Après avoir quitté leur emploi, parfois même leur appartement et leur ville, des dizaines de candidats admis à la formation accélérée pour devenir préposés en CHSLD ont eu la mauvaise surprise d’apprendre mercredi qu’ils ne figuraient pas sur les listes du Centre de formation professionnelle Antoine-de-Saint-Exupéry, à Saint-Léonard. Une « erreur de manipulation humaine » est à l’origine du cafouillage, a appris La Presse.

Émilie Bilodeau Émilie Bilodeau
La Presse

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Quand Mélissa Trombetta a reçu un courriel du centre de formation lui annonçant que l’école « était heureuse de l’accueillir », elle a appelé son patron pour lui dire qu’elle quittait son emploi dans la vente de systèmes d’alarme d’incendie. Le message de l’école professionnelle, confirmé par un autre envoyé dimanche, lui soulignait qu’on l’appellerait pour lui confirmer quel jour – le lundi, mardi ou mercredi – elle commencerait les classes.

Mercredi, la femme de 35 ans a reçu un courriel qui l’a dévastée : « Vous n’êtes pas inscrite dans une de nos cohortes. »

« Je me retrouve sans emploi. Ça faisait 10 ans que j’avais ce poste. J’avais quatre semaines de vacances. J’avais un bon salaire. Là, j’ai perdu mon ancienneté et je ne sais même pas si je peux aller chercher du chômage, puisque j’ai démissionné », se désole-t-elle.

Serge Junior Soucy-Burelle a aussi reçu la confirmation de son admission au centre de formation. Son dossier en ligne indique toujours qu’il doit commencer les cours le 15 juin dans le groupe SSAS001.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Serge Junior Soucy-Burelle

J’ai appelé l’école chaque jour depuis samedi. On ne pouvait pas me donner d’information, mais on me disait que mon dossier était complet et qu’il n’y avait pas de problème, que quelqu’un m’appellerait pour me confirmer l’heure et la date de ma rentrée.

Serge Junior Soucy-Burelle

Le père de famille monoparentale se retrouve sans revenus, puisqu’il a quitté un emploi d’assistant technique dans une pharmacie, samedi dernier. Son poste a été attribué à une autre personne.

Même refrain pour Vincent Saint-Martin, qui, lui, a cédé son bail à Calgary, a trouvé un déménageur pour ses meubles et s’est amené à Montréal dès qu’il a eu la confirmation de son admission, jeudi dernier, par le CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal.

« J’avais envie de contribuer. Je sais qu’avec la COVID-19, ce n’est pas tout le monde qui a envie de faire ce genre de travail. C’est juste désolant qu’ils nous aient dit qu’on était admis alors qu’on ne l’était pas », affirme le jeune homme.

La direction du Centre de formation professionnelle (CFP) Antoine-de-Saint-Exupéry a confirmé à La Presse qu’il s’agissait malheureusement d’une « erreur de manipulation humaine » des listes de candidats. Le centre a eu l’autorisation de démarrer quatre nouvelles cohortes de 22 élèves dès le 6 juillet pour régler cet imbroglio.

« J’en suis désolé »

Le directeur du CFP Antoine-de-Saint-Exupéry, François Lemire, a confirmé qu’il était l’auteur de « l’erreur de manipulation » bien malgré lui.

« J’en suis désolé », a-t-il exprimé à La Presse. L’erreur s’est produite lorsqu’il a reçu une première liste de quelque 380 candidats – fournie par le CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal – qui avaient terminé avec succès le processus de recrutement.

« J’ai extrait ces noms-là et j’ai généré 380 courriels pour dire à ces gens-là que tout était beau », a indiqué M. Lemire. « Sauf que je n’ai pas donné cette liste à mes gens, qui ont continué d’admettre [des élèves]. La personne qui créait les groupes, je ne lui ai pas donné la liste. […] C’est vraiment de ma faute. Donc, elle n’a pas pu s’assurer que ces 380 personnes soient prises », a-t-il ajouté.

Il estime qu’environ 70 candidats sont en quelque sorte « tombés entre deux chaises » en recevant un courriel confirmant leur admission sans se retrouver sur la liste des élèves. Nombre d’entre eux ont d’ailleurs manifesté leur mécontentement sur la page Facebook de l’établissement. « Les gens qui ont été oubliés, ils sont appelés actuellement », a assuré M. Lemire. En fin de journée mercredi, seule Mme Trombetta avait reçu une confirmation qu’elle commencerait finalement les cours le 6 juillet.

Le CFP Antoine-de-Saint-Exupéry a reçu plus de 2000 candidatures pour ses 396 places. Le CFP a effectué un premier triage. Une banque de candidats a été envoyée au CIUSSS afin de vérifier leurs antécédents criminels et de les convoquer en entrevue vidéo. Une fois le processus terminé, les candidatures retenues ont été renvoyées aux établissements de formation.

Le centre de formation doit compléter l’admission. « Les systèmes [informatiques] ne se parlent pas », a souligné M. Lemire. « On devait comparer leur liste avec nos listes […]. Ça prenait une vérification manuelle pour chaque candidat », dit-il, faisant état d’un processus somme toute complexe, réalisé en moins de deux semaines.

Le premier ministre François Legault a commandé le déploiement d’une formation accélérée de 375 heures pour pourvoir 10 000 postes de préposés dans les CHSLD, durement éprouvés par la pandémie de COVID-19. Plus de 100 000 demandes d’admission ont été soumises en ligne en cinq jours seulement.