La mort de trois travailleurs agricoles étrangers en Ontario et l’infection de centaines d’autres illustre à quel point leurs conditions de vie et de travail peuvent les rendre vulnérables à des éclosions de COVID-19. L’ampleur des cas est toutefois moindre au Québec : au moins 37 travailleurs saisonniers étrangers ont contracté la COVID-19 depuis le début de la pandémie. La vaste majorité est cependant guérie.

DAPHNÉ CAMERON DAPHNÉ CAMERON
La Presse

Aucun organisme ne recensant officiellement l’ensemble des cas de coronavirus chez les ouvriers agricoles originaires du Mexique, du Guatemala ou du Honduras, ces chiffres proviennent d’une compilation effectuée par La Presse auprès de 17 directions régionales de santé publique (DRSP). Trois n’ont donné aucune suite à notre demande : Montréal, Lanaudière et la Côte-Nord.

Deux DRSP rapportent des cas sur leur territoire : la Montérégie et Chaudière-Appalaches.

En Montérégie, une importante éclosion est survenue à la fin du mois de mai au sein de l’entreprise Vegpro, à Sherrington. En tout, 25 employés y ont été infectés, dont 18 travailleurs étrangers temporaires.

Les 18 travailleurs étrangers temporaires qui avaient la COVID-19 sont tous guéris. Quatre des huit travailleurs qui ne sont pas des travailleurs étrangers temporaires sont guéris.

Chantal Vallée, porte-parole de la DRSP de la Montérégie

Fait à noter, le premier cas n’a pas été dépisté chez un travailleur étranger. « C’était des travailleurs qui sont ici depuis plusieurs mois et chez Vegpro, il y a beaucoup de journaliers qui viennent de Montréal ou de la région qui côtoient les travailleurs étrangers », a expliqué Fernando Borja, directeur général de la Fondation des entreprises en recrutement de main-d’œuvre agricole étrangère, mieux connue sous l’acronyme FERME.

Trois autres ouvriers agricoles étrangers sont tombés malades : deux dans une ferme de Sainte-Clotilde-de-Châteauguay et un dans une ferme située dans un lieu qui n’a pas été divulgué. « Les noms des autres établissements sont confidentiels », a précisé Mme Vallée.

Dans une ferme de sapins

Dans Chaudière-Appalaches, 16 cas de COVID-19 ont été diagnostiqués, mais les personnes atteintes sont guéries, a indiqué une porte-parole de la DRSP, en ajoutant que ce dossier était considéré comme clos. Selon Le Devoir, 15 de ces cas sont survenus au sein d’une ferme de sapins de Noël située à Sainte-Clotilde-de-Beauce.

Inquiet de la mort de deux travailleurs dans la région de Guelph, en Ontario, et environ 300 cas de COVID-19 chez des ouvriers agricoles mexicains dans l’ensemble du pays, le Mexique a suspendu l’envoi de travailleurs durant un peu moins d’une semaine la semaine dernière. Depuis, un troisième travailleur est mort. Dimanche soir, Ottawa et Mexico se sont entendus pour identifier plus rapidement les éclosions dans les fermes et donner des soins de santé aux travailleurs.

Il y aura des conséquences pour les compagnies qui n’ont pas suivi les règles instaurées pour protéger les travailleurs au Canada.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada, lundi

Pourquoi y a-t-il plus de cas en Ontario qu’au Québec ?

Depuis de nombreuses années, le monde agricole est frappé par une importante pénurie de personnel. Chaque année, les agriculteurs du Québec comptent sur l’aide de 16 000 travailleurs agricoles étrangers. Ce nombre s’élève à 60 000 à l’échelle du pays.

Au Québec, la venue de nombre d’entre eux a été compromise par la pandémie et la fermeture des frontières. Une exemption a été accordée, mais ils rentrent au compte-gouttes.

Environ 50 % de la main-d’œuvre normalement arrivée au Québec à la fin du mois de juin est ici, estime le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Marcel Groleau.

En Ontario, la saison agricole débute plus tôt en raison du climat plus clément et de la présence de serres. Par conséquent, les travailleurs saisonniers y arrivent plus tôt.

« Je pense que les mesures qui ont été prises au Québec sont mieux adaptées pour protéger les travailleurs parce qu’ils sont arrivés ici pendant la pandémie, alors qu’en Ontario, ils étaient ici quand la pandémie est arrivée, alors c’est sûr qu’on gère deux situations différentes. C’est peut-être ce qui explique qu’il y a eu plus de travailleurs contaminés que chez nous au moment où on se parle parce qu’à ma connaissance, ici, il n’y a pas eu beaucoup de contaminations », a expliqué M. Groleau, en entrevue avec La Presse la semaine dernière.

« Au Québec, je peux dire qu’on a travaillé très fort pour que les employeurs comprennent leurs obligations et que les travailleurs soient conscients des impacts que la maladie peut avoir sur eux », a ajouté Fernando Borja.