(Ottawa) Le gouvernement Trudeau et le gouvernement Legault seraient à « quelques petits détails près » de conclure une entente qui permettra d’accorder le statut de résident permanent aux demandeurs d’asile qui sont allés au front pour combattre la COVID-19 dans les CHSLD du Québec.

Joël-Denis Bellavance
Joël-Denis Bellavance La Presse

Selon des informations recueillies par La Presse, les négociations entre Ottawa et Québec ont progressé à un point tel qu’on envisage maintenant dans les deux capitales l’idée d’annoncer le détail d’une entente d’ici deux ou trois semaines. Une telle entente ouvrira ainsi la voie à une reconnaissance formelle de la contribution essentielle de ces « anges gardiens », dont bon nombre sont d’origine haïtienne.

« C’est presque réglé », a indiqué une source fédérale qui a requis l’anonymat parce qu’elle n’était pas autorisée à discuter de ce dossier publiquement.

« Les discussions avancent bien », a souligné une source à Québec, qui a aussi requis l’anonymat, ce qui confirme ainsi l’optimisme régnant de part et d’autre de régler ce dossier.

Mesure offerte à tous les travailleurs ?

Il y a quelques semaines, les négociations étaient pourtant dans l’impasse. Car le gouvernement Trudeau tenait mordicus à ce que cette mesure exceptionnelle soit offerte à tous les travailleurs dans les établissements de soins de santé ayant contribué à la lutte contre la pandémie – des préposés aux bénéficiaires aux gardiens de sécurité, en passant par le personnel d’entretien ménager. Mais Québec, de son côté, insistait pour que la liste des demandeurs d’asile admissibles se limite aux préposés aux bénéficiaires.

Il a toutefois été impossible mardi soir de savoir quelles catégories de travailleurs pourraient être admissibles au programme leur permettant d’obtenir une résidence permanente ou encore l’expérience de travail qu’ils devraient avoir acquise pour y avoir droit.

Tout indique cependant qu’on inclurait les travailleurs qui « ont couru le même risque » durant la pandémie, peu importe leurs fonctions.

« Chacun a mis un peu d’eau dans son vin pour qu’on puisse régler ce dossier », a-t-on indiqué dans la capitale fédérale en se félicitant au passage des canaux de communication qui existent entre les deux gouvernements sur une question qui aurait pu devenir un important différend entre eux.

Résultat : le ministre fédéral de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Marco Mendicino, devrait annoncer que ce dossier est réglé, à la satisfaction des deux parties, d’ici peu. La vice-première ministre du Canada, Chrystia Freeland, devrait l’accompagner durant cette annonce.

PHOTO SEAN KILPATRICK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Marco Mendicino, ministre fédéral de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté

À la fin de mai, le premier ministre Trudeau avait indiqué que son gouvernement était tout à fait disposé à prendre les moyens qui s’imposent pour remercier ces travailleurs qui n’ont toujours pas de statut légal au pays. Il avait même salué ces « gens extraordinaires qui font un travail héroïque ». « Nous devons regarder comment on peut les aider. On est en train de regarder cette situation de près », avait-il alors affirmé.

Pressions

Aux Communes, le Bloc québécois a exercé des pressions pour que l’on agisse rapidement dans ce dossier.

Mais le premier ministre du Québec, François Legault, voulait que l’on procède au cas par cas – formule qui aurait pu infliger une longue attente aux demandeurs d’asile qui étaient en première ligne dans les CHSLD malgré les risques pour leur santé.

En coulisses, les députés libéraux fédéraux du Québec ont exercé de vives pressions sur le cabinet fédéral pour que l’on règle ce dossier sans plus de délai, quitte à ce que le gouvernement Trudeau procède unilatéralement en accordant le statut de résident permanent.

Ottawa détient en effet le pouvoir de délivrer des visas et d’accorder la résidence permanente aux immigrants ; il n’avait donc pas besoin de l’accord de Québec, qui a aussi certains pouvoirs en matière d’immigration. Mais des ministres jugeaient mal avisé de procéder d’une manière unilatérale dans ce dossier, d’autant que les questions liées à l’immigration peuvent être explosives dans les régions du Québec.