(Québec) Les jeunes adultes représentent une proportion importante des nouveaux cas de COVID-19 diagnostiqués au Québec, ce qui préoccupe les autorités de santé publique.

Ariane Krol Ariane Krol
La Presse

Environ le tiers des nouveaux cas de COVID-19 qui se sont ajoutés au bilan québécois de jeudi ont été détectés en Montérégie – 46 cas, autant qu’à Montréal durant la même période.

« On se maintient encore dans les 20 à 50 depuis quelques semaines, malheureusement », a commenté le DMathieu Lanthier-Veilleux, adjoint médical à la Direction régionale de santé publique de la Montérégie, en entrevue avec La Presse.

Et les jeunes adultes de 20 à 29 ans sont désormais responsables d’une proportion beaucoup plus élevée des nouveaux cas. Dans la semaine du 14 au 21 juillet, environ 30 % des diagnostics se trouvaient dans ce groupe d’âge en Montérégie, contre 15 % au plus fort de la pandémie.

On a doublé le nombre des 20-29 ans, carrément.

Le Dr Mathieu Lanthier-Veilleux, adjoint médical à la Direction régionale de santé publique de la Montérégie

Dans l’ensemble de la province, près de 40 % des nouveaux cas qui se sont ajoutés au bilan de jeudi se trouvaient dans ce groupe d’âge, indiquent les données compilées par La Presse. C’est la tranche d’âge la plus fortement représentée, et de loin. Les 30-39 ans, qui arrivent ensuite, représentent moins de 14 % des cas du jour.

Le Québec n’est pas unique

La hausse récente du nombre de cas dans l’ensemble du Canada est surtout attribuable aux jeunes adultes, a souligné l’administrateur en chef adjoint de la santé publique du Canada, le DHoward Njoo, en point de presse mardi. Les jeunes adultes, qui constituaient seulement le tiers des diagnostics en mai, en représentent environ 55 % depuis quelque temps. « C’est préoccupant », a souligné le DNjoo.

Bien que les jeunes infectés soient généralement moins gravement atteints par la maladie, « il faut qu’ils prennent conscience que le fait qu’ils contaminent d’autres milieux peut avoir des répercussions », souligne le DLanthier-Veilleux. L’éclosion liée au Mile Public House, à Brossard, et, plus récemment, celles détectées dans plusieurs camps de jour de la région ont entraîné des fermetures temporaires, rappelle-t-il.

Parmi les cas qui se sont ajoutés dans le dernier mois en Montérégie, de 10 à 15 % sont associés à des fêtes privées, et de 10 à 15 % à des bars. « On ne peut pas déterminer hors de tout doute que c’est la cause de leur infection, mais ce sont des jeunes qui ont fréquenté des partys privés ou des bars », précise le DLanthier-Veilleux.

Faut-il fermer les bars ? Comme d’autres médecins de santé publique interrogés sur la question cette semaine, il ne le recommande pas, d’autant que les mesures ont été renforcées pour ce type d’établissement. « Un party privé, il n’y a aucune mesure mise en place ; souvent, il y a un relâchement ; les gens n’ont pas nécessairement la liste des invités », énumère-t-il. « C’est vraiment plus difficile de faire le retraçage des contacts. »

Contamination plus large

Le traçage effectué en Montérégie montre d’ailleurs que les personnes infectées en contaminent actuellement davantage qu’on ne l’observait durant la première vague – presque 3 personnes chacune en moyenne, contre 1,3 auparavant. « On voit que les gens ont augmenté leurs contacts sociaux, c’est ce qui nous inquiète dans l’épidémiologie », note le DLanthier-Veilleux.

« On invite vraiment les gens à diminuer leurs contacts sociaux, à y aller à la pièce, à rencontrer quelques amis à la fois », dit-il.

Consciente que « le message ne passe pas nécessairement super bien » auprès des jeunes, la Santé publique de la Montérégie a publié un sondage sur sa page Facebook pour connaître l’opinion des 18-35 ans sur la COVID-19.

Consultez le sondage

Au fédéral, l’administrateur en chef adjoint de la santé publique a même évoqué la possibilité de faire appel à des spécialistes de la science du comportement et des stratégies de communication pour que les messages de prévention se rendent jusqu’aux jeunes adultes.

Pas tous les jeunes

Dans une précédente entrevue donnée à La Presse sur les éclosions dans les camps de jour de la Montérégie, le DLanthier-Veilleux demandait aux jeunes travailleurs de « redoubler de prudence » et d’appliquer « les consignes à la lettre ».

Alice Mimeault-Morency, qui est animatrice dans un camp de jour d’une autre région, les Laurentides, donne un son de cloche différent. « Dans le contexte de mon travail, je suis extrêmement prudente avec les mesures sanitaires. On prend ça au sérieux, tout le monde », souligne-t-elle.

La jeune femme de 18 ans, dont un membre de la famille est considéré comme à risque en cas d’infection, fait aussi très attention avec ses amis – masques à l’intérieur des véhicules, aucune invitation ni visite à l’intérieur des maisons, distanciation physique à l’extérieur, etc. Le comportement d’une partie de la jeunesse québécoise ne signifie pas que tous les jeunes sont des irresponsables, souligne-t-elle. « On a des responsabilités, nous aussi. »

Aucun nouveau décès

Par ailleurs, 142 nouveaux cas sont venus grossir le compte de la province jeudi, soit la même augmentation que la veille. Aucun décès supplémentaire ne s’est cependant ajouté au bilan.

Le nombre de patients hospitalisés a continué à diminuer, reculant de 14 depuis la veille, pour atteindre 221. Parmi eux, 14 étaient toujours aux soins intensifs, soit deux de moins que la veille.

En tout, 58 080 cas ont été diagnostiqués au Québec depuis le début de la pandémie, et 5662 décès ont été attribués à la maladie.

— Avec Pierre-André Normandin, La Presse

Un taux de séropositivité de 1 % au Canada

Seulement 1 Canadien sur 100 avait déjà été infecté par le SARS-CoV-2, le coronavirus responsable de la COVID-19, en mai et en juin. Ces résultats ont été dévoilés par les responsables des tests sérologiques populationnels de toutes les provinces, sauf le Québec. Ces tests détectent la présence d’anticorps, signes d’une infection dans le passé. La présence d’anticorps subsiste longtemps après que le patient est guéri et n’est plus contagieux. Ce taux de 1 % de séropositivité est inférieur aux résultats d’autres pays touchés. À la mi-mai, le taux de séropositivité aux Pays-Bas était de 5,5 %, par exemple. Les résultats dévoilés jeudi par le Groupe canadien de travail sur l’immunité face à la COVID-19 sont basés sur 37 800 tests.

— Mathieu Perreault, La Presse