Des milliers de professionnels œuvrant dans le domaine privé auraient aimé prêter main-forte lors de la première vague, mais personne n’a cru bon de les solliciter. C’est le bilan que dressent les ordres professionnels des derniers mois de la pandémie.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

« Alors que le gouvernement a choisi une approche hospitalo-centrée, les professionnels œuvrant en cabinet privé ont été les grands oubliés dans cette période de la crise », lit-on dans le rapport du Conseil interprofessionnel du Québec (CIQ) qui devrait être remis mercredi au gouvernement Legault.

« Il a des personnes très compétentes dans le domaine privé qui n’ont pas été sollicitées », déplore en entrevue Gyslaine Desrosiers, présidente du CIQ. Parmi les « milliers de professionnels » qui étaient disponibles pour répondre à la crise sanitaire, il y avait notamment ceux qui travaillent en pratique privée. Mme Desrosiers cite en exemple les hygiénistes dentaires, les orthophonistes, les audiologistes, les audioprothésistes, les chiropraticiens, les physiothérapeutes, les nutritionnistes, les techniciens en réadaptation physique, etc.

« Imaginez les professionnels de la santé, qui tous les jours écoutaient aux nouvelles qu’on avait besoin de monde, et qui voulaient aider ! Probablement qu’il y en a qui ont inscrit leur nom sur "Je contribue !", mais ça aurait été plus simple de faire une réunion avec les ordres pour cibler qui avait de la disponibilité. »

Le CIQ, qui regroupe les 46 ordres professionnels et qui agit à titre d’organisme-conseil auprès du gouvernement du Québec, est d’avis que la crise a fait ressortir le besoin de collaboration entre les professionnels et les autorités. Trop souvent, pendant la crise, des décrets et arrêtés ministériels ont semé la confusion chez les professionnels. Ou des questions sont demeurées sans réponse pendant de trop longues semaines.

« Certains ordres ont dû intervenir et faire modifier le même arrêté ministériel jusqu’à quatre reprises avant que celui-ci ne soit clair et intelligible pour les milieux de soins, lit-on dans le bilan. Dans ce contexte, les ordres devraient être parties prenantes et être consultés en amont de l’émission dudit arrêté. »

Une implication des ordres et du CIQ en amont des décisions permettrait aussi de réagir rapidement aux demandes du gouvernement et de simplifier les communications.

Mme Desrosiers donne un exemple « très récent » où tous les ordres ont reçu une lettre du sous-ministre à la Santé qui « demandait si leur profession était intéressée à vacciner ». La présidente du Conseil, et ancienne présidente de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, se pose des questions sur l’efficacité de ce genre d’initiative.

Ne serait-il pas plus simple de faire une consultation en amont avec le CIQ, qui pourrait cibler rapidement les professionnels disponibles et qui ont l’expertise ? C’est ce que suggère entre autres le bilan post-COVID-19 qui sera remis au gouvernement. « Le but de faire un bilan de la première vague est vraiment de faire œuvre utile. On voulait présenter le point de vue des ordres en vue d’être utile pour les vagues ultérieures », affirme la présidente du CIQ, qui parlait hebdomadairement avec tous les représentants des ordres pendant la première vague.

« Tout le monde veut sauver des vies, tout le monde veut collaborer. Si on veut que ce soit efficace, on suggère des consultations avec le gouvernement », conclut Gyslaine Desrosiers.