Il est moins risqué de contracter la COVID-19 en ouvrant le courrier qu’en faisant la fête dans un bar bondé, on s’en doute. Mais qu’en est-il de manger au restaurant, marcher au centre-ville ou faire du camping ?

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

L’Association médicale du Texas a publié un tableau qui attribue un score de risque à 37 activités de la vie courante. Même s’il est truffé d’imperfections aux yeux des experts consultés par La Presse, ceux-ci reconnaissent le besoin d’essayer d’évaluer les risques liés à nos faits et gestes. Sans surprise, c’est l’élément « aller dans un bar » qui récolte la palme de l’activité la plus dangereuse.

« L’idée n’est pas mauvaise de créer une échelle de risque. Je crois que ça aiderait bien des gens. Les incidents des derniers jours nous laissent croire que nous ne sommes pas tous en mesure de bien quantifier les risques des activités. Plusieurs croient que les personnes défient les directives sanitaires en toute connaissance des risques. Je crois plutôt qu’une bonne partie de la population n’est pas en mesure de bien quantifier les risques associés à différentes activités », commente Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Le tableau publié est toutefois à prendre avec plusieurs bémols. Il faut comprendre que le score de risque n’a pas été calculé à partir de données épidémiologiques qui indiqueraient comment les gens ont été infectés jusqu’à maintenant. De telles statistiques n’existent tout simplement pas. L’Association médicale du Texas précise que c’est plutôt un panel de 15 médecins qui a évalué le risque des activités, en fonction de leur perception et de leur expertise. Notons que ce risque est évalué en considérant que ceux qui pratiquent les activités prennent toutes les précautions recommandées par les autorités de santé publique, comme la distanciation physique et le port du masque lorsqu’indiqué.

Risque très variable selon le contexte

« En théorie, ça serait bien de pouvoir quantifier le risque des différentes activités, alors l’idée est intéressante », dit aussi Gaston De Serres, médecin épidémiologiste à l’Institut de la santé publique du Québec (INSPQ).

Le DDe Serres se dit toutefois « mal à l’aise » avec plusieurs éléments du classement. Il souligne qu’une même activité peut générer un risque très variable selon le contexte. Aller sur une plage, par exemple, peut être parfaitement sécuritaire si la plage est déserte et que vous vous y rendez seul. Mais le portrait change complètement si vous y débarquez avec 20 amis alors qu’elle est bondée. Le score de 5 sur 10 attribué à cette activité, selon lui, ne veut donc pas dire grand-chose. Même chose pour le camping : le risque est très variable selon l’endroit et la façon dont il est pratiqué.

Marie-Pascale Pomey, professeure au département de gestion, évaluation et politique de santé à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, émet les mêmes réserves. Elle comprend mal, par exemple, pourquoi on attribue un score de 8 à l’activité « aller au cinéma », alors qu’on peut en minimiser les risques en laissant des sièges vides entre les spectateurs et en portant le masque.

Ce qui me gêne le plus, c’est qu’on met tout ensemble alors que ça dépend beaucoup du contexte et de la façon dont les gens vont se comporter.

Marie-Pascale Pomey, professeure au département de gestion, évaluation et politique de santé à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Notons aussi que l’élément « inviter une personne âgée à la maison » concerne beaucoup plus le risque pour cette personne que pour celui qui la reçoit.

La Presse a tout de même choisi de publier le tableau parce que, même imparfait, il peut servir de guide. Il suscite aussi une réflexion sur les risques que nous prenons à faire chaque activité. De façon générale, les experts rappellent que c’est le nombre de contacts à risque qui déterminent le danger d’une activité. Les contacts sont plus risqués s’ils se déroulent à l’intérieur, s’ils sont prolongés et s’ils impliquent des exhalations forcées (parler fort, crier, chanter, tousser ou éternuer).

Probabilité de contracter la COVID-19, sur une échelle de 1 à 10

Risque faible : ouvrir le courrier (1), prendre une commande à emporter au restaurant (2), faire le plein d’essence (2), jouer au tennis (2), faire du camping (2)

Risque faible/modéré : faire l’épicerie (3), faire une promenade ou du vélo avec d’autres (3), jouer au golf (3), passer deux nuits à l’hôtel (4), s’asseoir dans la salle d’attente d’une clinique (4), aller à la bibliothèque ou au musée (4), manger sur la terrasse d’un restaurant (4), marcher dans un centre-ville animé (4), passer une heure dans un parc pour enfants (4)

Risque modéré : être invité à souper chez un ami (5), participer à un BBQ dans une cour (5), aller à la plage (5), magasiner dans un centre commercial (5), envoyer les enfants à l’école, à la garderie ou dans un camp de jour (6), travailler une semaine dans un bureau (6), se baigner dans une piscine publique (6), inviter une personne âgée à la maison (6)

Risque modéré/élevé : aller au salon de coiffure (7), manger au restaurant, à l’intérieur (7), prendre part à un mariage ou à une cérémonie funéraire (7), voyager en avion (7), jouer au basketball (7), jouer au football (7), faire une accolade ou serrer la main d’un ami (7)

Risque élevé : manger dans un buffet (8), s’entraîner au gym (8), aller dans un parc d’attractions (8), aller au cinéma (8), assister à un gros concert de musique (9), aller dans un stade sportif (9), participer à une cérémonie religieuse avec plus de 500 personnes (9), aller dans un bar (9)

Source : Association médicale du Texas

Une « règle du pouce » pour calculer le risque

Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, utilise une règle du pouce pour évaluer le risque de pratiquer une activité : il essaie d’évaluer le nombre de personnes avec qui il aura des contacts à moins de deux mètres pendant cette activité. Si les contacts se font à l’intérieur, il multiplie par un facteur 5. « Pour une sortie à vélo seul, c’est zéro. Pour du tennis extérieur en simple, j’estime 2-3 contacts à risque. J’ai beau faire attention, mais en une heure de jeux, en plus des entrées et sorties, c’est difficile de maintenir à zéro. Lorsque je vais à la pharmacie, j’estime un contact, multiplié par cinq parce que c’est à l’intérieur, pour un total de 5. À l’épicerie, j’estime 4-5 contacts x 5 = 20-25 », illustre-t-il. Il essaie de ne pas dépasser un seuil de 20. « Et ce, seulement si je peux porter un masque et que c’est une activité essentielle », dit-il.