèvent à 25 855, pour un total de 3 302 644.