Ça mérite certainement une accolade (dans les règles de la distanciation physique) : l’épidémie de COVID-19 est désormais « contrôlée » au Québec, selon les critères stipulés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Une analyse de La Presse montre en effet que tant la baisse des cas et des morts que les résultats des tests de dépistage indiquent que la province a repris le contrôle de son épidémie.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

« L’épidémie est maîtrisée », confirme la Dre Nimâ Machouf, épidémiologiste rattachée à l’Université de Montréal. « Mais attention : ça ne veut pas dire qu’elle est terminée. » Voici les critères de l’OMS qui permettent de tirer cette conclusion.

1. Nombre de reproduction inférieur à un depuis deux semaines

On l’appelle « nombre de reproduction effectif », ou Reff. C’est la mesure phare qui permet de déclarer qu’une épidémie est maîtrisée. Elle indique le nombre de personnes qu’une personne malade infecte. Si ce nombre est inférieur à un, chaque malade contamine en moyenne moins d’une personne, et l’épidémie s’essouffle. L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) n’a pas publié de valeurs récentes pour le Reff. Mais Mathieu Maheu-Giroux, épidémiologiste à l’Université McGill, dont les modèles sont utilisés par les autorités, estime que ce critère est respecté.

« Qualitativement, on voit que les cas, les hospitalisations et les décès ont tous diminué depuis la mi, fin avril. Ça suggère que le nombre de reproduction effectif est inférieur à un », dit-il. Les autres critères de l’OMS servent à confirmer ou à nuancer cette conclusion. Voici ce qu’ils donnent.

2. Déclin d’au moins 50 % des cas sur une période de trois semaines depuis le plus récent pic, et déclin continu des cas probables et confirmés

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Au Québec, la courbe des cas montre un pic le 6 mai dernier, avec 1042 nouvelles déclarations. À la suggestion du DMarc Dionne, de l’INSPQ, nous avons établi une moyenne d’une semaine autour de cette date afin d’éliminer les variations quotidiennes. Cela donne une moyenne de 857 cas par jour lors du plus récent pic. Au cours des trois dernières semaines, le Québec a enregistré une moyenne de 207 cas par jour, soit à peine 25 % du nombre cas quotidiens enregistrés au début de mai. « Ce critère est facilement rempli », observe le DDionne, qui ne le juge en fait « pas assez sensible » pour faire les analyses actuelles. On observe également que les cas sont en déclin depuis le 27 mai.

3. Moins de 5 % des échantillons provenant des tests diagnostiques sont positifs pendant au moins deux semaines, avec une bonne surveillance des cas

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Ce critère vise à voir si on détecte beaucoup de cas positifs lorsqu’on fait des tests. Au Québec, les chiffres montrent qu’après avoir atteint des valeurs généralement au-dessus de 10 % pendant le mois d’avril et au début du mois de mai, le pourcentage de cas positifs a chuté depuis et se situe systématiquement sous la barre des 5 % depuis le 27 mai dernier, soit au-delà du critère de deux semaines de l’OMS.

L’OMS précise que ce critère est valide si on fait assez de tests. À cette fin, elle propose le seuil d’au moins 1 personne sur 1000 parmi la population testée par semaine. Appliqué au Québec, cela fait environ 1200 tests par jour, ce qui est largement atteint. L’épidémiologiste Nimâ Machouf juge ce seuil « très bas », mais estime néanmoins que ce critère est rempli au Québec.

Le DMarc Dionne, de l’INSPQ, souligne que le pourcentage de cas positifs dépend de la stratégie de tests. Si on teste les patients symptomatiques en CHSLD, on obtiendra une proportion plus élevée de cas positifs que si on teste la population générale. Il observe toutefois qu’en tenant compte de l’évolution des stratégies de tests, le taux de positivité baisse bel et bien. « Ça évolue rapidement. À Montréal et à Laval, on a eu très longtemps des taux de positivité supérieurs à 10 %. Ça a maintenant de toute évidence diminué sous les 5 %. En tenant compte des stratégies de tests, nous sommes très à l’aise de dire que ce critère est atteint », dit-il.

4. Déclin du nombre de morts pendant au moins trois semaines

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Ce critère est atteint, les morts liées à la COVID-19 montrant une tendance générale à la baisse depuis au moins le 28 mai. Le pic des morts a été atteint le 29 avril, avec 148 décès.

5. Déclin continu du nombre d’hospitalisations et d’admissions aux soins intensifs depuis au moins deux semaines

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Ce critère est atteint. Les hospitalisations sont en baisse depuis le 18 mai, et le nombre de patients aux soins intensifs l’est depuis le 26 mai. Notons qu’on ne compte aucune nouvelle admission aux soins intensifs depuis trois jours.

6. Au moins 80 % des nouveaux cas détectés peuvent être liés à des éclosions connues

Selon le DMarc Dionne, 80 % des cas qui sont maintenant détectés au Québec surviennent dans des milieux fermés, comme des CHSLD, et touchent des travailleurs de la santé ou des contacts familiaux de ces travailleurs. Si on ajoute les personnes touchées par des éclosions survenant dans des milieux de travail, des écoles ou des garderies, la proportion grimpe à 90 %. « D’après moi, on satisfait le critère partout, Montréal inclus », dit-il.

Bilan du jour

Québec a rapporté vendredi 167 nouveaux cas de COVID-19, chiffre le plus élevé depuis le 7 juin. Cela porte le total des personnes infectées à 54 500 depuis le début de la pandémie. Les autorités ont aussi annoncé 35 nouvelles morts, chiffre qui est aussi en légère hausse par rapport aux statistiques annoncées cette semaine et la semaine dernière. Le nombre d’hospitalisations continue quant à lui de baisser. La province compte maintenant 574 patients hospitalisés à cause de la COVID-19, une baisse de 63. Les admissions aux soins intensifs sont aussi en baisse : 62 Québécois s’y trouvent, soit 3 de moins que la veille.

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