(Québec) La ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, s’en remet au premier ministre François Legault et au directeur national de santé publique, DHoracio Arruda, pour expliquer l’hécatombe qui a frappé les CHSLD du Québec lors de la première vague de la pandémie de COVID-19.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

Dans une entrevue accordée à l’émission Enquête, qui sera diffusée jeudi à Radio-Canada, Mme Blais affirme qu’il faut questionner le DArruda pour comprendre pourquoi le Québec a laissé des travailleurs de la santé qui revenaient de voyage en mars dernier travailler en CHSLD, alors qu’il est aujourd’hui connu que ces personnes ont introduit le coronavirus dans ces établissements.

« Je pense que vous devriez poser la question au DArruda. La santé publique a pris beaucoup de décisions. Ce sont des médecins, des spécialistes de la santé publique. On naviguait parfois à vue, je l’avoue, et on naviguait avec les directives de la santé publique. J’ai une bonne volonté d’aider les aînés et de changer les choses, mais je ne suis pas médecin. Je ne suis surtout pas le directeur de la santé publique », répond la ministre au diffuseur public.

Lorsque la journaliste de Radio-Canada lui demande si elle a assez de pouvoir au conseil des ministres pour influencer les décisions qui y sont prises, Mme Blais affirme : « Le pouvoir, c’est extrêmement relatif. Le pouvoir, c’est celui que le premier ministre te donne. C’est le premier ministre qui a le pouvoir. C’est lui qui décide des orientations et de ce qu’il veut faire avec son gouvernement. Alors, le pouvoir, ça veut dire quoi ? »

« Quand je suis revenue en politique, en 2018, j’avais demandé à M. Legault d’avoir la responsabilité des CHSLD sachant pertinemment que c’était l’enfant pauvre du réseau de la santé. Je voulais faire une différence. Mais on a eu la COVID et on a perdu beaucoup d’aînés. C’est très difficile. Je sais que j’ai perdu la bataille des CHSLD », ajoute-t-elle, selon ce qui est rapporté par Radio-Canada.

Au début du mois de mars, alors que le Québec préparait les hôpitaux à la première vague de la pandémie, Marguerite Blais affirme qu’elle a prévenu ses collègues qu’il fallait aussi mettre des efforts dans les CHSLD.

« J’étais au bout du fil dès 7 h le matin. Je donnais mon point de vue. Peut-être que ce que je disais était pris en considération une semaine ou deux après, mais je le disais. […] Notre perception était beaucoup hospitalo-centriste. On a oublié que les CHSLD étaient des milieux de soins au même titre que les hôpitaux », déplore-t-elle.

Le premier ministre François Legault, toujours en isolement préventif à son domicile, n’a pas commenté ces déclarations de sa collègue au conseil des ministres. À la période des questions, jeudi, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a demandé « un peu d'empathie » pour sa collègue Marguerite Blais, qui n'était pas présente au Salon bleu.

« La députée de Saint-Jérôme est une femme de coeur. C'est une femme qui est revenue en politique pour faire une action au niveau des aînés », a-t-il dit, rappelant que la crise de la COVID-19 a été et est toujours « extrêmement difficile ».

Plus tard en journée, le ministre Dubé sera accompagné à 13 h du directeur national de santé publique, DHoracio Arruda, lors d’un point de presse à l’Assemblée nationale, où il sera possiblement questionné à nouveau sur ce sujet.

Qui est responsable ?

Les déclarations de la ministre Blais, qui a aussi siégé par le passé comme ministre libérale auprès de précédents gouvernements, ont fait vivement réagir les partis d’opposition, jeudi.

Le chef péquiste par intérim, Pascal Bérubé, affirme que la CAQ a instrumentalisé Marguerite Blais lors de l’élection de 2018 en l’accueillant comme candidate pour bénéficier de sa popularité. Il a affirmé que Mme Blais était aujourd’hui une « lanceuse d’alerte » au sein même du conseil des ministres, événement qu’il a qualifié de rare.

« Elle parle de François Legault. Elle parle du directeur national de la santé publique. Et pour préserver sa responsabilité ou sa popularité, elle jette le blâme sur son propre premier ministre. Alors, je ne sais pas comment ses collègues vont réagir ce matin », a-t-il affirmé, rappelant que le PQ réclame une commission d'enquête indépendante pour faire la lumière sur l'hécatombe qui a frappé les CHSLD au printemps dernier.

La cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, souligne pour sa part la responsabilité que doit assumer Marguerite Blais dans toute la gestion des CHSLD.

« Il y a une question d’imputabilité. On est ministre ou on ne l’est pas. Marguerite Blais est ministre responsable des CHSLD. […] Elle est imputable », a-t-elle dit.

À ce sujet, quand Radio-Canada a questionné Mme Blais sur sa responsabilité dans la gestion de la crise, cette dernière a répondu : « Ça doit être moi, puisque je suis ministre responsable des Aînés ! »