(Québec) Le gouvernement Legault risque d’être responsable d’un « sacrifice générationnel » avec le resserrement des consignes sanitaires à l’école, une mesure qui ne changera en rien la transmission de la COVID-19 chez les jeunes, accuse l’Association des pédiatres du Québec (APQ).

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Dans une lettre envoyée lundi au premier ministre François Legault et au ministre de l’Éducation Jean-François Roberge, l’APQ s’inquiète de l’impact des décisions du gouvernement.

« En imposant le port du masque en tout temps, en retirant aux jeunes le sport, souvent leur seule source d’équilibre, nous ne changerons en rien la transmission de la COVID dans ce groupe d’âge. Si nous optons pour de l’enseignement hybride, ils trouveront un sous-sol pour se regrouper. Et sans doute pas pour étudier. Cela échappe, il est vrai, aux principes microbiologiques », écrit-elle.

Elle ajoute : « En resserrant les mesures sans tenir compte de la nature profonde de l’adolescence, nous contribuerons assurément à une 4e vague bien plus dévastatrice, déjà amorcée : décrochage, dépressions, toxicomanie, cyberdépendance, troubles alimentaires, peurs incontrôlables, distorsions de la pensée. On pourra alors parler de sacrifice générationnel, nous nous projetons déjà à l’enseigner. Et nous regretterons pour les décennies à venir d’avoir fait obstacle à des destinées ».

L’Association fait valoir que les mesures déjà en place dans les écoles fonctionnent : « la plupart des éclosions comportent moins de 5 cas et ne sortent pas des bulles-classes. Ces éclosions scolaires reflètent davantage la transmission communautaire, dont les jeunes ne sont pas exclus, et ne semblent pas contribuer significativement à cette seconde vague ». Pour elle, « c’est si facile d’associer cette perte de contrôle », la hausse des cas que l’on observe depuis plusieurs jours, « à la “ téméraire ” rentrée scolaire alors que le coupable, le vrai, c’est le comportement du virus ».

« Faute d’amener la population adulte à un comportement prudent », le gouvernement « donne l’exemple autoritariste avec les enfants ». « Auprès de jeunes qui ne sont pas malades de la COVID, rappelons-le encore une fois ! » précise-t-elle.

« Ne vous méprenez pas, nous sommes tout à fait conscients que la désinvolture de nombreux adolescents interroge. Mais est-ce réellement entre les murs de l’école, gentiment assis à leur bureau, que les jeunes contractent le virus ? Le port du masque en classe changera-t-il réellement la donne ? Est-ce en jouant un match de volleyball que la transmission est à son maximum ? Ou n’est-ce pas plutôt dans le party d’après-match ? La contamination se déroule à l’extérieur des murs d’écoles et entre amis où les principes de distanciation sociale et le port de masque sont abandonnés. »