(Ottawa) Environ 900 membres de la Croix-Rouge viendront prêter main-forte dans les CHSLD du Québec jusqu’au 15 septembre, a indiqué vendredi Justin Trudeau.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Le personnel de la Croix-Rouge prendra progressivement le relais des Forces armées canadiennes, qui ont offert du soutien dans un total de 47 centres hospitaliers de soins de longue durée du Québec, a souligné le premier ministre lors d'un passage dans une brasserie d'Ottawa, vendredi, visant à mousser la subvention salariale qui peine toujours à décoller.

Il a précisé que 150 membres de la Croix-Rouge arriveront dans CHSLD d’ici le 6 juillet, et que 750 autres arriveront d’ici le 29 juillet. Des soldats se trouvent toujours dans quatre centres de soins, et aucun ne quittera un établissement qui n’est pas stabilisé, a soutenu Justin Trudeau.

Les membres de la Croix-Rouge sont par ailleurs très bien placés pour faire le travail, car ce sont eux qui ont participé à la formation des militaires envoyés en mission, alors «nos aînés au Québec vont être entre très bonnes mains», a-t-il argué.

Le premier ministre François Legault avait demandé au gouvernement fédéral que les soldats demeurent en poste jusqu’au 15 septembre. Au total, plus de 1000 militaires ont été envoyés dans les CHSLD dans le cadre de cette opération qui s’est mise en branle en avril, alors que la situation était critique.

A priori, la ministre québécoise de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a réservé un accueil favorable à ce plan d'aide, dont les nouveaux contours ont été dévoilés le jour même où la vaste majorité des soldats plient bagage.

«On a eu l'assurance de la part du fédéral que certaines troupes de l'armée, entre autres des gens de formation médicale, pouvaient rester disponibles si jamais il devait y avoir d'autres urgences ou d'autres situations de crise dans nos CHSLD», a-t-elle déclaré en marge d'une annonce.

Certaines choses demeurent à peaufiner, mais les discussions vont «très bien», il reste «à arrimer le tout», et la bonne nouvelle, c'est que «nos travailleurs de la santé continuent de revenir après les isolements, après parfois les périodes de maladie [...] donc ça, ça aide aussi», a-t-elle poursuivi.

Les 14 milliards toujours pas transférés

Les négociations sur le transfert ciblé de 14 milliards de dollars qu’a offert Ottawa aux provinces pour l’achat d’équipement médical de protection, du financement aux municipalités, ou encore le paiement de congés de maladie, n’ont toujours pas abouti, a indiqué Justin Trudeau.

Il en a discuté avec ses homologues provinciaux et territoriaux jeudi soir lors de son 15e entretien téléphonique depuis le début de la crise de la COVID-19. Des provinces comme le Québec ont dénoncé le fait que l’argent soit assorti de conditions, tout comme l’Ontario, qui juge en plus la somme insuffisante.

En plus de l'entente globale, des accords bilatéraux doivent être scellés pour que l'argent soit débloqué, a spécifié le premier ministre.

«Dès que des provinces arriveront à une entente avec le gouvernement fédéral, on va vouloir faire passer l'argent le plus rapidement possible. [...] On ne va pas attendre jusqu'à ce que la dernière province signe pour aider la première», a-t-il affirmé.

«Racisme systémique»: pas de consensus

Autre divergence entre le premier ministre Trudeau et ses homologues provinciaux et territoriaux: le terme «racisme systémique», qui ne se retrouvait nulle part dans le communiqué conjoint sur le racisme qui a été publié jeudi midi.

S'il n'a pas été inclus, c'est qu'il ne faisait pas consensus, a concédé Justin Trudeau, sans toutefois vouloir dire quel premier ministre s'y était opposé. Au gouvernement fédéral, par contre, on est à l'aise avec le terme «racisme systémique», a-t-il soutenu.

Nul besoin d'aller chercher bien loin pour trouver un dirigeant qui n'était pas à l'aise avec l'expression.

«Pour ce qui est du racisme systémique, notre position est la même : nous ne croyons pas qu’il existe du racisme systémique au Québec. Oui, le racisme existe, comme dans toute société, et il faut le combattre», a écrit à La Presse Ewan Sauves, porte-parole du premier ministre du Québec François Legault.

«Le premier ministre a mentionné dans les dernières semaines qu’il ne souhaite pas faire un débat sur les mots à employer. Il y a du racisme au Québec, combattons cela ensemble», a-t-il ajouté, citant comme geste concret la création du groupe d'action contre le racisme coprésidé par les ministres Lionel Carmant et Nadine Girault.

La déclaration commune des premiers ministres stipule que ceux-ci «condamnent toute forme de racisme, de discrimination, d’intolérance et de sectarisme», qu'ils «sont déterminés à s’y attaquer, notamment le racisme et la haine envers les Noirs, les Autochtones et les Asiatiques, l’antisémitisme et l’islamophobie».

Elle a été produite dans la foulée d'«événements survenus au pays et ailleurs dans le monde qui ont fait ressortir que les communautés noires et racisées, de même que les peuples autochtones, continuent de subir les effets dévastateurs du racisme et de la discrimination», y lit-on.

Il s'agit d'une «prise de position assez forte» qui a de la «valeur», mais «certainement, par rapport à mes propres propos, je suis prêt à aller beaucoup plus loin», a commenté Justin Trudeau lors de sa visite à Big Rig, cette brasserie d'Ottawa où il avait bu une bière avec l'ancien président Barack Obama en juin 2019.

Appel aux travailleurs de la santé

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