(Québec) Les libéraux pressent le gouvernement Legault de clarifier son code de couleurs, passant du vert au rouge selon les régions, afin d’assurer l’adhésion des Québécois aux mesures sanitaires qui préviendra un reconfinement en raison de la pandémie de COVID-19.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

En cette journée de rentrée parlementaire à Québec, l’opposition officielle demande au gouvernement de s’inspirer d’autres juridictions, comme la France, où les citoyens savent quand une région passe d’une couleur à l’autre, d’une situation de vigilance à une situation d’alerte, en fonction d’un seuil de cas selon un ratio de la population.

« Les décisions du gouvernement, ce sont elles qui vont faire en sorte qu’on ne se rendra pas à un reconfinement », a déclaré mardi le leader parlementaire André Fortin, alors que la cheffe libérale, Dominique Anglade, est en isolement préventif le temps de recevoir le résultat d’un test de dépistage au coronavirus.

Pour Marie Montpetit, critique libérale en matière de santé, un enjeu qui a particulièrement marqué la communication gouvernementale pendant la première vague d’infection, l’hiver dernier, a été la « confusion, le cafouillage [et] l’absence de directives précises ».

« Ça fait une semaine qu’il a déposé son code de couleur et on ne sait toujours pas avec précision ce que ça veut dire », a-t-elle déploré.

Alors que le premier ministre François Legault sera accompagné lors d’un point de presse à 13 h du directeur national de santé publique, le DHoracio Arruda, et du ministre de la Santé, Christian Dubé, les libéraux demandent à Québec de préciser ce qui est attendu des citoyens qui sont situés en zone où le nombre de cas se fait plus nombreux.

« Le gouvernement, s’il souhaite que la population continue de s’engager, continue de suivre les mesures de santé publique, il doit être clair dans ce qu’il attend des gens », a dit Mme Montpetit.

La cheffe de Québec solidaire, Manon Massé, estime aussi que le gouvernement Legault manque de clarté.

« L'important, c'est qu'est-ce que ça veut dire passer d'une couleur à l'autre. Ce n'est pas évident de saisir qu'est-ce qui a mené à des changements de couleur et surtout qu'est-ce que ça veut dire concrètement comme mesures qui doivent être prises », a-t-elle dit mardi.

« On s'attend à un message clair. Pas de message clair, ça crée de la confusion et quand il y a de la confusion, ça donne les résultats que l'on a présentement », a ajouté Mme Massé.

En date de mardi, le Québec déplore cinq nouveaux décès liés à la COVID-19 et 292 nouveaux cas confirmés.

Les complotistes s’invitent dans le débat politique

PHOTO GRAHAM HUGHES, LA PRESSE CANADIENNE

10 000 personnes ont manifesté samedi à Montréal contre le port du masque obligatoire et l’imposition de nouvelles amendes pouvant aller jusqu’à 6000 $.

La reprise des travaux à l’Assemblée nationale mardi s’annonce mouvementée. Une grande manifestation de complotistes est de surcroît prévue à 16 heures devant le Parlement.

Thierry Giasson, directeur du Département de science politique de l’Université Laval, prévient les députés qu’ils devront tenir compte du fait qu’environ 20 % de la population adhère aux thèses conspirationnistes.

« C’est énorme, s’est-il exclamé en entrevue téléphonique. C’est plus que les gens qui votent pour le Parti québécois, c’est plus que les gens qui votent pour Québec solidaire. »

Au moment où les travaux reprennent à l’Assemblée nationale, il va falloir « prendre acte » de la situation et parler à ces gens, insiste le professeur spécialisé en communication politique.

« Il semble y avoir […] une préoccupation pour les notions de transparence, dit-il. Les gens disent que beaucoup d’informations […] ne circulent pas. Je pense que si on fait preuve […] d’ouverture et d’écoute, on peut peut-être penser établir un dialogue. »

Des chercheurs de l’Université de Sherbrooke ont révélé lundi qu’environ 18 % des Canadiens adhéraient à des idées conspirationnistes au début de l’été.

Un sondage de l’Institut national de santé publique du Québec mené auprès de 1000 Québécois suggère en outre que 23 % des répondants croient que le virus causant la COVID-19 a été créé en laboratoire.

Rappelons également que 10 000 personnes ont manifesté samedi à Montréal contre le port du masque obligatoire et l’imposition de nouvelles amendes pouvant aller jusqu’à 6000 $.

Thierry Giasson estime que le gouvernement devra faire œuvre pédagogique et « déconstruire » chacun des messages véhiculés par les complotistes, en se retenant de les traiter d’« illuminés ».

« Si on veut que les gens adhèrent à des consignes sanitaires, il va falloir qu’on leur explique clairement pourquoi », a déclaré M. Giasson lors d’un entretien où il était question de la rentrée parlementaire.

« Est-ce qu’il y a 20 % d’illuminés au Québec ? J’espère que non, sinon on est mal parti. »

D’après lui, le gouvernement Legault a « peut-être compris » qu’il y avait un « enjeu de livraison du message ». C’est désormais le ministre de la Santé, Christian Dubé, qui est le porteur du ballon.

« Il est très sympathique, le D[Horacio] Arruda, mais des fois, il y a des problèmes de clarté, signale M. Giasson. Il est là, il ne disparaît pas, mais il parle moins. »

-Avec La Presse Canadienne