L’arrivée de l’automne et la frontière canado-américaine toujours fermée ont donné froid dans le dos aux snowbirds québécois, habitués aux hivers sous le soleil. Certains s’envoleront pour la Floride, COVID-19 ou pas. D’autres ont été contraints de dire adieu aux palmiers et ont dû se mettre à la recherche d’une résidence principale pour l’hiver.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

André Dubois n’en démord pas. Il croise les doigts pour que la frontière entre le Canada et les États-Unis rouvre le 21 octobre. Dès que possible, il partira pour la Floride à bord de son imposant véhicule récréatif comme il le fait depuis trois ans avec sa conjointe, Marlen Gagnon.

Le couple de retraités a passé l’été au camping Oasis, vaste terrain gazonné entouré de champs de maïs à Sainte-Cécile-de-Milton. Plus d’une centaine de roulottes et de maisons mobiles s’y entassent entre un petit ruisseau et un charmant terrain de pétanque. Le ronronnement des voiturettes de golf perturbe le calme plat de cette communauté de snowbirds qui gardent le moral malgré le temps frisquet.

Faut rester positif. Les snowbirds font rouler une partie de l’économie de la Floride. C’est un État-clé pour Trump, en pleine élection. Il va faire pression pour nous laisser rentrer, c’est sûr.

André Dubois

Lui et sa femme n’ont plus d’adresse au Québec. Ils louent un appartement meublé à Granby pour 550 $ par semaine.

Ils ne sont pas les seuls à vouloir conserver leur bronzage toute l’année, mais la location d’un appartement coûte cher. Des snowbirds mal pris doivent s’organiser autrement.

Marie-Claude Archambault, qui occupe la roulotte voisine, rêve des plages d’Acapulco. La sympathique retraitée au teint hâlé a jeté aux oubliettes son traditionnel voyage au Mexique. À la fermeture du camping Oasis, fin octobre, elle s’installera à Sorel, chez sa fille, pour l’hiver. « Il a fallu s’organiser comme ça. Ça n’a l’air de rien, mais c’est notre mode de vie, notre projet de retraite qui tombe à l’eau, à moins d’un retour à la normale. C’est plate. »

Même si beaucoup songent à voyager par avion, Mme Archambault se voit mal risquer de tomber malade à l’étranger.

Le virus n’empêchera pas Pierre Amesse et Mireille Masson de s’envoler vers leur condo floridien de Vero Beach, lundi. Ils ont déboursé 1600 $ pour y faire transporter leur voiture.

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« Les gens profitent de la situation, c’est très cher. Peu d’endroits acceptent les animaux », dit en soupirant M. Amesse, tout en caressant son chien Tobby.

On n’a rien. Notre propriété est en Floride. Ici, on a tout vendu.

Pierre Amesse

Difficile de trouver rapidement un logement pour l’hiver. « Les gens profitent de la situation, c’est très cher. Peu d’endroits acceptent les animaux », dit en soupirant M. Amesse, tout en caressant son chien Tobby.

« Je suis déjà gelée ! Ça ne m’en prend plus beaucoup pour avoir froid », explique Mme Masson.

Ni bottes ni manteaux

Une vingtaine de kilomètres plus loin, à Sainte-Angèle-de-Monnoir, sur la Rive-Sud de Montréal, la pandémie chamboule aussi les plans hivernaux des occupants du Domaine du Rêve.

« On aimerait mieux passer l’hiver en costume de bain. Mais va falloir s’acheter des pneus d’hiver, des manteaux et des bottes. On n’a pas ça ! », explique Michel Lacourse.

Ici aussi, la voiturette de golf est de mise pour se déplacer chez les voisins ou jusqu’au terrain de pétanque. Le Domaine comprend un camping et une centaine de maisons modulaires. Les pelouses sont taillées à la perfection, les plates-bandes sont recouvertes de rhododendrons violacés et des véhicules étincelants sont garés devant chaque propriété.

Les habitants de ce « petit paradis » sont plus sereins, puisque leurs coquettes maisonnettes sont suffisamment isolées pour passer l’hiver.

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Depuis cinq ans, lui et sa femme, Johanne et Michel Lacourse, sont en Floride de novembre à la fin de mars.

Nous, on ne part pas. On ne veut pas pogner la COVID-19 en Floride.

Michel Lacourse

« On le prend bien, car notre résidence est correcte pour l’hiver. Mais on connaît beaucoup de gens mal pris qui vont rester dans le sous-sol chez leurs enfants. C’est plus dur. »

Depuis cinq ans, lui et sa femme, Johanne Lacourse, sont en Floride de novembre à la fin de mars.

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Ce sera le premier hiver complet au Québec depuis neuf ans pour Claudette Desjardins, 71 ans.

Ce sera le premier hiver complet au Québec depuis neuf ans pour Claudette Desjardins, 71 ans. Les quatre dernières années, elle et son mari ont adopté la région de la Costa del Sol, en Espagne. Avant, c’était la Floride.

Pour Mme Desjardins, ce n’est pas un drame de passer Noël sous la neige et de s’acheter un nouveau manteau d’hiver. Avide voyageuse, son mode de vie sera toutefois perturbé jusqu’à la disponibilité d’un vaccin, pense-t-elle. « À mon âge, j’ai encore de l’énergie, j’en profite pour faire des voyages. Je ne sais pas quand on pourra recommencer à voyager. »

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Si tout va bien, Lise Vendette et son mari partiront à la fin de l’automne, comme ils le font depuis huit ans.

Si tout va bien, Lise Vendette et son mari partiront à la fin de l’automne, comme ils le font depuis huit ans. La retraitée de 67 ans trouve bien pénible de perdre sa saison de golf à Boynton Beach et d’être laissée dans l’incertitude. « Au moins, dites-nous que c’est fermé jusqu’en avril. Là, on vit au mois. On ne sait pas si on doit se préparer à partir ou pas. On ne peut pas faire de plans pour l’hiver. »

Plus compliqué par voie terrestre

La frontière canado-américaine est fermée aux déplacements non essentiels au moins jusqu’au 21 octobre. Depuis le 21 mars dernier, les restrictions concernant la frontière sont prolongées chaque mois en raison de la pandémie de COVID-19. Si la frontière terrestre demeure hermétique, par avion, c’est une autre histoire. Comme le rapportait La Presse début septembre, les Canadiens peuvent aisément s’envoler vers le Sud pour s’occuper de leur propriété ou simplement pour des vacances. Par contre, une quarantaine de deux semaines leur est imposée à leur retour au Canada, sous peine d’amende ou même d’emprisonnement. Aucun isolement n’est imposé à leur arrivée en Floride. « Ce qui est niaiseux, c’est que si on partait par avion, ce serait correct. Mais traverser par voie terrestre, ça non, déplore André Dubois, qui se rend chaque année en Floride à bord de son VR. Pour amener mon véhicule par flotte, ça coûterait environ 5000 $. »