(Ottawa) Le gouvernement fédéral aidera les provinces et territoires à renforcer leurs lignes de défense contre la COVID-19 en libérant des milliards de dollars pour rendre notamment les écoles et les hôpitaux plus résistants au coronavirus.

Lee Berthiaume
La Presse canadienne

La ministre de l’Infrastructure et des Collectivités, Catherine McKenna, a dévoilé mercredi les détails de ce plan, qui faisait suite à des semaines de discussions entre Ottawa et les gouvernements provinciaux et territoriaux — et à des années de critiques sur la lenteur chronique des programmes d’infrastructure du gouvernement libéral.

Mme McKenna a donc annoncé mercredi que 3,3 milliards seront rapidement disponibles pour des projets liés à la pandémie qui sont déjà prêts à aller de l’avant. Cette enveloppe provient des 33 milliards déjà promis par Ottawa dans son Programme d’infrastructure pour les projets provinciaux et territoriaux.

Ces mesures sont annoncées alors que la plupart des provinces s’apprêtent à rouvrir les écoles le mois prochain et tentent de se prémunir contre de nouvelles éclosions de COVID-19 dans les centres de soins de longue durée.

Le gouvernement fédéral souhaite justement que ces sommes soient utilisées pour rénover des écoles, des hôpitaux et des établissements de soins de longue durée afin de mieux limiter la propagation du coronavirus, ainsi que pour construire plus de pistes cyclables et de sentiers pédestres pour que les gens puissent profiter de la nature en sécurité.

Ottawa augmente sa contribution

Les provinces et territoires pourront même utiliser cet argent pour des infrastructures de mitigation des inondations et des incendies de forêt. Les projets provinciaux doivent être terminés d’ici 2021 et le coût maximum pour chaque projet est de 10 millions. La ministre McKenna a indiqué mercredi qu’Ottawa voulait introduire un processus de demande simplifié, afin que les provinces et les territoires puissent « répondre aux besoins urgents en temps voulu ».

Par ailleurs, dans le cadre de ce « volet de financement pour la résilience à la COVID-19 », la contribution fédérale passerait à 80 % pour les projets approuvés des provinces, des municipalités et des organismes à but non lucratif. Dans les Territoires du Nord-Ouest, au Nunavut et au Yukon, la contribution fédérale sera de 100 % des coûts des projets. Normalement, Ottawa couvre le tiers du coût des projets municipaux et la moitié du coût des projets provinciaux — 75 % dans les trois territoires.

« Nous accélérerons les approbations de projets. Nous ouvrirons de nouveaux projets admissibles au financement […] Et reconnaissant la situation financière difficile des municipalités et des provinces, nous offrirons une plus grande contribution fédérale », a déclaré la ministre McKenna lors d’une conférence de presse dans un Repaire jeunesse du Canada, à Ottawa.

Les municipalités réjouies

La ministre McKenna a souligné mercredi que chaque dollar investi devra remplir un triple rôle : garder les Canadiens en santé et en sécurité, créer des emplois et s’attaquer aux grands défis « comme les changements climatiques et les inégalités ». Ottawa devra maintenant conclure des ententes avec chacune des provinces pour modifier les accords antérieurs de financement des infrastructures.

La Fédération canadienne des municipalités (FCM) a accueilli favorablement, mercredi, la nouvelle mesure visant à acheminer plus rapidement davantage d’argent fédéral pour les infrastructures, ce qu’elles demandaient. Le président de la FCM, Bill Karsten, exhorte maintenant les provinces et territoires à collaborer avec les municipalités afin qu’elles puissent déterminer si elles souhaitent ou non adhérer à ce programme fédéral.

« La collaboration entre tous les gouvernements sera essentielle pour obtenir des résultats concrets pour les Canadiens sur le terrain et essentielle à la reprise économique du Canada », a-t-il expliqué dans un communiqué.

« Déshabiller Paul »

Mais le porte-parole néo-démocrate en matière d’infrastructure, Taylor Bachrach, a estimé que les libéraux déshabillaient Paul pour habiller Pierre, car le programme initial de 33 milliards était déjà insuffisant. « Transférer ce programme existant et le même montant d’argent vers de nouveaux problèmes liés à la COVID signifie que d’autres besoins ne seront pas comblés », a-t-il estimé.

Le porte-parole conservateur en matière d’infrastructure, Luc Berthold, a soutenu que les libéraux auraient dû agir plus tôt et il a fustigé le gouvernement pour la lenteur des dépenses d’infrastructure au fil des ans.

Les libéraux de Justin Trudeau ont souvent été critiqués ces dernières années pour la lenteur bureaucratique de leurs vastes programmes d’infrastructure. Les désaccords et les tensions entre Ottawa et de nombreux gouvernements provinciaux ont aussi empêché certains projets d’aller de l’avant. Le directeur parlementaire du budget a publié plusieurs rapports documentant la lenteur du processus d’approbation et la nature complexe des ententes bilatérales.

Les partis de l’opposition à la Chambre des communes avaient uni leurs forces, en janvier, pour faire adopter une motion demandant une vérification officielle du programme « Investir dans le Canada », qui promet plus de 180 milliards sur plus de dix ans dans les programmes d’infrastructure.