Qui dit rentrée scolaire dit… dépistage en famille. Moins de deux semaines après le retour en classe, parents et enfants étaient nombreux dans les cliniques de dépistage de COVID-19 bondées, où il faut parfois attendre des heures en file. Alors que les nombreux cas découverts dans les écoles inquiètent certains parents, beaucoup trouvent bien compliqué de devoir concilier travail et dépistage.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

Difficile de savoir où commence la file devant le centre de dépistage de Beaconsfield, dans l’ouest de l’île de Montréal. Certains parents, ados et enfants rencontrés sur place patientaient sur le terrain gazonné depuis deux heures, mercredi matin.

À défaut de trouver une clinique près de chez elle, Lina Gagnon, mère de famille de Vaudreuil, s’est présentée à celle de Beaconsfield avec ses deux garçons. Âgés de 7 et 10 ans, Émeric et Malik font de la fièvre depuis quelques jours. L’école qu’ils fréquentent n’a déclaré aucun cas de COVID-19. On refuse tout de même les enfants qui présentent des symptômes apparentés au virus, à moins d’un test négatif.

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Lina Gagnon et ses enfants, Malik et Émeric

« J’ai été mise en attente pour un rendez-vous en Montérégie, mais c’était trop long. Ici, c’est la clinique sans rendez-vous la plus proche et l’attente est longue. C’est quand même la rentrée. On sent que pour le dépistage, c’était mal préparé un peu partout. »

Ses enfants ratent plusieurs journées d’école en attendant de pouvoir passer le test et de recevoir leurs résultats.

Je savais un peu que ce serait le chaos. Je n’ai pas pris de vacances cet été, j’ai gardé mes trois semaines pour gérer la rentrée scolaire.

Lina Gagnon, mère de famille de Vaudreuil

Sauf exception, la Santé publique de Montréal soutient ne pas être dépassée et bien fournir à la tâche, aussi bien pour les tests que pour les enquêtes, a dit mercredi en mêlée de presse la Dre Mylène Drouin, directrice de santé publique de Montréal.

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File devant le centre de dépistage de Beaconsfield

Elle ajoute que « des parents inquiets ont voulu faire tester leurs enfants » même s’ils n’étaient pas parmi ceux visés par la Santé publique.

Des unités mobiles pourront par endroits être mises en place aux abords des écoles, mais pour l’instant, la situation ne le commande pas.

« Pas normal »

Au lieu d’être en classe mercredi matin, Maïka, Maxime, Kaïla et Ariane traînaient des pieds devant l’aréna Cartier, à Laval. Dès 8 h, on procédait aux tests de dépistage dans un autobus. Les quatre enfants accompagnés par leurs parents toussent et ont le nez qui coule. Ils attendaient en file depuis des heures. Eux aussi ont dû venir de loin pour se faire tester alors qu’ils habitent Terrebonne. Les cliniques de dépistage aux horaires restreints y étaient bondées.

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Sabrina Blouin, sont conjoint et leurs quatre enfants

« Avec les éclosions dans les écoles, je ne trouve pas ça normal. Ils ont peut-être juste la grippe ou le rhume, mais on veut faire le test. On est venus ici en espérant que ce soit plus rapide », explique leur mère, Sabrina Blouin.

La jeune Coralie fréquente l’école primaire Des Ormeaux, située dans le sud de Laval. Un cas de COVID-19 détecté dans sa classe a chamboulé les retrouvailles avec ses copains.

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Coralie, de l’école primaire Des Ormeaux

« On a appris lundi pour l’éclosion. Mardi, nous sommes venus ici pour le dépistage. On a attendu tout l’après-midi pour rien, il y avait tellement de monde qu’ils n’ont pas pu nous passer », raconte Chantal Labelle, grand-mère de la fillette. De retour de leur pause repas, les employés ont annoncé aux multiples familles qu’elles ne pourraient se faire tester la journée même, en raison de l’achalandage.

« Il me semble que c’est un peu broche à foin comme organisation. Les plages horaires pour le dépistage pourraient être plus flexibles. Normalement, ces autobus de dépistage pourraient être près des écoles où il y a eu éclosion. Faites un effort ! », dit-elle d’un ton irrité.

Rentrée chaotique

Charlie, 10 ans, est enrhumée depuis deux jours. Il y a peu de risques qu’elle ait contracté le virus, mais elle ne peut pas retourner à l’école, précise sa mère Marilou Jeanneault.

« Ils ne veulent pas prendre de chance. On aurait dû ajouter du personnel pour accueillir plus de familles. C’est comme s’ils ne l’avaient pas vu venir », juge-t-elle.

Si chaque fois que ma fille a le nez qui coule, je dois prendre une journée de congé pour venir ici, c’est beaucoup d’organisation.

Marilou Jeanneault

Évelyne Bérard et son conjoint Eric Bernasek étaient aussi sur place avec leur fils Uddhava, légèrement fiévreux.

Même sans éclosion déclarée dans son école, la rentrée demeure chaotique : le moindre toussotement met le personnel de l’établissement en alerte. « C’est un bon réflexe d’y aller par prévention. Les enfants ne se sont pas vus pendant des mois et ils commencent déjà à être malades », pense Mme Bérard.

À Québec, quatre heures d’attente jusqu’au service à l’auto

La hausse du nombre de cas de COVID-19 à Québec se répercute jusqu’aux centres de dépistage, où de longues files de voitures s’agglutinent et où les temps d’attente dépassent parfois cinq heures.

PHOTO YAN DOUBLET, LE SOLEIL

Centre de dépistage du centre commercial Fleur de Lys, à Québec

La Presse a pu le constater de visu mercredi à l’ombre du Centre Vidéotron, au centre de dépistage Expo Cité. Les automobilistes arrivés à 10 h ont finalement pu subir un test à 14 h, soit quatre heures plus tard. Deux automobilistes, excédés par l’attente, ont simplement rebroussé chemin après plus d’une heure d’attente.

« C’était pire mardi. Il y avait plus de cinq heures d’attente », a expliqué une préposée croisée sur place.

Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale explique que ses centres de dépistage ont été particulièrement achalandés dans les derniers jours.

La journée de mardi a même fracassé des records. Ce sont 2044 personnes qui ont subi un test dans deux centres de dépistage sans rendez-vous, à Expo Cité et au centre commercial Fleur de Lys.

« Même après l’épisode du Costco, on n’avait pas connu un tel achalandage », a dit Annie Ouellet, porte-parole du CIUSSS de la Capitale-Nationale.

Elle fait référence à l’éclosion dans un Costco du secteur Lebourgneuf, qui avait entraîné une vague de dépistage à la mi-août.

La journée de mercredi pourrait même battre le record d’affluence du mardi. « On attend les chiffres exacts », a précisé Mme Ouellet.

Le CIUSSS se dit conscient du temps d’attente important. Il a d’ailleurs ouvert mercredi un troisième centre de dépistage sans rendez-vous, à Sainte-Foy. L’intention au départ était qu’il remplace celui près d’Expo Cité. Mais devant l’achalandage important, les trois resteront ouverts pour l’instant.

Mme Ouellet recommande aussi de se rendre tôt aux cliniques de dépistage pour éviter les foules. Il y avait toutefois déjà 50 personnes qui attendaient à 7 h mercredi pour l’ouverture du centre de Sainte-Foy.

Le CIUSSS précise que le temps d’attente mercredi était moins important à cette clinique que celui constaté par La Presse à Expo Cité. Il était selon Mme Ouellet de deux heures en avant-midi à Sainte-Foy.

Près de 50 nouveaux cas

Beaucoup moins frappée que Montréal lors de la première vague, la région de la Capitale-Nationale est désormais une « zone jaune » en état de préalerte. Mercredi, la Santé publique y a relevé 44 nouveaux cas de COVID-19, sur un total de 180 au Québec. Il y avait eu 39 nouveaux cas mardi.

On a vu plus de gens se présenter pour le dépistage depuis les événements dans certains bars de la région. On est dans une transmission communautaire.

Annie Ouellet, porte-parole du CIUSSS de la Capitale-Nationale

Non seulement le nombre de personnes qui se présentent pour un dépistage augmente à Québec, mais ceux-ci seraient plus symptomatiques qu’avant.

« Les gens qui se présentent sont des gens qui ont des symptômes, qui ont fréquenté les bars, ont fait des activités sociales. C’est une clientèle particulièrement symptomatique, a précisé la porte-parole du CIUSSS. Ce n’est pas la même clientèle que lors de l’épisode du Costco. Là, on avait beaucoup de gens qui éprouvaient de l’anxiété et qui venaient se faire dépister au cas où. Là, on est ailleurs. »

Le taux de positivité – la proportion des tests de dépistage qui se révèlent positifs – a d’ailleurs augmenté sur le territoire de la Capitale-Nationale. Il est de 2,9 % dans les deux dernières semaines, alors qu’il se situait aux alentours de 1 % avant.

Mardi, le maire de Québec a jugé la situation suffisamment préoccupante pour faire un appel à la population. Régis Labeaume invitait les gens de Québec à se ressaisir et à appliquer les consignes sanitaires pour éviter une deuxième vague et un reconfinement.