Le géant pharmaceutique GlaxoSmithKline (GSK) s’allie à la petite entreprise de Québec Medicago dans le développement d’un vaccin contre la COVID-19. Les deux entreprises ont réuni leurs technologies dans un même vaccin, qui commencera à être testé sur des humains dans quelques jours à peine.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

Medicago a développé une « protéine pseudo-virale » qui ressemble au virus SARS-CoV-2 qui cause la COVID-19, mais qui ne peut se répliquer dans le corps. L’entreprise la compare à un « canard en plastique » utilisé pour la chasse. L’idée est de présenter ce leurre au système immunitaire pour qu’il développe une réponse contre le véritable virus.

GSK, de son côté, est l’une des rares entreprises à fabriquer ce qu’on appelle des « adjuvants » – des ingrédients qui stimulent le système immunitaire et rendent les vaccins plus efficaces. « En bon français, on pourrait appeler ça un booster : ça active le système immunitaire », résume Nathalie Landry, vice-présidente exécutive, affaires scientifiques et médicales, chez Medicago.

En réunissant la protéine et l’adjuvant, les deux entreprises espèrent créer une arme efficace contre le SARS-CoV-2. Selon Medicago, l’autre avantage de l’adjuvant est qu’il pourrait permettre de réduire la dose de vaccin nécessaire. « Dans le cas d’une pandémie, la dose a évidemment une grande influence sur la capacité de production », précise Mme Landry.

L’annonce de collaboration entre Medicago et GSK a été faite mardi. Mais dans les faits, Medicago a déjà testé son vaccin, avec et sans l’adjuvant de GSK, sur des souris. L’entreprise affirme que les souris ont montré « un taux élevé d’anticorps neutralisants » après l’administration d’une seule dose de vaccin avec adjuvant. Il a fallu deux doses pour atteindre une bonne réponse immunitaire sans adjuvant.

Alain Lamarre, expert en immunologie et en virologie à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), qui n’est pas impliqué dans le projet, juge positive l’annonce de collaboration.

« En général, pour ce type de vaccin, ça prend un adjuvant. Medicago en avait donc besoin d’un et il n’y a pas beaucoup d’adjuvants déjà homologués. GSK est le gros joueur dans ce domaine, ils ont de l’expérience en pandémie. Ça me semble être une bonne nouvelle pour Medicago », dit le professeur Lamarre, qui rappelle que les adjuvants de GSK ont été utilisés dans le vaccin contre l’épidémie de grippe A (H1N1), en 2009.

Des tests sur les patients ce mois-ci

Après les tests sur les souris, Santé Canada a donné le feu vert à Medicago pour mener une étude de phase I sur les humains. Celle-ci sera déployée dès la mi-juillet sur 180 volontaires en santé à Montréal et à Québec. Objectif : vérifier la sécurité du candidat vaccin. On y testera des combinaisons de plusieurs doses et adjuvants. Si les résultats sont concluants, une étude de phase II sera lancée en octobre pour voir si le vaccin est bien toléré chez les personnes plus âgées et les gens atteints de comorbidités comme les maladies cardiaques, et qui sont particulièrement touchés par la COVID-19. On examinera aussi leur réponse immunitaire.

En cas de succès, une étude de phase III portant sur de 15 000 à 20 000 patients serait lancée en guise de test ultime. De telles études, généralement longues et coûteuses, se déroulent dans des zones où le virus circule beaucoup, ce qui fait que Medicago ignore encore où elle mènerait la sienne.

Même si elle n’a aucune garantie que son vaccin est efficace, Medicago se prépare à cette éventualité. Ses deux usines, situées à Québec et en Caroline du Nord, sont déjà en train de produire des doses du produit. La spécialité de l’entreprise est de faire croître le vaccin dans des plantes. La société affirme pouvoir fabriquer 100 millions de doses d’ici la fin de l’année 2021. Lorsque sa nouvelle usine de Québec sera terminée, en 2023, elle vise à atteindre le cap du milliard de doses par année.

Nathalie Landry ne cache pas que l’alliance avec GSK, une multinationale britannique qui compte près de 100 000 employés, s’avérera précieuse si le vaccin est un jour commercialisé. « Ils ont des capacités de distribution et une grosse expérience en contexte de pandémie », dit-elle. Alors qu’on a tendance à voir la course au vaccin comme une compétition qui couronnera un seul candidat, Mme Landry a une autre perspective.

« Il y a un gros effort de collaboration à l’échelle mondiale, dit-elle. On collabore avec plusieurs équipes et on apprend des résultats de tout un chacun. D’abord, il n’y a pas une compagnie qui va pouvoir produire des vaccins pour la planète entière. Ensuite, si vous regardez le vaccin contre l’influenza, le type de vaccin qui fonctionne bien chez les enfants n’est pas le même que celui qui fonctionne bien chez les personnes âgées. Il va donc y avoir de la place pour différents types de vaccins. »