Un bond du nombre de jeunes adultes atteints de la COVID-19 fait craindre une résurgence de la pandémie en Ontario. La proportion des 20-29 ans parmi le total de nouveaux cas est passée de 12 % à 31 % depuis un mois, avec des pointes à 40 % à Hamilton.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

À Montréal, une légère augmentation a été observée dans ce groupe d’âge, mais cela n’inquiète pas la Direction régionale de santé publique (DRSP). « On parle à nos collègues en Ontario de ce phénomène », explique David Kaiser, chef médical de l’environnement urbain et des saines habitudes de vie à la DRSP de Montréal. « Mais on voit peu de variations pour les groupes d’âge en bas de 30 ans. Depuis le début, 12 % des tests positifs ont été faits chez des 20-29 ans. Dans la dernière semaine, ça varie entre 10 % et 20 %, avec une moyenne à 15 %. »

La proportion des 20-29 ans, sur le total de tests positifs, est passée de 14 % à 18 % en Ontario, entre début avril et début juin, selon des analyses du Toronto Star. À Montréal, ce taux est passé de 7 % à 11,6 % entre début mai et début juin.

Plusieurs explications sont avancées pour expliquer le phénomène ontarien. « Il se peut que les jeunes à Hamilton prennent moins de précautions durant le déconfinement parce que la pandémie n’y a pas été très sévère », dit Gerald Evans, infectiologue à l’Université Queens. « Il se peut aussi qu’il y ait plus de tests chez les jeunes adultes, une population habituellement peu encline à recourir au système de santé, parce qu’ils travaillent dans les services et qu’un dépistage de tout le personnel d’une entreprise a été entrepris après un cas positif. »

Hamilton est également un centre agricole important, et des cas peuvent être survenus parmi les travailleurs saisonniers étrangers, ajoute l’épidémiologiste Lauren Lapointe-Shaw, de l’Université de Toronto.

Enfin, il se peut aussi que ce soit simplement une conséquence d’un élargissement de la politique de tests. Depuis la mi-mai, toutes les personnes ayant des symptômes peuvent passer un test. « L’absence de données sur l’âge pour les tests négatifs complique l’analyse », déplore le DEvans.

La piste des critères d’accès aux tests ne convainc pas Brett Snider, de l’Université de Guelph, dont le groupe d’analyse épidémiologique des maladies transmises par l’eau a reçu une subvention fédérale pour décortiquer les statistiques sur la COVID-19. « Si c’était à cause des politiques de tests, on verrait une différence partout en Ontario, dit M. Snider. Mais c’est limité aux grandes villes du Sud, et à la banlieue de Toronto. »

« Un moment charnière »

À la DSP de Montréal-Centre, le DKaiser suit avec attention l’évolution de la situation. « Ce qui nous intéresse chez les jeunes, ça va être de voir comment ça se passe les deux prochaines semaines. On a rouvert les services de garde et de nombreux secteurs économiques, notamment le commerce de détail et les soins thérapeutiques. On est à un moment charnière. Si on ne voit pas de signal d’âge aujourd’hui, ça ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de signal la semaine prochaine. Si on voit un signal sur deux semaines, on va pousser l’enquête plus loin. » Quelques milliers de tests de dépistage sont faits chaque jour à Montréal, notamment grâce à cinq cliniques mobiles, et les laboratoires ont de la capacité excédentaire, selon le DKaiser.

Le DEvans, de l’Université Queens, note que la situation est peut-être moins inquiétante qu’il n’y paraît. « Les jeunes de 30 ans et moins sont peu susceptibles d’avoir des symptômes. Et on sait qu’il y a de la transmission asymptomatique, mais que c’est très rare pour quelqu’un qui n’aura pas du tout de symptômes. La transmission asymptomatique survient généralement un ou deux jours avant l’apparition de symptômes. »

La question de la transmission asymptomatique prend tout son sens avec les résultats d’un sondage publié hier par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) des États-Unis. Seulement 44 % des 18-24 portent toujours un masque quand ils sont dans un lieu public où la distanciation physique est impossible, contre 62 % chez les 25 ans et plus.

En chiffres

2 % Proportion des 0-9 ans, sur le total de tests positifs à la COVID-19, depuis le début de la pandémie

4-5 % Proportions de 0-9 ans, sur le total de tests positifs à la COVID-19, dans la première semaine de juin

4 % Proportion des 10-19 ans, sur le total de tests positifs à la COVID-19, depuis le début de la pandémie

3-9 % Proportion des 10-19 ans, sur le total de tests positifs à la COVID-19, dans la première semaine de juin

Source : Direction de santé publique de Montréal-Centre