Les services de garde constituent une faille dans le plan de Québec pour la rentrée scolaire, préviennent différents observateurs.

Jean-Thomas Léveillé
Jean-Thomas Léveillé La Presse

« Le plan est assez défini pour ce qui va se passer pendant les heures de cours, c’est vraiment clair, mais ce qui se passe après ça [ne l’est pas] », affirme dans une entrevue à La Presse Sophie Mathieu, docteure en sociologie et chercheuse postdoctorale à l’Université TELUQ.

Le plan présenté lundi par le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, stipule que les services de garde devront « privilégier, lorsque possible, le regroupement des élèves selon les groupes-classes » afin de « limiter les contacts entre les élèves et les éducateurs/éducatrices des différents groupes ».

« Les enfants, comment voulez-vous qu’on les retienne ? », lance Micheline Bailly, éducatrice à l’école Notre-Dame-de-l’Assomption, dans le quartier Hochelaga, à Montréal.

Des élèves de deux ou trois classes différentes, et parfois de niveaux différents, peuvent être rassemblés au sein d’un même groupe au service de garde, explique-t-elle.

Si le gouvernement prend la peine de mettre des règles de base [dans les classes], je ne vois pas pourquoi dans les services de garde on pourrait faire n’importe quoi. À quoi bon ?

Micheline Bailly, éducatrice à l’école Notre-Dame-de-l’Assomption

Sophie Mathieu y voit aussi un manque de cohérence de la part du gouvernement, qui souhaite maintenir les élèves d’une même classe dans une « bulle » afin de limiter le nombre de personnes avec qui ils ont des contacts.

« Est-ce que les bulles vont éclater ? », lance-t-elle, soulignant que près de 60 % des élèves du secteur public fréquentent les services de garde, ce qui représente quelque 363 000 élèves au Québec.

Même ratio

Le plan de Québec indique que le ratio d’une éducatrice ou un éducateur pour 20 élèves sera maintenu à la rentrée dans les services de garde.

« S’il reste trois enfants de trois classes différentes [à la fin de la journée], y aura-t-il trois éducatrices ? », demande Mme Mathieu, rappelant que le milieu scolaire compose avec une pénurie de personnel dans les services de garde.

Sophie Mathieu se questionne également sur le port ou non du couvre-visage et la marche à suivre pour déposer et cueillir les enfants au service de garde, faisant la comparaison avec les centres de la petite enfance (CPE), où toutes ces questions sont strictement encadrées.

L’Association québécoise de la garde scolaire (AQGS), qui regroupe un peu plus du tiers des services de garde de la province, a aussi des réserves au sujet du plan de Québec.

« Gérer l’organisation d’une classe quand on considère que la classe est une bulle, c’est une chose, mais l’organisation qui est demandée au service de garde est différente », a déclaré à La Presse la directrice générale de l’organisme, Diane Miron.

« Quand on va sortir de la bulle-classe et qu’on va faire un groupe de 20, comment on les organise dans le local ? », demande-t-elle.

« On aurait souhaité un petit peu plus de précisions pour éviter une disparité et des écarts dans le fonctionnement des services de garde », dit Mme Miron.

Sophie Mathieu craint que les femmes ne fassent les frais de cette situation en voulant protéger leurs enfants.

Il y a des mères qui sont inquiètes, et quand les mères sont inquiètes, elles sacrifient leur carrière.

Sophie Mathieu, docteure en sociologie et chercheuse postdoctorale à l’Université TELUQ

Mesures à définir

Questionné par La Presse au sujet des préoccupations concernant le plan pour la rentrée, le cabinet du ministre de l’Éducation n’a pas fourni davantage de détails.

« Toutes les mesures seront mises en place, y compris dans les services de garde scolaires, afin de prévenir toute propagation potentielle du virus », a indiqué par courriel l’attaché de presse du ministre, Francis Bouchard.

Le Centre de services scolaire de Montréal a déjà établi « une programmation d’activités à travers laquelle les enfants d’un même groupe-classe pourront préalablement faire un choix ensemble, ce qui permettra à l’éducateur-trice de bien préparer l’environnement et d’accueillir plus d’un groupe-classe dans le respect des mesures de distanciation », a indiqué le porte-parole Alain Perron.

De nombreux autres centres de services scolaires ont indiqué à La Presse qu’ils s’affairaient à préparer des directives pour leurs services de garde.