Face aux craintes d’une deuxième vague de COVID-19 dans la population itinérante de Montréal, l’ancien hôpital Royal Victoria rouvrira bientôt ses portes aux plus vulnérables avec une toute nouvelle formule, a appris La Presse. Une unité d’isolement avait été mise en place au début de la pandémie, mais elle avait fermé ses portes début juin en raison de la faible fréquentation.

Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Des équipes cliniques et communautaires seront en effet déployées jusqu’en mars 2021 dans l’établissement, avec pour objectif d’aider les itinérants à accéder au logement.

« On a constaté avec la pandémie qu’il y avait une occasion de changer la trajectoire des personnes en situation d’itinérance. Tout le réseau s’accorde sur le fait qu’on ne doit pas retourner en arrière, au statu quo », explique le président de Mission Bon Accueil, Sam Watts, dont l’organisme est fiduciaire du projet.

Au début de la crise sanitaire, le Royal Victoria avait été transformé en unité de débordement. Mais un peu plus de 90 personnes ont finalement utilisé le service. « Un moment, on avait deux clients seulement », illustre M. Watts. Selon lui, l’objectif est maintenant de transformer l’ancien hôpital en un refuge offrant une variété de services, alors que plusieurs sites d’hébergement temporaires fermeront bientôt leurs portes.

Partenaire, la Mission Old Brewery abonde dans le même sens. « Ça va devenir un lieu où on peut rejoindre facilement les personnes dans le besoin et les connecter aux ressources appropriées. Tout sera coordonné. L’accompagnement, c’est aussi important que d’offrir un repas ou un endroit pour passer la nuit. Ces gens-là veulent s’en sortir », affirme sa porte-parole, Mélissa Bellerose.

La Direction régionale de santé publique de Montréal (DRSP) confirme pour sa part que le projet sera dévoilé sous peu, de concert avec la Ville et les organismes, qui devraient se voir confier la gestion des nouvelles installations. « Effectivement, on vise à offrir des services à l’ancien hôpital Royal Victoria. En ce moment, certains services sont déjà en place, qui prennent en considération le contexte COVID, mais c’est en développement graduel », explique le porte-parole du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, Jean-Nicolas Aubé.

Montréal veut entamer une transition

À la Ville de Montréal, le commissaire aux personnes en situation d’itinérance, Serge Lareault, ajoute que la transformation du Royal Vic permettra de mieux prévenir l’arrivée d’éclosions. « Il faut avoir des installations plus permanentes pour mieux accueillir les patients, tranche-t-il. Ça fait partie d’un plan de transition COVID qu’on dévoilera bientôt pour sortir des mesures d’urgence, tranquillement. »

L’intention de l’administration Plante serait aussi de « regrouper les gens par clientèles vulnérables » en consacrant notamment une section de l’hôpital aux femmes ou aux aînés.

Dans les arénas, les centres communautaires ou les hôtels, on n’avait pas toujours le personnel psychosocial nécessaire. Là, surtout s’il y a une deuxième vague, on en aura besoin.

Serge Lareault, commissaire aux personnes en situation d’itinérance à la Ville de Montréal

Un peu plus d’une vingtaine de cas de coronavirus ont été confirmés dans la population itinérante dans les derniers mois à Montréal.

Se préparer à une deuxième vague

Au Chaînon, qui accueille principalement des femmes en situation d’itinérance, la directrice générale, Linda Beauparlant, applaudit l’initiative.

On sait qu’il va y avoir une deuxième vague, et il faut s’y préparer. La réouverture du Royal Victoria va nous permettre d’accueillir des personnes jour, soir et nuit.

Linda Beauparlant, directrice générale de l’Association d’entraide Le Chaînon

Même son de cloche pour la directrice générale de l’Accueil Bonneau, Fiona Crossling. « Le fait que les ressources et les organismes soient tous au même endroit va sauver beaucoup de temps et éviter le dédoublement, quand une personne se promène d’un refuge à l’autre », assure-t-elle.

Force est de constater, dit Mme Crossling, que la centralisation des intervenants servira tout le réseau. « Ça coûtera moins cher à l’État et ça aidera beaucoup plus de monde à avoir un toit, un chez-soi », raisonne la directrice générale.

La directrice du Mouvement pour mettre fin à l’itinérance à Montréal (MMFIM), Michèle Chappaz, rappelle que les itinérants ont été « durement touchés » par la pandémie. Il presse, selon elle, d’imaginer des solutions permanentes pour se préparer à la suite. « Cette crise a fait ressortir des problématiques qui étaient déjà présentes, mais qui sautent maintenant aux yeux. Ce serait vraiment irresponsable de laisser les choses aller telles qu’elles sont », insiste-t-elle.

Manque d’installations hygiéniques, anxiété, isolement : les enjeux liés à l’itinérance dans le contexte actuel sont multiples, rappelle Mme Chappaz. « Ils ont vraiment été affectés. Tout ça fait aussi remonter les cas de santé mentale encore davantage », craint-elle. « Avec la fermeture de tous les services, les itinérants se sont retrouvés plus visibles, dans la mesure où il n’y avait plus personne dans les rues », illustre-t-elle également.

La situation de Montréal

Il y a quelques mois déjà, Québec a reçu une enveloppe supplémentaire de 21,4 millions d’Ottawa pour lutter contre l’itinérance dans la province. Une réserve de 3 millions a été conservée pour répondre à des besoins « émergents », portant donc le total des investissements disponibles à 18,4 millions. Une part de 44,6 % a été réservée à Montréal.

Le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal a aussi reçu une somme additionnelle de 2,2 millions, en vertu d’une enveloppe versée à certaines communautés vulnérables. C’est cette somme qui devrait permettre de financer le nouveau projet à Royal Victoria.