Le bilan s’alourdit à l’abattoir d’Olymel de Vallée-Jonction, en Beauce. Sur 581 employés testés depuis une semaine, 114 sont atteints de la COVID-19.

Daphné Cameron Daphné Cameron
La Presse

Plutôt que de fermer l’usine durant deux semaines pour endiguer la propagation, la Santé publique a décidé de mettre en place un projet pilote de dépistage hebdomadaire chez les employés qui n’ont jamais contracté le virus. Une première dans cette industrie frappée par d’importantes éclosions depuis mars.

Cette nouvelle approche vise d’abord et avant tout le quart de travail de jour, où 60 % des travailleurs testés ont reçu un résultat positif.

Dans l’ensemble de la population de la région de Chaudière-Appalaches – qui se trouve actuellement en zone rouge –, le taux de positivité des tests oscille entre 6 % et 8 %. Dans les quarts de soir et de nuit chez Olymel, la positivité des tests tourne autour de 4,5 %.

En entrevue avec La Presse, la directrice régionale de santé publique de Chaudière-Appalaches, la Dre Liliana Romero, a qualifié cette nouvelle mesure d’« innovante ». Elle sera mise à l’essai au cours des trois prochaines semaines et pourrait être prolongée par la suite. « C’est une mesure qu’on va réévaluer selon les résultats, mais je pense que c’est une mesure de suivi très serrée », a-t-elle souligné.

Les tests dans le cadre de ce programme seront réalisés au privé et les coûts seront payés par Olymel. Il vise uniquement les employés asymptomatiques. Les gens malades doivent immédiatement se faire tester dans le réseau public.

« Ça exclut les travailleurs qui ont déjà eu la COVID-19 parce que quand une personne a contracté la maladie, on recommande de ne pas dépister sur une période de trois mois », précise la Dre Romero.

Maintenir le « fonctionnement économique »

Ce n’est pas la première éclosion à survenir à l’usine de transformation du porc de Vallée-Jonction. Lors de la première vague, 30 employés avaient contracté le virus.

En avril, l’abattoir d’Olymel situé à Yamachiche, en Mauricie, a été fermé durant deux semaines lorsqu’une importante éclosion a infecté près de 140 travailleurs. Pourquoi ne pas avoir procédé à une fermeture cette fois-ci ?

« On sait qu’il y a de la transmission communautaire dans la région et on sait que la situation d’éclosion ici, c’est un reflet de la situation dans la communauté. Ce n’est pas juste un problème d’organisation de l’entreprise. Et donc, on veut conserver les emplois et on veut maintenir le fonctionnement économique. En même temps, l’objectif principal, c’est de protéger la population, donc c’est pour cela qu’on va avec des mesures très serrées », explique la Dre Liliana Romero.

Plan d’action

À compter de mercredi, des infirmières ont été embauchées par Olymel afin de dépister les symptômes des employés.

On voyait qu’il y avait des travailleurs qui ne déclaraient pas qu’ils étaient symptomatiques parce qu’ils avaient peur de perdre leur travail ou de ne pas avoir une assurance salaire. L’entreprise a corrigé ça : il va y avoir la mise en place d’un système d’avance de salaire pour les personnes qui ont des symptômes.

La Dre Liliana Romero, directrice régionale de santé publique de Chaudière-Appalaches

Partout en Amérique du Nord, les usines de transformation de viande sont frappées par des éclosions de COVID-19. La distanciation physique de deux mètres est difficile à appliquer et le virus SARS-CoV-2 a tendance à survivre plus longtemps dans les milieux froids et humides.

Dans la section de la découpe – où l’on recense le plus grand nombre de cas dans la deuxième vague à Vallée-Jonction –, les employés travaillent coude à coude.

Mais c’est plutôt dans les aires communes que la Santé publique a noté un certain laxisme.

« Des plexiglas, l’utilisation des masques et des visières : c’était tout en place, mais il y avait un relâchement chez les travailleurs, surtout dans la cafétéria et dans le stationnement », explique la Dre Romero.

Le porte-parole d’Olymel, Richard Vigneault, ajoute que du personnel sera désormais affecté exclusivement à disperser les attroupements dans les aires communes ainsi qu’à s’assurer du respect des mesures de distanciation.

Le service de navette sera aussi étendu pour éviter le covoiturage. Les horaires seront réaménagés pour éviter les croisements entre les quarts de travail.

Les heures supplémentaires et les mouvements entre les quarts de travail seront réduits au strict minimum.

Avec cinq abattoirs au Québec, Olymel est le plus important acteur de l’industrie.

« Si on a un autre abattoir qui se retrouve en zone rouge et dans une résurgence de contamination, c’est sûr que toutes les mesures sanitaires seront resserrées, que tout le plan d’action de Vallée-Jonction va être appliqué », a-t-il noté.

Les porcheries débordent

Le retrait de plus de 100 employés de la chaîne d’abattage a engendré un ralentissement des activités au sein de l’usine qui abat généralement 35 000 porcs par semaine. À l’heure actuelle, 1300 bêtes de moins sont tuées chaque jour, affirme M. Vigneault.

Cette situation préoccupe les éleveurs de porcs, car les porcheries débordent. À l’heure actuelle, on recense 81 000 porcs « en attente ». Un porc « en attente » est un animal prêt à abattre. En temps normal, il y en a entre 10 000 et 15 000.

Lundi, le premier ministre François Legault affirmait qu’il y avait « trop » d’éclosions au sein des entreprises du Québec.

Selon la dernière recension de l’Institut national de santé publique, dans la semaine du 11 au 17 octobre, on recensait 501 milieux de travail en éclosion dans la province, soit une hausse de 30 % par rapport à la semaine précédente. Plus de 2000 travailleurs étaient infectés (ce total exclut les milieux de soins aigus et d’hébergement de longue durée, de garde et scolaires).