Le premier ministre François Legault a l’intention de « tout faire » pour « réduire la surcharge de travail » des infirmières, mais il est hors de question pour lui de leur accorder des hausses salariales supérieures à l’inflation. Il convient que « le réseau est à bout de souffle ».

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La presse

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Il a fait cette sortie mardi, 24 heures après un moyen de pression de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), dont des membres ont bloqué simultanément le pont Jacques-Cartier à Montréal et le pont de Québec.

« Je comprends la fatigue, la frustration des infirmières. Je comprends qu’on a promis en campagne qu’il n’y aurait plus de temps supplémentaire obligatoire, mais vous le savez on est dans une situation précaire. On a beau afficher des postes, les postes ne sont pas comblés. On ne peut former des infirmières en quelques mois », a-t-il affirmé en conférence de presse en compagnie du ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, et du directeur national de la santé publique, le DHoracio Arruda.

Dans le cadre des négociations, le premier ministre se dit « prêt à faire des efforts financiers entre autres pour réduire la surcharge de travail ». Il a toutefois prévenu que le gouvernement n’a pas les moyens d’accorder des hausses salariales supérieures à l’inflation.

Il faut respecter la capacité de payer des Québécois. On ne veut pas augmenter les impôts et les taxes.

François Legault, premier ministre du Québec

Pour le premier ministre, il est clair que « le réseau de la santé est à bout de souffle ». C’est pourquoi il appelle les Québécois à poursuivre leurs efforts dans le respect des consignes sanitaires — des mesures qui sont « dures » pour les Québécois, a-t-il convenu.

Nouvelle hausse des hospitalisations

Le Québec rapporte mardi une hausse marquée de 33 nouvelles hospitalisations, ainsi que 11 décès supplémentaires. Le total des patients hospitalisés atteint 565 au Québec. Il s’agit de la plus forte hausse du nombre d’hospitalisations depuis le 5 octobre dernier.

À cette date, 36 hospitalisations avaient été enregistrées. « Malgré la [baisse] des cas, les répercussions du virus sont bien présentes », a illustré le ministre de la Santé, Christian Dubé, en dévoilant le portrait quotidien de la pandémie. Le cap des 100 patients aux soins intensifs est maintenant atteint. C’est une hausse de huit cas par rapport à la veille.

C’est la démonstration que les [hausses] de cas des dernières semaines ont un impact significatif sur le nombre d’hospitalisations.

Christian Dubé, ministre de la Santé

Cinq décès sont survenus dans les 24 dernières heures, auxquels s’ajoutent sept autres enregistrés entre le 13 et le 18 octobre. Un décès est toutefois retranché, puisque l’enquête a démontré qu’il n’était pas attribuable à la COVID-19. La majorité de ces nouveaux décès sont survenus dans la grande région de Montréal. Au total, 6055 Québécois ont succombé à la maladie.

Un plateau, mais des tests en baisse

Après avoir augmenté cet automne, le nombre de cas confirmés rapportés quotidiennement oscille autour des 1000 par jour depuis deux semaines et demie. Mardi, 877 nouvelles infections ont été rapportées, mais 90 cas « saisis antérieurement » ont été retirés, puisque « le résultat aurait dû être négatif », a indiqué le ministère de la Santé. Ces cas seront retirés « graduellement », en fonction de la date où ils ont été confirmés. Pour l’heure, le cumul des infections atteint 95 216.

Le nombre de prélèvements, lui, est en forte baisse par rapport aux derniers jours. En date du 18 octobre, le Québec n’en avait réalisé que 16 291. C’est le plus petit bilan à cet égard depuis le 7 septembre. Dans les cinq derniers jours, la moyenne frisait les 25 000 tests de dépistage.

Pendant que la région de Québec a recensé seulement 92 cas mardi — près de trois fois moins par rapport aux 272 infections rapportées lundi — Montréal a enregistré 273 nouvelles infections. C’est une hausse marquée par rapport à la veille, alors qu’on avait confirmé 193 cas.

L’Outaouais recense aussi une hausse d’infections, passant de 39 à 49 en 24 heures, alors que la région de Lanaudière présente 60 nouveaux cas, soit un de plus que lundi. Dans les Laurentides, 41 cas s’ajoutent au bilan ; neuf de plus que la veille. En Montérégie, la situation demeure surveillée de près avec 167 infections, soit une légère baisse. Chaudière-Appalaches rapporte aussi 47 nouveaux cas, contre 48 lundi.

Des CHSLD en état d’alerte

Si environ 46% des éclosions proviennent du milieu de travail, la situation des CHSLD continue néanmoins de préoccuper les autorités. Au centre Marcelle-Ferron, 28 résidents sont maintenant infectés par le virus, selon la liste des éclosions en milieux de vie pour aînés du ministère de la Santé. C'est l’établissement le plus touché au Québec.

Mais pour plusieurs, les données du gouvernement manquent de crédibilité. En date de dimanche, ce CHSLD de Brossard n’était pas sur la liste des milieux touchés. La situation a finalement été corrigée avec l’ajout du CHSLD sur la liste, lundi ; on parlait alors de seulement 18 cas. Mardi, le ministre Dubé a de nouveau qualifié « d'inacceptables » ces problèmes de transmission de l'information, en disant détenir une liste d'éclosions plus actualisée que celle dévoilée au public.

C’est presqu’impensable qu’il n’y aura jamais de cas dans les CHSLD et les RPA. [...] On fait tout pour que ça ne flambe pas, c’est ça l'important.

Horacio Arruda, directeur national de santé publique

Avec 11 % de ses résidents infectés, le CHSLD Marcelle-Ferron n’est pas celui qui inquiète le plus. Au Lac-Mégantic, le CSSS Du Granit se trouve dans le palier « rouge » ; il recense 15 infections, soit 34,9 % de ses occupants, par rapport au nombre de lits occupés. En Montérégie, le dossier du centre du Comté-de-Huntingdon est aussi surveillé de près ; on y recense neuf infections, pour un total de 17 % des résidents.