Un nouvel indicateur qui sera maintenant publié chaque semaine par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) vient confirmer que la transmission de la COVID-19 est repartie à la hausse au Québec.

Philippe Mercure
Philippe Mercure La Presse

Le taux de reproduction effectif du virus de la COVID-19, ou Rt, est le nombre de gens qu’une personne infectée contamine. Si cet indicateur tombe sous la barre du 1, chaque personne infectée en contamine en moyenne moins qu’une autre et l’épidémie s’essouffle.

De nouvelles données publiées par l’INSPQ montrent que cet objectif a été atteint pendant près d’un mois, cet été, soit du 18 juillet au 13 août. Mais le Rt est remonté au-dessus de 1 par la suite. L’INSPQ l’estime aujourd’hui à 1,28.

Selon Mathieu Maheu-Giroux, épidémiologiste à l’Université McGill, cette hausse est en partie attribuable aux cas récents qui ont fait les manchettes, par exemple la soirée de karaoké à Québec qui a contaminé au moins 50 personnes.

« Le Rt qu’on estime est affecté par les éclosions qu’on a vues dans la capitale nationale », explique-t-il.

Le mur, la distance et la vitesse

Pour comprendre ce taux de reproduction effectif qui sera désormais publié de façon hebdomadaire, l’épidémiologiste Mathieu Maheu-Giroux utilise l’analogie du mur. Le mur est la situation qu’on veut éviter – le dépassement de la capacité des hôpitaux, par exemple, ou un nombre de décès donné. Le nombre de cas de COVID-19 est la distance qu’il nous reste à parcourir avant de rencontrer ce mur. Le Rt, lui, est la vitesse à laquelle on se dirige vers lui.

C’est donc la combinaison des deux indicateurs qui dicte le sentiment d’urgence. Mathieu Maheu-Giroux, par exemple, est inquiet de la remontée actuelle du Rt, mais pas outre mesure.

« C’est inquiétant, dans le sens où cet indicateur particulier tourne à l’orange-rouge. Il monte en haut de 1 et je n’aime pas ça. Mais ce qui relativise l’interprétation, c’est que le nombre de cas demeure relativement bas. On a eu 187 cas [jeudi], et il faudra voir si ça se maintient, mais on n’est pas à 300 ou 400 cas non plus », dit-il.

Bref, on vient de donner un coup d’accélérateur vers le mur, mais il reste de la distance avant de le heurter.

Pourquoi commencer à publier maintenant le taux de reproduction effectif de façon régulière ? Dans un breffage technique organisé par l’INSPQ à l’attention des médias, le professeur Maheu-Giroux a parlé d’un « concours de circonstances », expliquant que la façon de partager les données facilite maintenant l’exercice.

Ce moment-ci est peut-être un bon moment. C’est une époque un peu sensible, il y a un retour des gens au travail, c’est la fin des vacances et on est tous un peu plus aux aguets par rapport à la transmission.

Mathieu Maheu-Giroux, épidémiologiste à l’Université McGill

Le graphique publié jeudi montre par ailleurs que le Rt est descendu sous la barre de 1 pendant une longue période allant du 28 avril au 25 juin. Ça n’a rien de surprenant : on savait que les cas avaient entamé une baisse soutenue à partir de la fin d’avril, et le Rt reflète cette situation. Mais sachant qu’un Rt inférieur à 1 signifie que l’épidémie perd du terrain, n’aurait-on pas dû tout faire pour le maintenir là et enrayer la COVID-19 une fois pour toutes ?

M. Maheu-Giroux explique qu’on entre ici dans le débat opposant les approches de type « suppression » à celles de type « contrôle ». La Nouvelle-Zélande, pays insulaire où il est plus facile de contrôler les importations de cas de l’extérieur, suit avec un certain succès l’approche de la suppression. Le Québec et le Canada, comme la plupart des pays, tentent plutôt de contrôler l’épidémie plutôt que de l’éradiquer.

Sachant que le taux de reproduction effectif donne un portrait de l’épidémie avec un décalage d’une dizaine de jours, il faudra maintenant surveiller les données de la semaine prochaine, qui donneront une meilleure idée des impacts de la rentrée scolaire.

Près de 200 cas par jour

Le Québec a déclaré jeudi 187 cas de COVID-19 supplémentaires lors des 24 heures précédentes. Notons que le nombre de cas quotidiens dépasse maintenant la centaine depuis neuf jours consécutifs.

Québec a par ailleurs rapporté trois nouveaux décès liés à la maladie, portant le total à 5767 depuis le début de la pandémie. Le nombre d’hospitalisations a diminué de 9 par rapport à la veille pour atteindre 100 ; là-dessus, 20 patients se trouvent aux soins intensifs, le même nombre que la veille.