Les bars devront désormais fermer leurs portes à minuit et tenir un registre de leurs clients, annoncera le gouvernement Legault ce jeudi. Il s’apprête également à imposer le port du masque dans les lieux publics fermés partout au Québec, à compter du 20 juillet.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Audrey Ruel-Manseau Audrey Ruel-Manseau
La Presse

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, procédera d’abord avec les nouvelles mesures touchant les bars lors d’une conférence de presse ce jeudi. L’obligation de porter le masque sera confirmée dans un deuxième temps.

Le directeur national de santé publique, le DHoracio Arruda, avait fait sa recommandation au gouvernement à ce sujet. Le couvre-visage sera ainsi obligatoire dans les lieux publics fermés à temps pour le début des vacances de la construction, le 20 juillet. Québec ne prévoyait pas procéder aussi rapidement au départ, mais son agenda a été bousculé par l’annonce-surprise de la mairesse de Montréal Valérie Plante d’imposer le masque à compter du 27 juillet.

Dans les transports collectifs, le couvre-visage sera obligatoire à compter de lundi, en vertu d’une annonce faite par Québec la semaine dernière.

Christian Dubé prend les moyens comme promis pour éviter des débordements dans les bars comme on a pu en voir au cours de la fin de semaine dernière. Il devance l’heure de fermeture à minuit afin d’assurer un respect accru des consignes sanitaires comme la distanciation physique. Les bars devront également tenir un registre des clients, mesure déjà en vigueur en Colombie-Britannique. Il sera ainsi plus facile de retracer ceux qui ont été en contact avec une personne infectée par le coronavirus.

Colère dans l’industrie

Pour la Nouvelle Association des bars du Québec (NABQ), mieux vaut imposer une fermeture à minuit que d’imposer la fermeture pure et simple de tous les bars, comme la Santé publique l’avait d’abord recommandé au gouvernement en début de semaine.

« Pour les membres que je représente, j’ai l’impression que cette nouvelle-là est rationnelle. Il fallait qu’ils mettent un frein parce qu’il y a un relâchement partout », estime Pierre Thibault, président et fondateur de la NABQ, qui estime que le coup sera toutefois très difficile à encaisser pour les bars de type discothèque, qui ne commence vraiment à rouler qu’après minuit. Sa « plus grande déception » et de constater « le mutisme du ministre de l’Économie » dans cette annonce.

« Ils se font dire le 25 juin : “Allez-y”, ils font des modifications, mettent des plexiglas, s’adaptent aux mesures de sécurité, investissent des milliers de dollars dans du mobilier pour remplacer les pistes de danse. Et demain, ils se font fermer pour une histoire au DIX-30. On empêche des entrepreneurs de fonctionner, mais sans compensation, sans programme de soutien. Ça ne passera pas », prévient M. Thibault.

La nouvelle a été accueillie comme une douche froide, même glaciale, pour le président de l’Union des tenanciers de bars du Québec (UTBQ), Peter Sergakis.

« Je ne suis pas de bonne humeur. On est en tabarnak après le ministre [de la Santé] ! J’ai proposé au ministre d’attendre une semaine pour voir s’il y a un changement de comportement chez les consommateurs et les tenanciers, et il ne voulait pas », fulmine l’homme d’affaires et tenancier, qui estime que « la majorité est pénalisée pour une petite partie qui a perdu le contrôle ».

« Ça équivaut de mettre la clé sous la porte dans tous les bars à travers le Québec. Ça va être des faillites », croit M. Sergakis, qui dénonce l’absence de soutien financier du gouvernement, depuis le début de la crise, et plus encore avec cette annonce.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Peter Sergakis, président de l’Union des tenanciers de bars du Québec

« Dans les bars et les restaurants, il y a 250 000 emplois directs et 100 000 emplois indirects au Québec. On donne des subventions à toutes les compagnies pas bonnes avec des présidents et des VP qui font des millions par année. Et nous, la majorité est gérée par des petits et moyens entrepreneurs qui travaillent depuis des années, et on n’a aucune subvention pour qu’on puisse passer à travers », déplore-t-il.

Il voit aussi d’un mauvais œil la mise en place d’un registre et doute que les clients veuillent donner leurs informations personnelles à l’entrée d’un bar. De son côté, Pierre Thibault croit plutôt qu’il s’agit « d’une bonne chose », qui « demandera de l’ingéniosité », mais qui facilitera le travail des autorités si elles doivent procéder à une enquête épidémiologique.

Le ministre de la Santé rappellera que la capacité d’accueil des établissements doit être réduite (environ 50 %), que les clients doivent demeurer assis et ne pas danser. Québec a l’intention de suspendre le permis d’alcool des bars qui violeraient les règles.