Contrairement à ce qui avait cours au début de la pandémie, les enseignantes enceintes – comme les travailleuses d’autres milieux de travail – ne sont plus nécessairement mises en retrait préventif ou tenues à l’écart des classes, une décision qui ne fait pas l’unanimité.

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

« Je considère que le principe de précaution est complètement oublié, dénonce François Breault, président du syndicat des enseignants de Lanaudière. Dans le temps du H1N1, tout le monde avait été réaffecté. »

Il note qu’au primaire, suivant les consignes du ministère de l’Éducation, les enseignantes sont automatiquement réaffectées à d’autres classes ou mises en retrait préventif. Par contre, au secondaire, « parce que le gouvernement et la Santé publique estiment que les grands élèves sont aptes à respecter les deux mètres », les femmes enceintes peuvent se faire dire de continuer d’enseigner en classe.

« Est-ce parce qu’il manque d’enseignants ? », se demande M. Breault, qui juge que les enseignantes enceintes devraient à tout le moins se faire obligatoirement offrir de faire l’école virtuelle aux élèves vulnérables eux-mêmes incapables de retourner en classe.

La fin du retrait automatique des femmes enceintes émane de l’Institut national de santé publique (INSPQ). Selon cet organisme, tous milieux de travail confondus, la distance de deux mètres doit être assurée.

À défaut de pouvoir y arriver, une barrière physique adéquate, comme une vitre de séparation, fait l’affaire. « Les équipements de protection individuelle (masque, lunettes ou visière) ne sont pas considérés comme une barrière physique », précise cependant l’INSPQ.

« Traitement différencié »

Selon Sonia Éthier, présidente de la Centrale des syndicats du Québec, « certains gestionnaires ont une interprétation plus que douteuse des règles édictées par l’INSPQ pour les personnes à risque. On met beaucoup plus d’énergie sur la pénurie de personnel que sur la santé et la sécurité des femmes enceintes ».

Dans une lettre d’opinion publiée dans le quotidien La Tribune, Stéphane Allaire, professeur au département des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Chicoutimi, dénonce le « traitement différencié » des enseignantes selon le centre de services scolaire où elles enseignent.

Il semble qu’une grande proportion de centres de services scolaires met en application le principe de précaution en retirant de leur milieu de travail les enseignantes enceintes [tandis que] d’autres demandent aux enseignantes de rentrer en classe.

Stéphane Allaire, professeur à l’Université du Québec à Chicoutimi, dans une lettre d’opinion

« Comment se fait-il que des centres de services scolaires prennent un risque là où une majorité n’en prend pas ? »

Au Centre de services scolaire Marguerite-Bourgeoys, à Montréal, on nous a répondu que 79 enseignantes enceintes sont en congé préventif et que 20 autres ont plutôt vu leur espace de travail aménagé au cas par cas.

Au Centre de services scolaire de Montréal, Alain Perron, responsable des relations avec les médias, indique pour sa part que « chaque dossier est maintenant analysé en fonction des risques, et on doit évaluer si les risques peuvent être éliminés ».

Des 91 enseignantes enceintes qui ont au départ été écartées des classes comme on le faisait depuis le début de la pandémie, M. Perron précise que certaines sont maintenant en congé de maternité, d’autres sont en retrait préventif et d’autres encore – le nombre n’a pas été précisé – sont revenues au travail, à leur poste.

Même si les règles ont changé et que l’exemption d’enseigner est aujourd’hui plus difficile à obtenir, notons que depuis le début de la COVID-19, au Centre de services scolaire de Montréal, 998 enseignants ont fait une demande d’exemption – pour des raisons de santé ou de maternité – et que 349 de ces demandes ont été acceptées.