Des travailleuses en soins de l’Hôpital du Suroît, en Montérégie, réclament une aide d’urgence. Leur syndicat soutient qu’il n’est carrément plus possible à ce stade-ci de « garantir la sécurité des soins », tant le manque de personnel est criant.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« C’est vraiment dangereux. Notre équipe est à moitié d’effectifs, avec une urgence de 46 patients. On fait moins de surveillance, et surtout, les soins peuvent être retardés. La sécurité n’est plus garantie de manière générale », martèle la présidente par intérim du Syndicat des professionnelles en soins de la Montérégie-Ouest, Vanessa Léger.

Elle affirme que la pénurie de main-d’oeuvre était déjà « très grande » avant la crise. Mais depuis le début de la pandémie, la situation s’est largement dégradée, sans que les autorités ne jugent pertinent d’augmenter le nombre de ressources.

Ce qui se passe est dramatique. Nous sommes devant la triste démonstration que la direction du CISSS n’est plus en mesure de garantir les soins sécuritaires auxquels la population est en droit de s’attendre.

Vanessa Léger, leader syndicale

Dans la nuit de mercredi à jeudi, sept infirmières de ce centre hospitalier, situé à Salaberry-de-Valleyfield, avaient refusé de se présenter au travail, en signe de protestation. Elles ont toutefois été forcées d’y retourner, après que le Tribunal administratif du travail (TAT) ait déclaré le moyen de pression comme étant « illégal », dans un jugement paru jeudi soir. La Cour a aussi demandé « aux parties de se rencontrer dans les plus brefs délais afin de trouver une solution au problème de manque de personnel ».

« Elle est où la limite ? »

Malgré tout, la situation n’a pas changé, dénonce le syndicat. Selon ce dernier, à peine six infirmières étaient au travail jeudi soir, alors que le taux d’occupation frisait les 175 %. « Dès le départ, on voyait que la nuit allait être extrêmement difficile », illustre Mme Léger. Un « sit-in » a eu lieu, sans que les infirmières ne quittent le travail.

Vendredi, des discussions ont eu lieu entre l’organe syndical et le CISSS de la Montérégie-Ouest. « On a fait des demandes incitatives, mais pour l’instant, rien n’a porté fruit », insiste Mme Léger. Son groupe propose de mettre sur pied un comité paritaire de redressement de la situation, en vue de la création de postes « adaptés à la réalité » du terrain.

« Qui peut faire quelque chose pour aider nos membres et nos patients ? C’est ce qu’on demande très clairement. Elle est où la limite ? », conclut la leader syndicale.

La direction du CISSS se dit proactive

Appelé à réagir, le CISSS de la Montérégie-Ouest se dit pour sa part « surpris » par l'attitude du syndicat dans cette affaire. « Les demandes étaient soit des mesures déjà prises par la direction ou des incitatifs financiers. Ce dernier volet est négocié au niveau national et le CISSS n’a aucun pouvoir sur ce celui-ci », affirme une porte-parole de l’organisation, Jade St-Jean.

Elle soutient que la direction « a aussi proposé des solutions audacieuses » pour contrer rapidement la disponibilité de la main-d’oeuvre. Ces demandes auraient toutefois « été refusées par le syndicat », rétorque la direction.

« Bien que nous sommes conscients que la situation est difficile, nous travaillons sur tous les fronts afin de diminuer la pression sur nos urgences. La sécurité et la qualité des soins sont notre priorité et nous sommes toujours ouverts à trouver des solutions », souligne Mme St-Jean, rappelant qu’en contexte de pandémie, « les employés bénéficient déjà de plusieurs incitatifs financiers s’ils travaillent à temps complet ».