Le gouvernement Legault a de nouveau reconnu mercredi des lacunes dans la communication entre les établissements de santé, en particulier à Montréal, alors qu’il était fustigé par les partis de l’opposition pour son bilan « catastrophique » de la COVID-19. À l’aube d’une deuxième vague, des experts appellent à rétablir la capacité locale d’intervention pour corriger le tir.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« J’ai fait le constat qu’il y avait un problème de communication. L’organigramme du réseau a été fait de telle sorte que les gens n’étaient pas habitués de se parler », a souligné la ministre responsable de la métropole, Chantal Rouleau, lors de l’étude des crédits budgétaires à l’Assemblée nationale.

Selon elle, tous les partenaires du réseau, incluant les CIUSSS, la Santé publique, les arrondissements et la Ville de Montréal, ont dû « établir des liens » de façon plus ponctuelle. « On a tous constaté qu’il y avait des problèmes qui dataient de bien avant cette pandémie », a dit l’élue.

Elle a toutefois réfuté les critiques formulées au sujet de son manque de proactivité, ou de celui des autorités. « J’ai été extrêmement présente. J’ai tenu de nombreuses rencontres téléphoniques. J’ai été sur le terrain, j’ai été voir ce qui se passait », s’est-elle défendue. Au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, le porte-parole Jean-Nicolas Aubé reconnaît lui aussi que le contexte sanitaire a forcé certaines adaptations.

La pandémie a amené les dirigeants du réseau de la santé de Montréal à se questionner sur la structure de gouvernance.

Jean-Nicolas Aubé, porte-parole du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal

C’est cet exercice qui a ensuite permis de créer un centre de commandement à Montréal, « puis de préciser les instances stratégies » s’y rattachant, ajoute M. Aubé. Selon lui, il faut toutefois préciser qu’« il existait déjà, avant la pandémie, des instances de concertation entre les établissements et Québec ».

Des « problèmes structurels » à plusieurs niveaux

Pour l’expert en politiques de santé à l’Université de Montréal Carl Ardy Dubois, la situation illustre surtout que plusieurs problèmes structurels existent à différents niveaux dans le réseau montréalais. « On est devant une situation très particulière, puisqu’on a un nombre important d’établissements qui doivent communiquer entre eux au quotidien », lance-t-il.

À l’intérieur même des centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS) et des centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS), la lourdeur administrative est aussi très importante, remarque le spécialiste. « On parle de dizaines d’installations réparties sur un seul territoire, avec une seule direction centralisée », observe M. Dubois.

Il faut recréer la capacité locale de gestion. Sinon, les directives n’arrivent pas forcément sur le terrain. À plus long terme, on va devoir donner une structure permanente à la Santé publique de Montréal pour qu’elle joue pleinement son rôle.

Carl Ardy Dubois, expert en politiques de santé à l’Université de Montréal

Mardi, le ministre de la Santé, Christian Dubé, annonçait que les CHSLD seront dotés d’un « gestionnaire responsable ». « C’est un bon début, mais on voit trop le problème à la pièce, réagit M. Dubois. Nous devons aller beaucoup plus loin que ça et traiter cette question de proximité perdue. »

Des critiques virulentes

Avec près de 30 000 cas recensés et plus de 3400 décès, Montréal demeure l’épicentre de la pandémie. Et pour plusieurs députés de l’opposition, cela n’est pas dû au hasard. « Ç’a été une gestion assez pitoyable. Pendant trois mois, les officiels de la santé sont demeurés à Québec, sans juger bon de se rendre à Montréal », a dénoncé le libéral Pierre Arcand.

« Je voudrais davantage qu’il soit présent à Montréal et à Montréal-Nord », a aussi souligné le péquiste Pascal Bérubé, en faisant référence au fait que le DHoracio Arruda travaille directement avec le bureau du premier ministre. « Ça n’aide pas à confirmer l’indépendance de la santé publique », a-t-il dit.

« Ça m’a troublé que [François Legault] prenne plus de deux mois avant de prendre l’autoroute 40 vers Montréal. Ça a envoyé un sacré message, comme quoi Montréal était dangereux », a indiqué pour sa part Vincent Marissal, député de Québec solidaire.

Des attaques que Chantal Rouleau a balayées du revers de la main. « Le premier ministre savait exactement ce qui se passait à Montréal. Nous avons été en communication constante », a-t-elle martelé.