Le gouvernement Legault a ajouté 28 jours aux 28 jours de sacrifices demandés aux Québécois il y a un mois, étant donné que les nouveaux cas de COVID-19, les hospitalisations et les éclosions n’ont pas diminué comme il le souhaitait.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Pierre-André Normandin Pierre-André Normandin
La Presse

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Le premier ministre a ainsi annoncé la reconduction des mesures restrictives en zone rouge, pour 28 jours supplémentaires, soit jusqu’au 23 novembre. Il a également resserré la vis dans les écoles. Dès lundi, les élèves de 3e secondaire qui fréquentent des écoles en zone rouge iront en classe une journée sur deux, comme c’est déjà le cas pour la 4e et la 5e secondaire.

« On a réussi à stabiliser le nombre de nouveaux cas, a-t-il affirmé lors d’un point de presse lundi à Montréal. Par contre, on n’a pas réussi à les diminuer. On n’a donc pas atteint tout l’objectif que nous nous étions fixé. »

M. Legault a tout de même laissé entrevoir une lueur d’espoir à ceux qui ont hâte que certaines des mesures sanitaires soient levées. « Dans deux semaines, on va réévaluer la situation. Si les indicateurs montrent une baisse soutenue du nombre de cas, d’éclosions et d’hospitalisations, on pourra relâcher plus tôt certaines de nos consignes. »

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Christian Dubé, ministre de la Santé

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a réitéré qu’une des raisons de la reconduction des mesures était la grande fragilité du réseau de la santé. Et ce, a-t-il ajouté, même si « on roule à 550 hospitalisations et entre 800 et 1000 nouveaux cas par jour ». « Imaginez si nous étions à 2000 ? Ou 3000 ? On n’a pas les moyens de se rendre là. »

Il a aussi évoqué l’un des effets pervers du nombre élevé d’hospitalisations liées au virus, soit la liste d’attente des interventions chirurgicales, chiffrée à 140 000.

En ce moment, on a de la misère à revenir à notre activité normale de 40 000 chirurgies par mois. Et tant qu’on n’atteindra pas 40 000, on ne réussira pas à baisser notre liste d’attente.

Christian Dubé, ministre de la Santé

Roxanne Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, considère elle aussi que la situation n’est pas « satisfaisante pour se permettre de rouvrir » le Québec. Le réseau de la santé, avec ses « ressources humaines, comme les infirmières, au bout du rouleau » et une capacité hospitalière « très limitée », ne peut se permettre un relâchement.

Et « 140 000 chirurgies en attente ! Comment va-t-on passer au travers ? C’est catastrophique ! Ce n’est pas acceptable dans une province développée ! »

Mieux contrôler les milieux de travail

François Legault a par ailleurs donné plus de détails sur le « blitz d’inspections » que le ministre du Travail, Jean Boulet, a lancé la semaine dernière. De nouveaux agents vont aider les inspecteurs de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) pour mieux contrôler les éclosions dans les milieux de travail. « On ne va pas se gêner pour donner des amendes et, si les entreprises récidivent, pour les fermer. Parce qu’il y a trop d’éclosions dans les entreprises, presque la moitié des éclosions sont là. »

Le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, a précisé que c’était « beaucoup dans les abattoirs » que les mesures de distanciation n’étaient pas respectées.

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Le Dr Horacio Arruda, directeur national de santé publique

Même si elle comprend la décision du gouvernement, la Dre Caroline Quach-Thanh, pédiatre et microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine, est d’avis que certains secteurs auraient pu rouvrir. « Potentiellement, là où on a un port du masque tout le temps. »

D’après elle, il faut surtout que les gens redoublent de prudence dans les milieux de travail, notamment pendant les pauses et l’heure du repas. Comme à l’hôpital Sainte-Justine, les employeurs devraient aussi s’assurer qu’il soit impossible pour les employés de s’asseoir à moins de deux mètres des autres dans des espaces comme la cafétéria. « C’est ce qu’on a fait à Sainte-Justine. »

Benoît Mâsse, professeur de santé publique à l’Université de Montréal, est plus inquiet de l’adhésion des Québécois aux demandes des autorités qu’à la première vague. « Il ne faut pas tenir pour acquise l’adhésion des Québécois aux restrictions et mesures recommandées. Combien de Québécois ont déjà décroché ? Et combien décrocheront dans les prochaines semaines ? On ne le sait pas, mais on sent qu’il y en a de plus en plus. L’élastique n’est pas infini, il ne faut pas trop l’étirer. »

D’après lui, dans le « meilleur des mondes », un vaccin sera offert à la population en mai prochain. Puisque bien des mois séparent les Québécois du printemps, il est d’avis qu’il faut permettre des « activités très encadrées pour éviter l’effritement qu’on va vivre ». Il propose par exemple l’ouverture des patinoires extérieures, même si la Santé publique prendrait un certain risque d’y voir des éclosions. « Il faut donner assez d’air pour pouvoir tenir jusqu’au mois de mai. »

Plus de restrictions dans les écoles secondaires

Depuis le début du mois d’octobre, les élèves de 4e et 5e secondaire vont à l’école à mi-temps et font le reste du temps l’école à distance. Dès lundi prochain, les élèves de 3e secondaire auront le même traitement. Québec estime que cette mesure a permis de réduire de 20 % le nombre d’élèves dans les autobus, dans les corridors et à la cafétéria.

Les experts nous disent qu’il y a plus de nouveaux cas chez les élèves du secondaire qui sont plus âgés. On remarque selon la science que les enfants qui sont plus vieux sont plus transmetteurs que les enfants les plus jeunes.

François Legault, premier ministre du Québec

Il a précisé que 881 classes sont actuellement fermées au Québec. D’ailleurs, le président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement, Nicolas Prévost, estime que jusqu’ici, ça se passe bien pour ces élèves. Il voit d’un bon œil le fait que Québec permette maintenant aux écoles de garder en classe les élèves vulnérables.

La présidente de l’Association montréalaise des établissements d’enseignement scolaire (AMDES) estime qu’il s’agit d’une « marge de manœuvre intéressante », mais rappelle que le mieux, c’est encore que tous les jeunes soient en classe.

Bilan hebdomadaire

Lundi, le Québec a rapporté 808 nouveaux cas confirmés de COVID-19. Ce bilan est venu mettre en lumière qu’après un plateau d’un peu plus de trois semaines, une légère tendance à la baisse commence à se faire sentir dans la province. Le Québec a enregistré la semaine dernière tout près de 6600 cas. Cela représente une légère baisse par rapport aux trois semaines précédentes.

Le bilan des cas par tranche d’âge montre que pratiquement tous les groupes ont connu une baisse de cas. Seuls les moins de 10 ans ont enregistré davantage de cas. On a recensé 522 cas chez les plus jeunes la semaine dernière, soit un quart de plus que la précédente.

Après une hausse soutenue depuis le début du mois de septembre, le nombre de cas chez les 70 ans et plus a aussi commencé à décliner.

Malgré le plateau dans les nouveaux cas observés depuis le début du mois d’octobre, le nombre de décès a légèrement augmenté la semaine dernière. On en a recensé pour le moment 85, contre 81 la semaine précédente. À noter, d’autres décès risquent de s’ajouter dans les prochains jours, le ministère de la Santé mettant en moyenne six jours à rapporter la majorité des décès.

Le nombre d’hospitalisations est relativement stable depuis quatre semaines. Un peu plus de 300 personnes ont été admises à l’hôpital la semaine dernière, dont 43 aux soins intensifs.

Après avoir diminué, le nombre de tests de dépistage de COVID-19 s’est stabilisé : 163 000 ont été réalisés. On reste loin du sommet de près de 200 000 atteint au début du mois d’octobre.