L’étude québécoise sur la colchicine, dont le lancement avait fait grand bruit en mars, se poursuit. Des résultats préliminaires dévoilés vendredi soir ont été jugés assez prometteurs pour que l’étude continue et que les chercheurs vérifient si le médicament s’avère efficace contre la COVID-19.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

« Je suis pas mal heureux. C’est une très, très bonne nouvelle pour l’étude et, potentiellement, pour les patients », s’est réjoui le DJean-Claude Tardif, directeur du centre de recherche de l’Institut de cardiologie de Montréal et chercheur principal de cette étude, baptisée COLCORONA.

L’Institut de cardiologie de Montréal tente de vérifier si la colchicine, un anti-inflammatoire, peut prévenir les complications les plus graves de la COVID-19. Les résultats préliminaires, fort attendus, étaient nécessaires pour voir s’il valait la peine de continuer l’étude (étape appelée « test de la futilité »). En cas de résultats décevants, l’étude aurait été arrêtée. Notons qu’elle aurait aussi pu l’être si les résultats avaient été si exceptionnels qu’ils auraient déjà montré l’efficacité du médicament avant même la fin de l’étude.

« C’était presque impossible que ça arrive, ça aurait pris un effet gigantesque », dit le DTardif en parlant de cette option. « Le fait qu’ils nous disent de ne pas arrêter, à cette étape-ci, j’interprète ça comme une très bonne nouvelle. »

PHOTO FOURNIE PAR L’INSTITUT DE CARDIOLOGIE DE MONTRÉAL

Le Dr Jean-Claude Tardif

Notons que, puisque l’étude se déroule en double insu, ni les patients ni les chercheurs n’en connaissent la progression détaillée. Le DTardif a ainsi reçu une lettre de quelques phrases rédigée par le comité de révision, complètement indépendant, l’informant simplement que l’étude était autorisée à se poursuivre.

Moins d’un dollar par jour

L’étude sur la colchicine a été lancée en toute urgence au mois de mars par l’Institut de cardiologie de Montréal, avec l’aide financière du gouvernement du Québec et le soutien des entreprises québécoises CGI et Pharmascience. Depuis, la Bill & Melinda Gates Foundation et le National Heart, Lung, and Blood Institute des États-Unis lui ont aussi accordé leur soutien.

La colchicine est un anti-inflammatoire déjà commercialisé contre quelques maladies, dont la goutte. Le DTardif fait le pari que le médicament peut calmer le système immunitaire et empêcher les « tempêtes inflammatoires » qui causent les dommages les plus graves chez les patients atteints de la COVID-19. Le grand avantage de ce médicament est qu’il coûte moins d’un dollar par jour et qu’on peut déjà se le procurer dans toutes les pharmacies de la planète.

L’étude se fait avec des patients atteints de la COVID-19 susceptibles de développer des complications, mais qui ne sont pas hospitalisés. Son design est unique : les patients se font livrer des comprimés qui contiennent soit de la colchicine, soit un placebo. Les patients les consomment à domicile et font l’objet d’un suivi médical à distance. L’objectif est de voir si les patients qui prennent la colchicine développent moins de complications que ceux du groupe placebo.

Résultats finaux cet été

L’étude visait à recruter 6000 patients, dont 4500 ont déjà été enrôlés tant au Canada et aux États-Unis qu’en Europe, en Afrique et en Amérique du Sud.

« Il a fallu s’ajuster parce qu’il y a pas mal moins de cas au Canada et au Québec, mais on est dans beaucoup de points chauds aux États-Unis. On a ouvert Houston il y a deux jours, on a ouvert Miami aujourd’hui. On ouvre deux sites à Los Angeles bientôt, on commence au Brésil la semaine prochaine… J’espère atteindre la cible très rapidement », dit le DTardif. Selon le chercheur, on devrait savoir de façon définitive si la colchicine est efficace ou non contre la COVID-19 d’ici la fin de l’été.

Je suis très optimiste, mais je reste prudent dans mes commentaires. Il y a eu trop de déclarations… Rappelez-vous toutes les faussetés qui ont été dites sur l’hydroxychloroquine. Je ne veux pas du tout faire ce genre de déclarations.

Le Dr Jean-Claude Tardif

Signes prometteurs d’une étude grecque

Mercredi, une étude grecque portant aussi sur la colchicine a été publiée dans la revue JAMA Network Open. Il s’agit d’une très petite étude qui ne portait que sur 105 patients hospitalisés.

Les chercheurs ont observé que sept patients du groupe témoin ont vu leur état se dégrader significativement, contre un seul dans le groupe qui prenait de la colchicine. « Les résultats peuvent sembler très impressionnants, mais ce sont de très petits chiffres. Il faut faire attention : l’histoire de la médecine tend à montrer que les petites études montrent des résultats exagérés », prévient le DTardif.

Il souligne aussi que l’étude grecque n’a pas été réalisée en double insu, ce qui la rend moins fiable. Les éditeurs qui l’ont publiée préviennent d’ailleurs que les résultats « doivent être interprétés avec précaution » et présentent les conclusions comme des « hypothèses ».