Alors que la première vague s’essouffle à Montréal, elle prend de la vigueur dans les Laurentides avec l’arrivée des vacanciers.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

L’Hôpital de Saint-Jérôme, désigné pour accueillir les personnes atteintes de la COVID-19 dans la région, enregistre en effet un nombre record de cas. Plus de 75 patients et autour de 40 employés ont reçu un diagnostic positif au coronavirus. Sur neuf unités en santé physique, quatre sont en éclosion.

Dans l’espoir de reprendre le contrôle sur la situation, l’Hôpital de Saint-Jérôme a lancé mercredi une opération de dépistage de trois jours auprès de tous les membres de son personnel, soit 1500 personnes. On a aussi mis en place une série de mesures : nettoyage plus fréquent des installations, révision des processus et ajout de matériel de protection individuelle.

Permises pendant une semaine, les visites sont de nouveau interdites depuis vendredi, sauf exceptions.

Mais il arrive encore que le personnel se déplace entre les zones chaudes et froides de cet hôpital vétuste. Le premier ministre François Legault, qui était de passage à Saint-Jérôme mardi, a reconnu que l’établissement avait un « urgent besoin d’être agrandi et modernisé ».

Pour être transparent, oui, ça arrive. On fait tout pour éviter les transferts, mais on vit une situation où nos employés attrapent la COVID. Les absences sont plus fréquentes qu’en temps normal. On manque de personnel.

Sylvain Pomerleau, directeur général adjoint au programme de santé physique de l’Hôpital de Saint-Jérôme

Des patients qui devaient subir des opérations ont aussi été déplacés vers les hôpitaux de Saint-Eustache et de Sainte-Agathe.

À quoi attribue-t-il cette éclosion ?

« Les enquêtes sont difficiles à faire. On découvre que les périodes d’incubation sont plus longues que prévu et qu’il y a plus de patients qui ont la maladie sans avoir de symptômes. »

M. Pomerleau fait toutefois un lien entre l’augmentation du nombre de cas et le relâchement des règles dans la population. « On doit retaper sur le clou partout et insister sur le respect des mesures sanitaires, le lavage des mains, la distanciation et le port du masque, dit-il. Pour moi, il y a une relation de cause à effet. Ça semble logique que l’arrivée des touristes et des gens qui possèdent des chalets met une pression supplémentaire. »

Masque et argent comptant

Le masque est quasiment absent dans la région. Il suffit de se promener dans les rues de Sainte-Agathe ou du village de Mont-Tremblant, anciennement Saint-Jovite, pour constater que les gens ne le portent pas, mis à part dans certains commerces et pas tout le temps.

« Je vois des gens qui portent des masques, mais ils ne mettent pas de Purell et utilisent de l’argent comptant. Soit tu le fais ou soit tu ne le fais pas ! », lance Guillaume Francœur, qui travaille à l’épicerie Le St-Amour, rue de Saint-Jovite, au cœur du village.

Sur la plage Major de Sainte-Agathe, où le soleil brillait mercredi, les touristes étaient nombreux.

La capacité d’accueil a été fixée à 1200 personnes en raison de la COVID-19, cet été, et a été atteinte le week-end dernier. « Les gens nous posent des questions, ils veulent savoir comment ça se passe sur la plage. On leur dit qu’il faut se désinfecter les mains. Rendus sur la plage, on respecte la distanciation physique. Les gens respectent quand même bien ça », assure Mélina Cyr-St-André, qui accueille les visiteurs.

Le problème, c’est qu’ils ont tendance à oublier les consignes et qu’on doit sans cesse les leur rappeler.

Équipe restreinte

De son côté, le président du Syndicat des travailleuses et travailleurs des Laurentides en santé et services sociaux-CSN, Dominic Presseault, s’inquiète du nombre d’employés de l’hôpital de Saint-Jérôme qui sont infectés par la COVID-19, mais qui n’ont pas développé de symptômes. Les résultats aux tests de dépistage devraient permettre de le savoir dimanche.

Si on trouve 50, 60, 70 cas, ça va être difficile de les remplacer parce qu’on est déjà en équipe restreinte pour l’été.

Dominic Presseault, président du Syndicat des travailleuses et travailleurs des Laurentides en santé et services sociaux-CSN

« On sait qu’il va y avoir une deuxième vague plus tard. Mais celle-là, on s’en serait passé dans les Laurentides. La dernière chose que je veux, c’est de faire annuler les vacances aux travailleurs. On en a besoin. Ça n’a pas été facile depuis le mois de mars. »