Québec devra s’attarder à l’impact des mesures sanitaires sur la santé mentale de certains groupes vulnérables, en particulier dans la région de Montréal. C’est ce que recommande une nouvelle enquête menée auprès de plus de 3000 répondants, qui révèle par ailleurs qu’un Québécois sur dix considère que son état de santé mentale s’est dégradé pendant le confinement.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Selon l’étude, pilotée par le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO), les femmes, les personnes de moins de 35 ans, les étudiants, les résidants du Grand Montréal et les ménages ayant un revenu brut inférieur à 35 000 $ ont « davantage de risque » de voir leur « qualité de vie reliée à la santé mentale » (QVRSM) diminuer, même après le déconfinement complet. Cela comprend aussi les individus qui présentaient déjà un problème de santé avant la pandémie.

« Les femmes ont davantage pâti de la situation que les hommes, tout comme les citoyens du Grand Montréal par rapport au reste du Québec. Pour tous ces gens, il y aura un besoin de soutien, en termes de politiques. Dans l’accès aux soins, on devrait leur porter une attention plus particulière », explique l'un des auteurs de l’étude Thomas Poder, de l’Université de Montréal.

Afin d’arriver à ces conclusions, le chercheur a mené une « enquête aléatoire en ligne » à différents moments depuis le début du confinement, au printemps dernier. Un premier coup de sonde a été effectué entre le 13 mars et le 3 avril, puis un second entre le 21 mai et le 4 juin. L’étude a également été reproduite plus récemment, entre le 29 juillet et le 17 août.

De 1500 à 1700 personnes se sont prêtées à l’exercice, chaque fois. Les données ont d'ailleurs été transférées au gouvernement du Québec.

La réalité montréalaise

« Confinement ou pas, on sait que les gens ont une moins bonne qualité de vie dans le Grand Montréal. Il semble toutefois que la situation ait accentué ce phénomène », ajoute M. Poder. Ainsi, dans la métropole, rehausser la qualité de vie passerait par « le développement de zones de verdure, d’un réseau de transport efficace, bref de tout ce qui fait que les gens se sentent moins anxieux au quotidien », souligne le spécialiste. « Ça veut aussi dire de mettre davantage l’accent sur des mécanismes d’aide. Pendant la crise, on a donné des compensations aux gens qui ont perdu leur emploi. On pourrait peut-être élargir », illustre-t-il.

Ce qui est clair, pour nous, c’est surtout que ce sont les personnes socioéconomiquement défavorisées qui ont le plus souffert.

Thomas Poder, chercheur à l’Université de Montréal

Mardi, une enquête de la firme IFOP révélait que 12 % des salariés ont vu leur santé mentale se dégrader depuis le début du confinement, en France. Le cinquième de ces gens sont atteints de maladies chroniques, selon l’étude. Par ailleurs, environ 45 % des 3500 personnes alors interrogées se disent « plus fatigués physiquement et psychologiquement » qu’avant la crise sanitaire.

Au Québec, les chiffres sont relativement « similaires », rapporte Thomas Poder. Sur un échantillon d’environ 2580 Québécois, on en dénombre 295 (soit 11,4 %) qui estiment que leur santé mentale s’est dégradée. « Environ 20 % soutiennent toutefois qu’elle s’est améliorée depuis le confinement. On peut donc en déduire qu’environ 70 % des gens n’ont vu aucun changement à ce chapitre », nuance le chercheur.

Québec dit agir

Appelé à réagir, le cabinet du ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, indique que plusieurs mesures ont été « mises en place ou bonifiées » depuis le début de la crise pour venir en aide aux plus vulnérables.

« Un montant de 31,1 millions a été octroyé aux établissements du réseau de la santé et des services sociaux pour assurer une réponse optimale aux besoins psychosociaux actuels de la population et à ceux qui pourront se manifester au-delà de la gestion de la crise », indique la directrice des communications, Marie Barrette.

Plus de 40 % de l’ensemble des financements d’urgence ont été octroyés aux établissements de Montréal.

Marie Barrette, porte-parole du ministre Lionel Carmant

Québec assure par ailleurs que plusieurs fonds d’urgence ont été mis sur pied, dont une aide de 17,6 millions dans le réseau communautaire en santé mentale et une autre de 90 millions pour s’assurer d’offrir des services « à toutes les clientèles vulnérables ». Les Banques alimentaires du Québec ont aussi reçu un soutien supplémentaire de 2 millions tout récemment.