(Ottawa) La PCU, principal coup de pouce du gouvernement fédéral aux travailleurs touchés par la pandémie, n’est « pas une solution permanente », rappelle un comité sénatorial, qui plaide en faveur d’un revenu de base garanti.

Jordan Press
La Presse canadienne

La Prestation canadienne d’urgence (PCU) de 500 $ par semaine doit expirer en septembre pour ces millions de travailleurs qui ont vu leurs revenus diminuer ou disparaître complètement à cause de la pandémie.

Le Comité sénatorial permanent des finances nationales s’est penché sur tous les programmes d’aide d’urgence mis en place par le gouvernement libéral de Justin Trudeau depuis le début de la pandémie. Dans son rapport publié mardi, le comité recommande notamment au gouvernement de réduire progressivement la PCU à mesure que les revenus des bénéficiaires augmentent (une formule « dégressive »), plutôt que de mettre fin purement au programme.

Tout en la qualifiant de « véritable bouée de sauvetage » pour de nombreux Canadiens, le comité sénatorial conclut que la PCU « laisse pour compte certains des individus les plus vulnérables qui vivaient déjà dans la pauvreté avant la pandémie ». Le comité craint aussi « que les mesures adoptées par le gouvernement jusqu’ici ne soient pas assez souples » pour aider d’autres Canadiens.

Trouver un emploi adéquat sera un défi permanent pour les travailleurs, car certains secteurs, comme le tourisme et le transport aérien, mettront plus de temps à reprendre, tandis que d’autres emplois peuvent ne pas revenir du tout pour cause de faillite, a rappelé le comité. Les sénateurs exhortent donc le gouvernement fédéral, de concert avec les provinces, les territoires et les gouvernements autochtones, à « envisager de façon exhaustive, juste et prioritaire l’instauration d’un revenu de base garanti », une possibilité qu’« il convient d’examiner plus à fond ».

« Pourquoi ne pas y réfléchir sérieusement et voir ce qui pourrait être fait ? », a déclaré Tony Loffreda, un sénateur indépendant qui siège au comité. « Je pense que nous pourrions économiser beaucoup en programmes d’aide, lors d’une prochaine crise, si nous avions un revenu de base garanti. »

Le concept de revenu de base garanti, ou revenu minimum garanti, diffère selon les interlocuteurs, mais il est généralement considéré comme une prestation sans condition versée par les gouvernements, qui remplace plusieurs programmes ciblant des besoins différents. Plus tôt ce mois-ci, le directeur parlementaire du budget a estimé qu’une telle prestation versée pendant six mois à partir d’octobre coûterait entre 47,5 milliards et 98,1 milliards, selon que les prestations seront réduites, ou non, en fonction des revenus gagnés par les bénéficiaires.

Il est temps de rendre des comptes

Les différents programmes d’aide fédérale liés à la crise du coronavirus atteignent jusqu’ici quelque 230 milliards, sans compter les dizaines de milliards de plus en reports d’impôts et en prêts garantis par le gouvernement. Ces mesures exceptionnelles ont fait gonfler le déficit à 343,2 milliards et la dette nationale au-delà du cap des 1000 milliards d’ici la fin de l’année.

Le comité sénatorial convient que « les mesures gouvernementales ont vraisemblablement sauvé des millions de Canadiens de la ruine ». Mais aujourd’hui, le gouvernement doit remédier à « l’absence de reddition de comptes et le manque de transparence à l’égard des dépenses ». Les sénateurs demandent donc au gouvernement de publier des mises à jour économiques et financières trimestrielles pour le reste de la crise — comme le ministre des Finances, Bill Morneau, l’a fait la semaine dernière.

Et les sénateurs croient aussi qu’il est temps que les libéraux laissent le Parlement examiner et approuver toutes nouvelles mesures, plutôt que de se prévaloir des pouvoirs exceptionnels accordés au début de la crise.

Les libéraux devraient apporter prochainement des changements à la PCU, un programme de 80 milliards, et au programme de Subvention salariale d’urgence de 82,3 milliards, dans l’espoir d’inciter davantage de Canadiens à passer du premier au second, dans le cadre du déconfinement progressif.

Le comité sénatorial recommande au gouvernement d’adopter un système « dégressif » de prestations : récupérer les paiements de la PCU à mesure que les revenus des bénéficiaires augmentent, plutôt que de les couper brutalement, et offrir différents niveaux de prestations pour différents niveaux de perte de revenus, comme les partis de l’opposition l’ont suggéré à la Chambre des communes.

« Permettre une plus grande flexibilité […] aiderait plus d’entreprises et leur permettrait de ramener leurs employés au travail en préparation de leur saison la plus occupée de l’année », a soutenu mardi le porte-parole néo-démocrate en matière de finances, Peter Julian, qui commentait la promesse des libéraux, lundi, de prolonger jusqu’en décembre la Subvention salariale d’urgence.

À l’instar du comité sénatorial, M. Julian demande aux libéraux de préciser rapidement aux Canadiens ce qu’ils comptent faire à l’automne pour aider ceux qui dépendent actuellement sur la PCU pour subvenir à leurs besoins essentiels et qui ne pourront pas retrouver leur emploi d’ici là.