C’est une première en plus de trois mois, et il faut avouer que ça fait du bien : Québec n’a annoncé lundi aucun nouveau décès lié à la COVID-19. Il s’agit d’un jalon certes important, mais qui ne devrait inciter personne à sabler le champagne en criant victoire contre l’épidémie.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

« Je trouve que c’est un beau symbole, que ça donne de l’espoir. Mais il y a des limites à ce qu’on peut tirer de ce chiffre-là », commente Caroline Quach-Thanh, pédiatre, microbiologiste-infectiologue et épidémiologiste au CHU Sainte-Justine.

La Dre Quach-Thanh souligne que les morts sont comptabilisées avec un certain délai. Il est donc probable qu’on vienne ajouter, au cours des prochains jours, des décès survenus pendant le week-end à mesure que les informations arrivent. « On ne peut pas se fier aux décès rapportés au jour le jour », dit la Dre Quach-Thanh, qui rappelle aussi qu’un chiffre seul ne peut illustrer une tendance.

Le bilan de zéro décès est d’ailleurs le résultat d’une situation assez curieuse. Les autorités ont ajouté un décès survenu samedi dernier, mais en ont retiré un qui avait été comptabilisé pour la journée de jeudi dernier (de telles corrections sont assez fréquentes). Au bout du compte, on se retrouve donc avec un total de zéro.

Une nette amélioration

Au-delà du symbole, l’annonce s’ajoute à une série d’indicateurs qui montrent que l’épidémie de COVID-19 s’essouffle bel et bien au Québec. « Il y a une amélioration, c’est sûr. Quand je regarde les courbes, ça fait plusieurs semaines qu’on est en décroissance, et c’est parfait. C’est le fun d’avoir un zéro en plus, mais je ne mettrai pas toutes mes énergies sur ce zéro », dit la Dre Quach-Thanh.

La spécialiste a les yeux rivés sur la statistique la plus « réactive », soit celle qui souffre le moins de délais : le nombre de nouveaux tests positifs de COVID-19.

Ça continue à diminuer, mais on n’est pas encore à zéro, et ça reste à voir si ça ne remontera pas plus tard. Chez nous, en tout cas, dans les tests qu’on fait, il y a encore des tests positifs.

La Dre Caroline Quach-Thanh

Québec a annoncé lundi 69 nouveaux cas positifs, alors qu’on en enregistrait environ 1000 par jour au plus fort de l’épidémie. Le nombre de cas positifs détectés dépend évidemment du nombre de tests effectués, qui tourne autour de 8000 par jour ces temps-ci.

Une autre variable indique un progrès indéniable : le nombre de patients hospitalisés. Celui-ci ne dépend pas du nombre de tests effectués, mais montre l’état de l’épidémie avec environ deux semaines de retard (c’est le temps qu’il faut pour que les gens infectés développent des symptômes et deviennent assez malades pour devoir être hospitalisés). La bonne nouvelle est que les Québécois qui sortent de l’hôpital continuent d’être plus nombreux que ceux qui y entrent à cause de la COVID-19 (baisse d’un patient annoncé lundi, pour un total de 520 patients). Même portrait encourageant pour les soins intensifs : un seul Québécois y a été admis au cours des six derniers jours dans toute la province à cause de la maladie.

En analysant l’ensemble des indicateurs, on peut conclure que l’épidémie est « contrôlée » au Québec, selon les indicateurs de l’Organisation mondiale de la santé.

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Transmission limitée dans la communauté

Les nouveaux cas dans les CHSLD sont maintenant beaucoup moins nombreux qu’ils ne l’étaient, ce qui a amené certains médias à affirmer que l’épidémie se propage maintenant surtout dans la « communauté générale ». Le DMarc Dionne, de l’Institut national de santé publique, tient toutefois à préciser ce qu’on entend par communauté générale.

Le DDionne explique que plusieurs cas de COVID-19 touchent aujourd’hui des gens qui étaient en contact avec un proche infecté ou proviennent d’éclosions dans des écoles, des garderies ou des milieux de travail. Ces cas ne sont pas ceux qui inquiètent le plus les autorités, puisqu’ils découlent de chaînes de transmission généralement connues.

« La véritable transmission communautaire, celle pour laquelle on ne peut identifier la source et l’éliminer, est beaucoup plus préoccupante, dit le DDionne. On parle de cas dont la contamination a pu se faire lors d’activités dans la communauté, à l’épicerie, au resto, dans des rassemblements, les transports en commun, etc. Actuellement, cette catégorie représente selon moi entre 10 et 15 % des cas dans le Grand Montréal. »

Dans certains États américains comme la Floride et le Texas, l’âge médian des gens touchés par la COVID-19 est en forte baisse, reflétant sans doute le fait que les jeunes se rassemblent davantage. En Floride, par exemple, le gouverneur Ron DeSantis a affirmé que l’âge médian des nouveaux cas se situe maintenant à 37 ans. Cette situation ne s’observe pas au Québec. Les données de l’INSPQ montrent que l’âge médian est maintenant un peu sous la barre des 50 ans, à peu près ce qu’on observait au début de l’épidémie. L’âge médian avait grimpé au-dessus de 55 ans à la mi-avril, lorsque la crise avait atteint son paroxysme dans les CHSLD.