Les Montréalais qui se font tester pour la COVID-19 dans une des cliniques sans rendez-vous du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal doivent prendre leur mal en patience. Il peut facilement s’écouler cinq jours, ou même davantage, avant que leur résultat ne leur soit communiqué, a constaté La Presse.

Ariane Krol Ariane Krol
La Presse

« Notre cible, c’est 48 heures, 72 heures maximum, mais là, effectivement, ça déborde », a confirmé la directrice adjointe aux services de première ligne du CIUSSS, Kahina Slimani, en entrevue téléphonique mercredi.

Les résultats des tests positifs sont communiqués en premier, dans un maximum de 48 heures, assure-t-elle. Mais pour les résultats négatifs, qui représentent environ 99 % des prélèvements, il y a un goulot d’étranglement.

Un Montréalais qui a subi le test à l’Hôpital général juif (HGJ) le 25 juillet et qui, plus de 72 heures après, n’avait toujours rien reçu, a composé le numéro qu’on lui avait donné au moment du prélèvement. « Ils m’ont dit qu’ils étaient rendus au 22 juillet avec les résultats, donc moi, ça va prendre encore trois ou quatre jours », a raconté à La Presse le jeune homme, qui a demandé à ne pas être identifié à cause de son emploi.

La clinique sans rendez-vous de l’Hôpital général juif est l’une de celles qui ont été ajoutées pour en finir avec les files interminables à l’Hôtel-Dieu, où l’attente a dépassé cinq heures au milieu du mois de juillet, après que la Santé publique eut invité les citoyens qui avaient fréquenté les bars à aller se faire tester. En une semaine, le CIUSSS a transformé la clinique sur rendez-vous de l’hôpital en service sans rendez-vous et a ouvert deux autres cliniques sans rendez-vous, dans Outremont et Parc-Extension.

Nette augmentation

La moyenne de résultats à traiter est passée de 200 à 800 par jour, et tourne encore autour de 600 à 700, indique Mme Slimani.

Le laboratoire a la capacité de les analyser dans les 24 heures. Les délais viennent plutôt du Centre de résultats du CIUSSS, qui sépare les résultats positifs des négatifs et se charge de contacter les patients. Une partie du personnel, difficile à remplacer, est en congé estival, explique la directrice adjointe.

« On a plus de résultats à traiter avec moins de monde », résume-t-elle.

Le CIUSSS cherche des moyens d’augmenter sa capacité, en sollicitant du personnel à l’interne ou en demandant l’aide d’autres centres. Mais il ne sait pas quand il réussira à atteindre son objectif de communiquer tous les résultats dans un délai de 48 à 72 heures.

« On fait tout ce qu’on est capables de faire actuellement pour l’atteindre le plus rapidement possible », dit Mme Slimani.

Est-ce que je suis capable de vous donner un horizon de temps ? Pas particulièrement comme ça, à chaud, parce que les équipes sont en plein dedans, à faire même plus que leur temps régulier.

Kahina Slimani, directrice adjointe aux services de première ligne du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal

Les patients qu’il faut rappeler parce qu’ils ne répondent pas au téléphone ajoutent à la tâche et aux délais, indique Mme Slimani.

Les personnes qui passent le test reçoivent un numéro de téléphone à composer si elles n’ont pas de résultat après cinq jours. Faudrait-il leur dire que c’est le délai normal et qu’il risque d’être dépassé ? « On ne voudrait pas que ça devienne une norme, objecte la directrice adjointe. Il y a un enjeu de ressources et c’est une responsabilité de l’ajuster et d’être capable de tout faire pour que ça se transmette dans des délais, on va dire, raisonnables. »

Elle ne croit pas non plus souhaitable de diffuser les délais, comme pour les urgences, afin d’inciter les Montréalais se faire tester où l’attente est moindre. « Si on parle de dépistage COVID, on essaie de faire déplacer les personnes le moins possible », dit-elle.

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a pourtant lancé lundi un appel aux Québécois qui sont considérés comme à risque d’être contaminés. « Le plus grand danger en ce moment, c’est le temps que ça prend à ces personnes-là de nous appeler ou d’aller se faire tester », a-t-il indiqué en point de presse. « On a des gens qui souvent, lorsqu’on les appelle parce qu’on sait qu’ils ont été contactés et probablement été contaminés, qui ne veulent pas répondre. Et là, on brise la chaîne de communication », a déploré le ministre.

Il faut dire que les délais pour obtenir un résultat de test ne sont pas sans conséquence. Dans l’attente de son résultat, qu’il a de bonnes raisons de croire négatif, le jeune homme interviewé par La Presse a manqué plusieurs quarts de travail et s’est isolé chez lui.

Respect des consignes

Les consignes sur l’isolement ne semblent d’ailleurs pas toujours clairement transmises ou comprises.

Seules les personnes qui présentent des symptômes de la COVID-19, qui ont été identifiées comme un contact d’un cas de COVID-19 ou qui sont de retour d’un voyage à l’étranger doivent s’isoler en attendant leur résultat de test, indique le site du gouvernement québécois.

https://www.quebec.ca/sante/problemes-de-sante/a-z/coronavirus-2019/consignes-isolement-personne-en-attente-test-covid-19/

« Mesures à prendre pour les personnes en attente de résultats de test de dépistage du coronavirus : s’isoler à la maison jusqu’à l’obtention des résultats de test », recommandait toutefois le site de Santé Montréal consulté mercredi, avec une mention indiquant que la plus récente mise à jour avait été faite dans la journée.

Plus de 14 000 prélèvements ont été effectués en moyenne chaque jour dans l’ensemble du Québec au cours de la dernière semaine, indiquent les plus récentes données publiées par le ministère de la Santé. Et en moyenne, 162 cas par jour se sont ajoutés au bilan durant cette période, soit 1,2 % de résultats positifs.

À la fin d’avril, le directeur national de santé publique, le DHoracio Arruda, avait évoqué la possibilité de passer à 20 000 tests par jour.

– Avec Pierre-André Normandin, La Presse