Des études récentes forcent les autorités sanitaires de plusieurs pays à remettre en question le moment où le nouveau coronavirus est arrivé sur leur territoire après avoir franchi les frontières de la Chine.

Marc Thibodeau Marc Thibodeau
La Presse

L’Italie, qui a été durement touchée par la pandémie de COVID-19, doit notamment réévaluer sa chronologie officielle relativement aux premières infections à la lumière des travaux de l’Institut supérieur de la santé (ISS), reflétant des interrogations qui ont cours en France, en Espagne, aux États-Unis ainsi qu’au Canada.

Les chercheurs de l’organisation ont passé en revue une quarantaine d’échantillons d’eaux usées recueillies dans des villes italiennes d’octobre 2019 à février 2020.

Des traces du virus ont notamment été détectées dans des échantillons datant du 18 décembre provenant de Milan et de Turin.

Sa présence a aussi été décelée dans un échantillon provenant de Bologne datant du 29 janvier, alors que le premier cas d’infection officiel a été signalé le 20 février dans une petite ville près de Milan.

Dans un communiqué diffusé par l’ISS vendredi, l’une des chercheurs responsables de l’étude, Giuseppina La Rosa, a indiqué que les résultats aideraient à mieux comprendre « comment le virus a commencé à circuler » en Italie.

Elle a précisé qu’ils reflétaient ceux observés en Espagne, où des traces du virus ont été trouvées dans des eaux usées recueillies à la mi-janvier à Barcelone, plus d’un mois avant le signalement du premier cas officiel.

Les résultats font aussi écho au cas d’un homme français dont le diagnostic de COVID-19 a été confirmé en mai à partir d’un prélèvement effectué en décembre, bien avant la détection officielle d’un premier cas.

Au Québec

Le DHughes Charest, biologiste rattaché au Laboratoire de santé publique du Québec, pense qu’il est théoriquement possible que le virus soit « rentré avant » qu’on ne le pense au Canada et au Québec.

Le temps requis pour l’élaboration d’un test de dépistage et les critères restrictifs retenus initialement pour l’administration de ces tests, qui ciblaient d’abord les personnes venant de Wuhan, signifient que des cas d’infection ont pu échapper aux autorités.

M. Charest souhaite y voir plus clair pour la province en procédant avec une équipe de recherche à l’analyse d’échantillons recueillis cet hiver dans le cadre du programme de surveillance de l’influenza. Des résultats sont attendus à la fin de l’été.

La Presse rapportait récemment le cas d’une femme québécoise vivant à Los Angeles qui est tombée grièvement malade en décembre alors qu’elle visitait sa famille au Québec. Le coronavirus circulait déjà à Wuhan, en Chine, mais Pékin n’avait pas sonné l’alarme à ce sujet.

Un test sérologique effectué plusieurs mois plus tard a confirmé qu’elle avait contracté la COVID-19. La présence d’anticorps ne permet cependant pas de savoir à quel moment l’infection est survenue.

Le ministère de la Santé affirme n’avoir aucune confirmation d’un cas d’infection au Québec ayant précédé celui d’une Montréalaise rentrée d’Iran à la fin de février.

« Malade comme un chien »

Jacques Caron, un homme d’affaires québécois, est convaincu d’avoir contracté le nouveau coronavirus en janvier lors d’une importante foire électronique qui se tient chaque année à Las Vegas.

« Les symptômes ont commencé cinq jours après. J’ai été malade comme un chien et un ami qui m’accompagnait a vécu la même chose », relate l’homme de 60 ans, qui a développé, en plus de troubles respiratoires graves, des irritations rougeâtres aux orteils parfois associées à la COVID-19.

Son médecin traitant, relate-t-il, a conclu plusieurs mois plus tard, sur la base des symptômes rapportés, qu’il avait été infecté.

Peter Chin-Hong, spécialiste des maladies infectieuses rattaché à l’Université de Californie à San Francisco, relève que beaucoup de questions ont été soulevées relativement au rôle de la foire commerciale de Las Vegas dans la propagation du virus en Californie et au-delà.

Plus de 150 000 personnes, incluant de nombreux participants venus de Wuhan, ont convergé à cet endroit pendant quatre jours et ont socialisé sans considération de distanciation physique à un moment où la sensibilisation au nouveau coronavirus était pratiquement inexistante aux États-Unis, dit-il.

Du point de vue épidémiologique, « c’était la tempête parfaite », affirme le DChin-Hong.

Des participants ont par la suite soutenu avoir été grièvement malades, rejetant l’idée d’une grippe sans pouvoir pour autant le démontrer.

L’un d’eux a récemment été déclaré positif pour les anticorps au SARS-CoV-2, souligne le professeur américain, qui trouverait intéressant de retrouver les participants pour se faire une idée plus nette de l’importance de la situation sur le plan sanitaire.

M. Caron aimerait savoir s’il a bel et bien été infecté en passant un test sérologique, mais juge prohibitifs les frais demandés en clinique privée.

Ces tests sont essentiellement utilisés pour l’heure dans le réseau public à des fins de recherche, notamment par Héma-Québec, qui doit tester prochainement les dons de sang de milliers de personnes pour établir la prévalence d’anticorps au nouveau coronavirus dans la province.

Les résultats, attendus en août, permettront d’estimer le pourcentage de la population ayant été infecté, mais ne permettront pas de préciser la chronologie de propagation.