Québec demande qu’on analyse une surmortalité intrigante depuis le début de la deuxième vague

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Pierre-André Normandin Pierre-André Normandin
La Presse

(Québec) Il n’est pas question, « pour l’instant », de relâcher les restrictions sanitaires à Montréal comme le propose la Direction de santé publique de la métropole, tranche le premier ministre François Legault. Québec demande par ailleurs une analyse de la surmortalité : celle-ci dépasse depuis quelques semaines le nombre de décès attribuables à la COVID-19.

En conférence de presse jeudi, François Legault a tenu à dissiper « une certaine confusion » causée selon lui par des recommandations émanant de la directrice de santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin. Celle-ci plaide pour un assouplissement des mesures en zone rouge.

Elle propose, par exemple, de permettre à deux ménages de se réunir dans une maison, d’autoriser les rassemblements publics intérieurs d’un maximum de 25 personnes, de rouvrir les salles de spectacle, les gyms (entraînement individuel seulement), les musées, les bibliothèques et les terrasses de restaurant en fonction de la capacité d’accueil.

Ces propositions sont contenues dans un document de la DSP de Montréal daté du 26 octobre, intitulé « Recommandations pour ajuster les mesures du palier rouge à Montréal ». Québec solidaire l’a déposé à l’Assemblée nationale à la suite d’un reportage de Radio-Canada sur le sujet et d’une entrevue accordée par la Dre Drouin au 98,5 FM.

« Pour l’instant, on ne pense pas que c’est une bonne idée d’ouvrir les restaurants, les gyms, les salles de spectacle parce que ce sont des opportunités de rassemblement et d’infection de beaucoup de personnes à la fois », a répliqué François Legault.

Pour lui, il ne pourra y avoir de relâchement « tant qu’on n’est pas en meilleur contrôle ». Il a souligné que Montréal avait « quand même 261 nouveaux cas » de COVID-19. « Donc la bataille n’est pas gagnée. »

Il s’est montré agacé par la déclaration de la DSP de Montréal.

C’est certain que ça amène une certaine confusion, puis ce n’est pas idéal comme situation.

François Legault, premier ministre du Québec

« C’est important que la population ait une ligne claire et qu’il y ait une communication un peu unique. On écoute la Santé publique nationale », représentée par le DHoracio Arruda.

Ce dernier n’a pas fait de recommandation au gouvernement allant dans le sens de la DSP de Montréal jusqu’ici. Il a expliqué que les « documents de travail » comme celui de la Dre Drouin font l’objet de discussions entre les directeurs régionaux et lui et qu’un « consensus » doit être atteint pour présenter une « position finale » au gouvernement.

Un assouplissement des mesures sanitaires, il n’y en aura « pas dans les prochains jours », a précisé François Legault. La position sera réexaminée rapidement. Car lorsque, le 26 octobre, il a reconduit pour 28 jours les mesures restrictives en zone rouge, il s’est engagé à réévaluer la situation dans un délai de deux semaines. L’échéance est lundi. Au gouvernement, on donne peu d’espoir à l’annonce d’un relâchement marqué ce jour-là.

Néanmoins, le premier ministre a évoqué un changement possible aux règles, se disant conscient que des personnes « développent toutes sortes de problèmes de santé mentale parce que ça fait un bon bout de temps qu’elles ne peuvent pas voir d’autres personnes ». Il a parlé en particulier des étudiants qui habitent chez leurs parents et qui ne peuvent recevoir de visite, dans les zones rouges. « J’ai demandé à mon équipe de regarder la possibilité peut-être d’un assouplissement qui serait plus pour des rencontres individuelles, a-t-il affirmé. Est-ce qu’un jeune peut rencontrer un autre jeune, ou peu importe l’âge ? Est-ce qu’il pourrait y avoir des rencontres, mais [une] personne à la fois ? »

Surmortalité intrigante

Lors de la première vague, la hausse des décès observée au Québec par rapport à la moyenne des dernières années, soit la surmortalité, s’expliquait entièrement par les décès attribuables à la COVID-19. Le gouvernement a maintes fois répété que la similarité des deux courbes illustrait combien la province identifiait bien les morts dues à la pandémie, contrairement à d’autres États.

Or, les données les plus récentes de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) mettent en lumière cet automne une surmortalité supérieure au nombre de décès liés à la COVID-19. Durant les six premières semaines de la deuxième vague, soit du 30 août au 10 octobre, 666 personnes de plus que la moyenne observée les cinq dernières années sont mortes, soit une hausse de 10 %. Pourtant, durant cette même période, le bilan provincial fait état de 200 décès en raison de la pandémie.

François Legault maintient que le Québec rapporte fidèlement les morts attribuables à la COVID-19, ajoutant qu’il n’avait pas pris connaissance de ces données sur la surmortalité. De son côté, le DArruda a demandé « des tableaux et une analyse » pour comprendre le phénomène. « C’est quelque chose qu’on doit surveiller », a-t-il ajouté.

À noter, les données de l’ISQ vont jusqu’au 10 octobre. Il faudra voir si cet écart entre la surmortalité et les décès attribués à la COVID-19 persistera alors que le bilan québécois de la pandémie continue à s’alourdir. Au cours du dernier mois, la province a déploré près de 400 décès de plus en raison du nouveau coronavirus.

Les données de l’ISQ montrent que cet écart se situe essentiellement chez les 70 ans et plus. Ceux-ci ont enregistré dans les six premières semaines de la deuxième vague une surmortalité de 530 décès, soit une hausse de 10 %.

Une surmortalité s’est également fait sentir chez les moins de 50 ans, groupe qui a déploré peu de morts dues à la COVID-19. Selon les données de l’ISQ, qui ne ventile pas les causes de décès, le Québec a enregistré en septembre 72 morts de plus que la moyenne des cinq dernières années, soit une hausse de 20 %. Durant cette période, le bilan provincial ne fait état que d’un seul décès dû à la COVID-19 chez les moins de 50 ans.

Fait à souligner, la surmortalité observée cet automne se concentre à l’extérieur de Montréal et Laval, toujours selon les données de l’ISQ. Durant la première vague, la métropole avait été l’épicentre de la pandémie et les chiffres de l’ISQ sur la surmortalité au printemps en font d’ailleurs état.

Mais depuis, la métropole observe une baisse du nombre de décès. Moins touchées ce printemps par la pandémie, les couronnes de Montréal et les autres régions du Québec observent quant à elles une plus importante surmortalité cet automne.

Décès en hausse

Le bilan de la COVID-19 au Québec continue à s’alourdir, alors que 28 nouveaux décès ont été rapportés jeudi. La province a aussi enregistré 1138 cas supplémentaires tandis que la tendance est fortement en hausse au Saguenay et dans Lanaudière.

Les données les plus récentes sur les tests de dépistage indiquent qu’un peu plus de 27 000 prélèvements ont été effectués mardi.

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Le nombre de décès attribués à la COVID-19 poursuit sa tendance à la hausse : la moyenne observée ces sept derniers jours s’établit désormais à près de 24 morts par jour. C’est à Québec et en Montérégie que l’on déplore le plus de victimes de la COVID-19. Les deux régions ont rapporté chacune 5 décès.

Sur l’île de Montréal, en Outaouais et dans Lanaudière, le bilan du jour fait état de 3 décès dans chacune des régions. On rapporte 2 morts au Saguenay–Lac-Saint-Jean, en Estrie, ainsi que dans Chaudière-Appalaches. Enfin, les régions du Bas-Saint-Laurent, de la Mauricie et du Centre-du-Québec ainsi que les Laurentides déplorent chacune 1 décès.

Le Québec compte désormais 538 personnes hospitalisées, soit une de moins que la veille. On note toutefois qu’il y a une personne de plus aux soins intensifs, pour un total de 82.