Répartir les élèves en petits groupes dès la prochaine rentrée scolaire ? Une idée irréaliste aux répercussions désastreuses pour le développement social, selon un groupe de parents, enseignants et médecins préoccupés par le bien-être des enfants et adolescents.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Le concept de « bulles », sous-groupes de 5 à 6 enfants, est le scénario privilégié par le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge pour la maternelle, le primaire et le secondaire. Le concept a pour but de minimiser la propagation du virus, mais priverait du même coup les élèves de leur vie sociale, plaide le groupe.

Les plus jeunes sont nettement moins à risque de contracter ou de transmettre la COVID-19, explique la Dre Véronique Groleau, à l’origine d’une pétition qui remet en question la décision gouvernementale.

« Les bulles, c’est un genre de prison invisible, ça va développer de la méfiance entre les enfants. Je trouve ça plate qu’un enfant ou un adolescent se sente pris au piège comme ça pendant des mois », craint la gastroentérologue pédiatre. « La COVID-19 n’est pas la même chose chez l’enfant. On a les données, sachant ça, on devrait les laisser vivre, grandir et se développer », ajoute-t-elle.

« Il nous paraît injuste d’imposer des mesures aussi contraignantes à nos enfants et adolescents qui subissent déjà beaucoup trop les méfaits de cette pandémie », écrit son conjoint Simon Landry dans la lettre qui accompagne la pétition.

Vivement opposé à ce qu’il appelle « l’utopie des bulles », M. Landry, enseignant au secondaire, s’inquiète des répercussions d’une telle mesure sur le développement des enfants et adolescents.

« Si on garde les enfants comme ça pendant des mois, il va y avoir des conséquences sur leur développement », insiste Dre Groleau. Elle a formé un comité avec des experts médicaux et une première pétition est apparue le 5 juin.

Minimiser les contacts étroits sera difficile à appliquer – voire quasi impossible – pour les professeurs, dont la charge de travail risque de se décupler, ajoute M. Landry, également instigateur de la pétition, qui comptait 1130 signataires vendredi après-midi. « Qui va former les groupes ? On a peu de précisions. Je vais me retrouver à jouer la police des bulles au lieu d’enseigner les mathématiques », pense M. Landry.

Simon Landry ne prend toutefois pas le retour à l’école à la légère. La rentrée scolaire prévue dans fin août nécessite plus de préparatifs que d’ordinaire, vu le contexte actuel et l’éventuelle apparition d’une deuxième vague.

Il faudra s’équiper de chariots pour le déplacement des enseignants, faire l’achat massif de masques à utiliser dans les aires communes des élèves, installer des stations de lavage de mains et, dans certains cas, transformer les gymnases en petites cafétérias pour éviter l’achalandage.

« Il y a urgence de trouver un compromis avant d’imposer à un élève pendant des mois de passer toutes ses pauses assis à son bureau et de dîner dans sa classe avec les mêmes quatre contacts imposés », ajoute Simon Landry dans sa lettre.

Il suggère la mise en place rapide d’un comité de travail entre le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, la santé publique et des enseignants et directeurs conscients des réalités du terrain afin de trouver un terrain d’entente.