(Paris) Deux vaccins, britannique et chinois, ont montré des résultats préliminaires encourageants chez les humains, alors qu’un troisième a eu de bons résultats sur le singe, a-t-on appris lundi dans les revues The Lancet et Science Translational Medicine.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Les trois vaccins utilisent une technologie nouvelle, qui n’a jamais servi pour un vaccin humain. Il s’agit de se servir d’un autre virus pour transporter une molécule du SARS-CoV-2, coronavirus responsable de la COVID-19.

« C’est intéressant, mais avec les vecteurs, plusieurs choses peuvent mal fonctionner », indique Frédéric Ors, PDG d’IMV, de Québec, qui planche sur un vaccin plus traditionnel contre la COVID-19. « Il peut y avoir une immunité préalable contre ce virus si c’est un virus humain. Il peut être difficile de faire une deuxième dose puisque le système immunitaire va développer une réaction contre la molécule du SARS-CoV-2 et aussi contre le vecteur. Et si on a besoin d’une autre version du vaccin contre la COVID-19, par exemple s’il y a des mutations comme pour la grippe saisonnière, l’immunité contre le vecteur va rendre la réutilisation du même vaccin impossible. »

Nathalie Charland, directrice des affaires scientifiques et médicales chez Medicago, autre entreprise de Québec qui planche sur un vaccin contre la COVID-19, souligne que le vaccin britannique de l’Université Oxford utilise un adénovirus responsable du rhume chez le singe pour éviter une immunité préexistante chez les humains. « Mais ils ne font qu’une dose, alors que nous, on peut essayer deux doses. » Le vaccin chinois de l’entreprise CanSino, lui, utilise un adénovirus responsable du rhume chez l’homme, mais circule peu dans la population mondiale, selon Mme Charland.

Tensions sino-canadiennes

CanSino a fait les manchettes plusieurs fois depuis mai. La première fois, quand l’Université Dalhousie et le Conseil national de recherches Canada (CNRC) ont annoncé que le vaccin chinois serait testé à Dalhousie, à Halifax, en Nouvelle-Écosse. Puis, il y a deux semaines, quand le chercheur responsable du dossier à Dalhousie, Scott Halperin, a indiqué au Comité permanent de la santé du Parlement du Canada que le vaccin n’était toujours pas arrivé parce que la Chine bloquait son exportation.

Le site iPolitics a lié ces problèmes d’exportation aux tensions entre la Chine et le Canada, qui bloquent le transit d’autres marchandises. CanSino a une relation privilégiée avec le CNRC parce que l’entreprise chinoise travaille sur une lignée cellulaire canadienne, tout d’abord sur l’Ebola, puis la COVID-19. M. Halperin n’a pas répondu à une demande d’entrevue de La Presse lundi.

Les résultats du Lancet sont issus des première et deuxième phases dans le cas du vaccin d’Oxford, et des deuxième et troisième phases dans le cas du vaccin chinois. Cela signifie que l’évaluation portait surtout sur leur sécurité, et non sur leur efficacité. Les données d’efficacité ne sont pas suffisantes pour conclure que les vaccins fonctionnent.

Le vaccin simiesque dévoilé dans Science Translational Medicine a été développé par des chercheurs de l’Université de Washington à Seattle.

Medicago a recruté 20 patients sur les 180 de la première phase de son essai clinique, qui comporte plusieurs dosages et deux adjuvants différents, des molécules augmentant la réaction du système immunitaire. IMV, de son côté, espère commencer « très bientôt », selon M. Ors, la première phase de son essai clinique et mise sur une technologie qui est en quelque sorte un adjuvant naturel, avec une livraison du vaccin dans une région du corps humain où la réponse immunitaire est plus forte, particulièrement chez les personnes âgées. Les deux entreprises québécoises utilisent des technologies plus traditionnelles pour l’ingrédient suscitant la réponse immunitaire contre la COVID-19, déjà utilisées dans des vaccins.

Médicament prometteur

L’entreprise britannique Synairgen a rapporté lundi par ailleurs des résultats encourageants quant à un troisième médicament contre la COVID-19. Il s’agit d’une molécule administrée par inhalateur, qui aide la réaction immunitaire. Synairgen a rapporté que le risque d’être placé sous respirateur avec intubation était 79 % moins élevé et qu’aucune mort n’avait été déplorée avec le médicament SNG001, alors que trois morts avaient été déplorées parmi la cinquantaine de patients du groupe contrôle. Ces résultats n’ont pas été publiés dans une revue avec comité de révision (peer review), ni même sur le site de prépublication scientifique MedRxiv.

Chiffres

250 : nombre de vaccins contre la COVID-19 actuellement en développement dans le monde

Source : The Lancet