Alors que de nombreux commerçants éprouvés par la pandémie se demandent comment ils réussiront à payer leur compte de taxes foncières dans moins de trois semaines, l’administration municipale a écarté toute possibilité d’un nouveau sursis, jeudi.

Ariane Krol Ariane Krol
La Presse

« La Ville a aussi ses propres enjeux financiers en ce moment », a justifié le responsable du développement économique et commercial au comité exécutif, Luc Rabouin, en marge d’une conférence de presse sur l’aide financière aux commerçants.

Le deuxième versement des taxes foncières, habituellement exigé le 1er juin, a déjà été reporté à deux reprises pour les propriétaires d’entreprises et de résidences. L’administration Plante l’a retardé la première fois en mars, en fixant la date au 2 juillet, et la seconde fois au début de juin, en annonçant un répit supplémentaire jusqu’au 1er septembre.

Aucune autre période de grâce n’est envisagée, a fait savoir M. Rabouin.

Nous avons besoin de cet argent pour être capables d’offrir les services de base aux Montréalais.

Luc Rabouin, responsable du développement économique et commercial au comité exécutif

Selon M. Rabouin, « la seule façon » dont Montréal pourrait offrir un nouveau report « serait d’avoir un soutien financier de Québec ».

M. Rabouin a plutôt invité les commerçants montréalais à se prévaloir des prêts et des subventions destinés à les soutenir durant la pandémie.

2 millions en subventions disponibles

Quelque 900 entreprises montréalaises, dont 300 commerces, ont déjà bénéficié du programme de prêts à des conditions avantageuses créé par le gouvernement du Québec, pour un total de 32 millions de dollars. Cela représente 80 % des 40 millions prévus à l’origine – l’enveloppe a ensuite été bonifiée de 20 millions.

Par contre, seulement le tiers des 3 millions en subventions disponibles dans le Fonds de consolidation des activités commerciales de la Ville a été distribué, au profit de 82 commerçants.

« Ça veut dire qu’il reste 2 millions. J’invite vraiment les commerçants à s’informer auprès de PME MTL », a lancé M. Rabouin en citant l’organisme qui gère le programme.

Le fait que seulement 82 commerçants de Montréal ont réussi à bénéficier de ce programme témoigne de problèmes de communication et de lourdeur administrative, estime l’opposition officielle.

« Il ne faut pas que PME MTL attende que les commerçants viennent », a affirmé le porte-parole d’Ensemble Montréal en matière de développement économique, Aref Salem, en entrevue téléphonique. Selon lui, les commerçants manquent de temps et sont « un peu étourdis » par la multitude de programmes existants, donc ce sont plutôt les commissaires au développement économique qui devraient aller les rencontrer. « Sauf que ce travail-là n’est pas fait », a-t-il déploré.

Le Fonds a été annoncé le 7 mai, mais il a fallu adopter un règlement pour rendre les sommes disponibles, a fait remarquer M. Rabouin. « Je ne suis pas inquiet qu’on va utiliser la somme avant le 30 septembre. »

Pas encore d’hécatombe

Combien de commerçants montréalais ont-ils déjà succombé au ralentissement économique infligé par la pandémie ? « On n’a pas de données exactes, mais jusqu’à maintenant, l’hécatombe annoncée n’est pas arrivée », a indiqué M. Rabouin, qui souligne que si des locataires s’en vont, d’autres s’installent. « Il n’y a pas d’augmentation des locaux vacants », a-t-il affirmé en se basant sur ses discussions avec les sociétés de développement commercial.

Le commerce de détail et les services d’hébergement et de restauration ont pourtant été frappés de plein fouet, montrent les plus récentes données de Statistique Canada et de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ).

Dans le secteur du détail, les fermetures d’entreprises ont triplé en avril dernier, comparativement à avril 2019. Dans l’hébergement et la restauration, elles ont presque quadruplé. Les ouvertures, elles, ont diminué de presque 25 %. Ces données couvrent l’ensemble du pays, mais le phénomène est particulièrement marqué au Québec et en Ontario, signale Statistique Canada. Savoir combien de fermetures seront permanentes « fournira des renseignements sur l’incidence à long terme de la pandémie », note l’agence fédérale.

Le commerce de gros et de détail ainsi que les ser­vices d’hébergement et de restauration ont aussi été les deux secteurs les plus éprouvés en matière de pertes d’emplois au Québec. De mars à juin, le commerce de gros et de détail affichait 73 000 emplois de moins qu’à la même période l’an dernier, alors que l’hébergement et la restauration en comptaient 96 200 de moins, a annoncé l’ISQ lundi.

« Il ne faut jamais oublier qu’on est sous respirateur artificiel », a rappelé Aref Salem en évoquant les multiples programmes gouvernementaux et le report de taxes.

Une fois que le respirateur artificiel s’arrête, comment les gens vont-ils continuer à survivre ? La question se pose aujourd’hui, et on ne peut pas attendre que les gens ferment.

Aref Salem, porte-parole d’Ensemble Montréal en matière de développement économique

Même si « l’hécatombe » ne s’est pas manifestée, « ça ne veut pas dire qu’on est sorti du bois », a reconnu le responsable du développement économique et commercial de la Ville. « Est-ce que les ventes vont avoir été suffisantes pour permettre de continuer à l’automne ? C’est pour ça qu’on est très, très attentifs à ce qui va se passer à l’automne », a indiqué M. Rabouin.

Voyez les critères du Fonds de consolidation des activités commerciales