Le gouvernement du Québec, en partenariat avec les représentants des stations de ski, a annoncé, vendredi, les mesures sanitaires qui seront applicables dans les centres de la province en fonction du code de couleur. La saison de ski sera assurément différente, mais elle aura lieu. Les skieurs en zone rouge devront notamment enfiler leurs bottes dans leur auto et oublier le ski de chalet.

Isabelle Dubé Isabelle Dubé
La Presse

« C’est une bonne nouvelle pour les Québécois et pour l’industrie du ski », dit au téléphone Marc-André Meunier, directeur du marketing et des communications à Bromont, montagne d’expériences.

Skieurs et planchistes de tous les niveaux d’alerte, du vert au rouge, devront respecter la distanciation de deux mètres en tout temps, porter à l’intérieur un couvre-visage et à l’extérieur un cache-cou ou une cagoule couvrant le nez et la bouche à partir de l’âge de 3 ans. La Santé publique souhaite aussi qu’un registre des visiteurs soit tenu quotidiennement.

Les Montréalais actuellement en zone rouge pourront choisir une montagne en zone orange, mais sont priés de ne pas aller au restaurant et dans les boutiques au cours de leur escapade. Les déplacements interrégionaux sont non recommandés en provenance ou en direction d’une zone rouge ou orange, mais ils ne sont pas interdits. Si les skieurs et planchistes choisissent une montagne dans une autre zone, ils sont invités à respecter les règles applicables à leur ville de résidence.

« On est très contents et soulagés en même temps. Il y a un vent d’optimisme, ici, à la montagne, soutient en entrevue avec La Presse, Simon Blouin, directeur général de la Corporation Ski & Golf Mont-Orford. On est encore en zone orange, alors ça fait une grande différence. On peut encore offrir des services de restauration et d’école de ski. »

Le guide de mesures sanitaires a été publié vendredi, et déjà une mesure était modifiée en soirée, celle au sujet des boutiques de location d’équipement, qui pourront rester ouvertes si elles ont une porte extérieure.

Contrairement aux zones rouges, dans les zones orange, jaunes et vertes, les boutiques et les écoles de ski seront ouvertes et les remontées mécaniques pourront fonctionner comme d’habitude.

Zone rouge dans le rouge

Selon l’Association des stations de ski du Québec, les mesures sanitaires auront un impact significatif sur les frais d’exploitation des stations, et affecteront grandement les revenus de celles en zone rouge. « Il y a plusieurs stations, dont un pourcentage important des revenus ne provient pas de la billetterie. Alors c’est sûr qu’il y a impact financier », soutient la directrice des communications, Josée Cusson.

Le propriétaire de la station de ski Mont Saint-Bruno, Michel Couture, affirme qu’il devra se pencher sur un plan financier ce week-end afin de trouver des solutions pour traverser l’hiver sans y laisser sa chemise.

« C’est catastrophique comme situation ! s’exclame-t-il au téléphone. On a 32 000 élèves chaque année dans notre école de ski. J’espère que le gouvernement assouplira ses mesures et qu’on pourra donner au moins des cours privés. »

Il craint de devoir mettre à pied des employés parmi ses 500 instructeurs de ski. L’utilisation des remontées mécaniques à seulement 25 % de leur capacité diminuera aussi l’achalandage habituel. Toutefois, pour contrer le problème de la fermeture du restaurant, Michel Couture a prévu un service de restauration rapide et l’installation de radiateurs infrarouges pour manger plus confortablement dehors.

La neige à défaut du sable

Bien que les mesures sanitaires aient entraîné des dépenses supplémentaires, comme l’embauche de 40 % plus d’employés, la Corporation Ski & Golf Mont-Orford s’attend à une bonne saison.

« Je crois qu’il y aura beaucoup plus d’achalandage en semaine avec les snowbirds qui restent au Québec, avec les gens en télétravail et les étudiants qui ont des horaires modifiés », soutient Simon Blouin.

Même son de cloche du côté de Bromont, montagne d’expériences. « Cet hiver, tout le secteur du voyage sera impacté. On croit que le ski sera donc encore plus populaire chez les Québécois », pressent Marc-André Meunier, qui affiche, dit-il, un optimisme prudent même si les ventes d’abonnements vont très bien.