Le Québec enregistre aussi son plus haut total du mois

Ariane Krol Ariane Krol
La Presse

Il n’y a pas qu’au Québec qu’on suit l’augmentation des cas de près. La Colombie-Britannique et l’Alberta ont vu le nombre de personnes diagnostiquées à la COVID-19 augmenter récemment, une situation qui préoccupe Ottawa.

Les hausses enregistrées dans les deux provinces les plus à l’ouest du Canada assombrissent le portrait national.

« La moyenne sur sept jours était d’environ 300 cas par jour. Plus récemment, ç’a augmenté à 350 et maintenant nous sommes autour de 450, 460 pour les quatre derniers jours. Donc, c’est préoccupant », a déclaré l’administrateur en chef adjoint de la Santé publique du Canada, le DHoward Njoo, en point de presse mardi.

Les analyses montrent que cette augmentation vient surtout des jeunes adultes, qui représentaient seulement le tiers des cas au Canada en mai. « Plus récemment, c’est environ 55 % et c’est préoccupant », a souligné le DNjoo.

Trois principaux facteurs expliquent, selon lui, les hausses récentes.

Il constate une « fatigue » du respect des consignes de santé publique, qui n’est pas seulement ressentie par les jeunes, mais par l’ensemble de la population. À cela s’ajoute, chez les jeunes, un « facteur d’invincibilité », parce qu’ils semblent courir moins de risques de subir des conséquences graves du virus, et que beaucoup ont peu ou pas de symptômes. Finalement, il évoque un facteur « retour à la normale », chez les jeunes comme chez les autres groupes d’âge. « Les choses reviennent à la normale et, par conséquent, ils se rassemblent, dans des fêtes à l’intérieur avec, probablement, un manque de distanciation [physique]. »

Les Canadiens ont, dans l’ensemble, réussi à aplatir la courbe, mais ce succès, obtenu au prix d’énormes sacrifices, est fragile, a souligné le médecin de santé publique.

« Ça ne prend que quelques étincelles pour retomber et créer une situation dont nous ne voulons pas », a prévenu Howard Njoo.

Les provinces de l’Ouest n’ont pas le monopole des augmentations. Québec a annoncé 180 nouveaux cas, mardi, le plus haut total quotidien depuis le début de juillet. L’Ontario, avec 203 nouveaux cas déclarés mardi, affichait également son plus haut point du mois. « On suit très étroitement la situation dans chaque province et territoire, en incluant le Québec », a assuré le Dr Njoo.

Le nombre de personnes hospitalisées au Québec a toutefois diminué de 4 au cours des 24 dernières heures, pour atteindre 247. De ce nombre, 15 patients étaient aux soins intensifs, soit 2 de moins que la veille. Une mort de plus a été annoncée.

Des tendances préoccupantes

Le Dr Njoo n’est pas le seul à sonner l’alarme.

« Les données épidémiologiques montrent des tendances à la hausse préoccupantes », ont souligné le ministre de la Santé et la responsable de la Santé publique de la Colombie-Britannique dans une déclaration commune lundi. « Elles nous disent que nous sommes sur le point de trop augmenter nos interactions sociales et courons un risque de rebond », ont souligné le ministre Adrian Dix et la Dre Bonnie Henry.

La province, qui avait réussi à aplatir la courbe relativement tôt dans la pandémie, avait enregistré entre 19 et 52 cas au cours des trois jours précédents.

J’essaie de ne pas regarder les rapports quotidiens de trop près, mais quand vous commencez à regarder une période d’une semaine et que vous voyez de plus grosses augmentations, oui, je suis préoccupé. Je pense que nous le sommes tous dans la province.

Dan Coombs, professeur au département de mathématiques de l'Université de la Colombie-Britannique, qui a collaboré aux scénarios de modélisation de la province

Mouvement à la hausse

Le mouvement à la hausse a commencé à se faire sentir sur les moyennes de sept jours un peu avant la mi-juillet en Colombie-Britannique et en Alberta (voir graphique).

Un des aspects préoccupants en Colombie-Britannique, c’est que beaucoup des nouveaux cas sont apparus dans la région de Kelowna, qui n’en avait pas eu tellement jusqu’ici et qui pourrait être moins bien préparée, a noté le professeur Coombs en entrevue téléphonique.

En contrepartie, le retraçage des contacts est efficace, souligne-t-il. « Une des raisons pour lesquelles nous voyons ces cas, c’est parce que les gens ont été efficacement retrouvés et testés. Il faut espérer que cela rompe la chaîne d’infection. »

En Alberta, la Ville de Calgary a adopté mardi une résolution rendant le port du couvre-visage obligatoire dans les transports en commun et les lieux publics fermés à partir du 1er août

Les autorités régionales et provinciales sont les mieux placées pour savoir s’il y a des ajustements à faire, estime d’ailleurs l’administrateur en chef adjoint de la Santé publique du Canada. « Ce n’est vraiment pas à moi, au “niveau national”, de leur dicter ce qu’ils pourraient ou devraient faire », a indiqué le DNjoo à Ottawa.

Le nombre de cas parmi les jeunes adultes sera à suivre au cours des prochains jours et des prochaines semaines, a-t-il toutefois précisé : « Leur niveau de tolérance au risque est une chose à laquelle nous devons nous intéresser de près. »

Pour ce faire, il entend faire appel à des experts en science comportementale et en communication des risques. « Ces deux groupes d’experts peuvent nous donner des outils sur la meilleure façon dont nous pourrions rejoindre les jeunes, en usant de messages qui résonnent auprès d’eux, mais aussi en utilisant les bonnes plateformes. »

En tout, 57 796 cas ont été diagnostiqués au Québec depuis le début de la pandémie, soit plus de la moitié des cas au Canada (111 697), et 5658 morts y ont été attribuées à la maladie, sur un total de 8862 au pays.

– Avec Pierre-André Normandin, La Presse