Absence de contrôles sanitaires à l’entrée des magasins, relâchement de l’utilisation des désinfectants à main, distanciation physique non respectée : alors que 5 millions de Québécois sont passés en zone rouge, les mesures déployées pour limiter la propagation du virus ne sont pas appliquées avec la même rigueur dans tous les supermarchés, a constaté La Presse.

Léa Carrier
La Presse

Au Super C de Boucherville, des bouteilles de désinfectant sont mises à la disposition de la clientèle à l’entrée, mais personne ne veille à leur utilisation.

De l’autre côté de la rue, une file qui refoule jusqu’au trottoir attend d’entrer au Costco, qui ne contrôle pas le nombre de clients à l’intérieur.

Au IGA d’Anjou de même qu’à l’Adonis et au Maxi voisins, une commis est attitrée à la désinfection des mains et des paniers, mais les clients font fi des flèches au sol.

Lors de sa tournée d’une quinzaine de supermarchés dans le Grand Montréal, La Presse n’a observé aucune mesure visant à renforcer la distanciation physique, hormis des affiches.

Bien qu’un contrôle sanitaire soit toujours pertinent dans les supermarchés, la microbiologiste de l’Université McGill Jennifer Ronholm juge qu’un relâchement n’est pas particulièrement alarmant. « Les épiceries ne sont pas une grosse source de transmission dans le public », affirme-t-elle.

« Au cours des derniers mois, on a compris que le virus se transmettait par les gouttelettes en provenance des personnes qui ont eu un contact rapproché pendant au moins 15 minutes », poursuit Mme Ronholm, qui considère les flèches au sol plutôt superflues.

La semaine dernière, Walmart a d’ailleurs annoncé le retrait de ses allées à sens unique aux États-Unis.

Une personne n’attrapera pas le virus pendant les trois secondes où elle croise quelqu’un dans une allée.

Jennifer Ronholm, microbiologiste de l’Université McGill

Selon la microbiologiste, la transmission par surface est aussi très rare. « Le virus ne survivra pas longtemps sur une pomme, et rien ne prouve encore que de manger une pomme contaminée peut provoquer une contamination chez l’humain », explique-t-elle.

Mme Ronholm insiste toutefois sur l’importance de la distanciation physique dans les endroits congestionnés des épiceries, par exemple aux caisses. « Au plus fort de la crise, on pouvait attendre 15 minutes dans la file pour payer. Le port du masque et la distanciation physique sont très importants dans ce cas-là », évalue-t-elle.

Inquiétude chez les employés

Devant l’explosion des cas de COVID-19 à travers la province, la porte-parole du syndicat des Travailleurs et travailleuses unis de l’alimentation et du commerce (TUAC), Roxanne Larouche, ressent une « crainte » parmi ses membres.

« Depuis le début du confinement, on sent le relâchement de la population. On le voit sur les planchers », témoigne Mme Larouche.

Selon elle, c’est moins l’employeur que le comportement des gens qui met à risque les travailleurs. « C’est ça qui nous inquiète », affirme-t-elle.

De retour aux tables de négociation, le TUAC a fait valoir le caractère essentiel des travailleurs de l’alimentation et a réclamé une augmentation salariale.

En mars dernier, Metro inc., qui regroupe Metro, Super C et Adonis, et le groupe Loblaw, qui possède les enseignes Loblaws, Provigo, Maxi et Pharmaprix, ont accordé une prime de 2 $ de l’heure à leurs employés.

Une solution « pansement », estime Mme Larouche. La prime a été suspendue en juillet, « pour que les épiceries restent compétitives malgré le déconfinement de l’économie ». C’était du moins la raison évoquée lors d’une commission parlementaire, le 10 juillet dernier.

PHOTO RYAN REMIORZ, LA PRESSE CANADIENNE

Le nombre de client au Costco n'est pas contrôlé par l'établissement, a observé notre journaliste.

Des épiceries « sécuritaires »

Selon le représentant du Conseil canadien du commerce de détail Jean-François Belleau, les épiceries sont sécuritaires.

« La plupart des supermarchés n’ont pas baissé leurs gardes depuis le printemps », affirme-t-il.

Interrogé sur l’absence de contrôles sanitaires à l’entrée des magasins, M. Belleau dénote un besoin criant de personnel. « Par ailleurs, ça peut être superflu d’engager un agent de sécurité si la clientèle se comporte bien », ajoute-t-il.

Geneviève Grégoire, porte-parole de Metro inc., déplore elle aussi un manque de personnel, « un problème de tout temps ». Elle affirme toutefois que les commerçants sont « prêts » à faire face à la deuxième vague.

Costco n’a pas commenté la situation.