Francine Durocher se sent coupable d’avoir amené son mari de 67 ans à l’hôpital de Saint-Jérôme, où il a attrapé la COVID-19 qui a causé sa mort le 3 juillet. « Si mon mari n’était pas allé à l’hôpital, je suis convaincue qu’il serait encore vivant. »

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

Si elle avait su qu’il y avait une éclosion de coronavirus dans cet établissement des Laurentides, Francine Durocher aurait agi différemment. Elle déplore que la direction n’ait pas informé les médias de la présence de la COVID-19 sur les lieux avant le début de juillet, même si les premiers cas sont apparus le 7 juin.

« J’aurais aimé qu’ils avisent d’avance, dès qu’ils ont su qu’il y avait des patients infectés, explique-t-elle. Moi, j’aurais peut-être pu décider de ne pas l’envoyer à l’hôpital. Et, deuxièmement, ce qui me fâche, c’est que dans les CHSLD, le gouvernement disait qu’il n’aurait pas fallu que les gens se promènent d’une bâtisse à l’autre et d’une zone chaude à une zone froide. Au début, on ne savait pas ce qu’était la COVID. Mais en juin, c’était la même chose qui se passait à Saint-Jérôme. »

Mme Durocher se demande comment il se fait qu’un hôpital désigné pour guérir la COVID-19 soit le véhicule de transmission du virus.

L’hôpital a reconnu que des employés se sont déplacés entre les zones contaminées et les zones froides durant l’éclosion. Et ce, jusqu’à tout récemment. « Oui, ça arrive », a admis la semaine dernière le directeur adjoint des soins physiques de l’hôpital, Sylvain Pomerleau, en raison du manque de personnel.

En 2003, pendant l’épidémie de SRAS, ce n’était pas rare qu’un patient infecte une vingtaine de personnes dans un hôpital. Quand on a trouvé ça, c’est là qu’on a séparé les patients en zones chaudes et froides.

Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, qui travaille à l’hôpital Sainte-Justine

Depuis le début de la pandémie, l’explosion des cas, que ce soit en Italie ou dans les CHSLD québécois, a rappelé aux autorités sanitaires que les établissements de santé peuvent être d’importants lieux de transmission.

M. Mâsse ajoute qu’à l’hôpital Sainte-Justine, il ne peut pas se promener où il veut. « Il y a quelqu’un qui m’intercepte assez vite, dit-il. La même chose pour les patients. »

191 CAS

Mercredi, à l’hôpital de Saint-Jérôme, le nombre de personnes infectées depuis juin a atteint 191, soit 94 employés et 97 patients. L’hôpital, dans un premier temps, a décrit ces infections chez les patients comme des cas de transmission nosocomiale.

L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) explique que ces infections sont « acquises au cours d’un épisode de soins administrés par un établissement du réseau de la santé, quel que soit le milieu où ils sont administrés ».

Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) des Laurentides a depuis nuancé ces déclarations et affirme que ces infections ne sont pas toutes de nature nosocomiale. « Le mot “nosocomial” est utilisé avec réserve depuis le début de la semaine, puisque nous avons entrepris de faire plus de recherches afin de déterminer si, oui ou non, ces infections ont été contractées à notre centre hospitalier », a fait savoir la porte-parole Myriam Sabourin.

Le CISSS estime que les normes ont été respectées.

Nous n’avons pas tardé à faire connaître la situation. Il est possible que la diffusion large dans les médias ait eu lieu plus tard selon l’intérêt médiatique de ce moment. Ce qui importe pour nous est de renseigner chaque personne qui franchit les unités en éclosion.

Myriam Sabourin, porte-parole du CISSS des Laurentides, par courriel

Le problème, c’est que les visites étaient interdites à l’hôpital. Mme Durocher n’a donc pas pu prendre connaissance du problème avant le 3 juillet.

« À la maison, il n’aurait pas eu la COVID parce qu’on respecte tellement les normes, assure-t-elle en parlant de son mari, Réjean Malette. Lui ne sortait pas. Ma fille ne sort pas non plus, parce qu’elle a des problèmes respiratoires. La seule qui sort, c’est moi. Et je ne fais même pas mes commandes. Je les fais en ligne et je vais les chercher. Je sors quand je ne peux pas faire autrement. »

M. Malette avait été admis à l’hôpital de Saint-Jérôme le 15 juin parce qu’il était très faible. Il avait été hospitalisé à deux reprises depuis le début de l’année, en février et en mai, après avoir attrapé la grippe. Il était aussi atteint de la maladie de Steinert, une affection d’origine génétique qui touche principalement les muscles, et il souffrait de diabète.

« On m’a appelée le 1er juillet pour me dire qu’il avait la COVID. Le 3 juillet, il en est mort. »