(Québec) Il n’y aura pas un « confinement total » comme celui que l’on a connu ce printemps s’il devait y avoir une deuxième vague de la COVID-19 au Québec, signale le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda. De son côté, le premier ministre François Legault accentue la pression sur son homologue fédéral Justin Trudeau pour que 1000 militaires soient maintenus dans les CHSLD jusqu’à la mi-septembre. Ses griefs s’accumulent contre Ottawa. Compte rendu.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

« Effets pervers »

Au moment où il se prépare à une éventuelle deuxième vague de la COVID-19, Québec écarte l’idée de serrer l’étau comme il l’a fait ce printemps. « Revenir à un confinement total, comme on l’a fait, ce n’est probablement pas quelque chose qui va se faire. […] On avait fermé des secteurs d’activité au Québec qui n’avaient jamais été fermés ailleurs », a indiqué le DHoracio Arruda en conférence de presse jeudi. Il a ajouté que davantage de secteurs seront considérés comme essentiels et demeureraient ouverts. Les fermetures viseraient surtout « certaines parties de luxe » de l’économie, alors que les « rassemblements importants » seraient interdits. Plutôt que d’adopter un confinement s’appliquant à tout le Québec, il pourrait y avoir des « confinements localisés », en fonction de l’évolution de la pandémie dans chaque région, a-t-il indiqué. Pourquoi ce changement ? « On a appris plus de choses sur le virus » et le confinement a des « effets pervers », entre autres sur la santé mentale, a fait valoir le DArruda.

« Situation difficile » dans des CHSLD

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

Québec demande à nouveau à Ottawa de maintenir au moins 1000 militaires jusqu’au 15 septembre.

François Legault a déploré une baisse du nombre de soldats dans les CHSLD et demande à nouveau à Ottawa de maintenir au moins 1000 militaires jusqu’au 15 septembre. L’aide de l’armée est indispensable, car « il y a encore une situation qui est difficile dans les résidences de soins de longue durée », a-t-il plaidé. Au total, 218 CHSLD, résidences privées pour aînés et ressources intermédiaires ont des cas de COVID-19 ; 1126 résidants sont infectés. Le 21 mai, il y avait 1320 soldats sur le terrain. Il y en a 400 dans les CHSLD en ce moment et 350 « qui font de la supervision à l’extérieur des CHSLD ».

M. Legault ne « comprend pas ce ratio » et demande que « plus de superviseurs aillent dans les CHSLD, car ce sont surtout des bras dont on a besoin ». « On aimerait revenir à au moins 1000 soldats », a-t-il ajouté. La mission de l’armée doit prendre fin vendredi. Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, a déclaré que « nos militaires ne vont pas abandonner nos aînés », sans donner plus de précisions.

En réponse aux interrogations du premier ministre Legault, l’armée canadienne répond la chose suivante : « Lorsque des militaires sont déployés dans un CHSLD, ils arrivent préparés et autosuffisants. Pour ce faire, du personnel à l’arrière doit s’assurer qu’ils ont tout le nécessaire pour effectuer leurs tâches », indique le sous-lieutenant Daniel Pineda, officier aux Affaires publiques.

Quelque 350 militaires sont effectivement « en support » à ceux qui œuvrent sur le terrain. Ils occupent diverses tâches, précise l’armée.

Certains sont responsables du soutien logistique : les repas, le transport, l’équipement de protection individuel, les forces fournissant blouses, masques et gants ainsi que nourriture à ses membres. Il y a aussi la gestion et la réservation du logement, le soutien administratif, les soins de santé aux soldats infectés, l’appui aux militaires placés en isolement, sans compter le haut-commandement qui gère l’opération ainsi que les aumôniers et les travailleurs sociaux responsables du « soutien psychologique aux militaires déployés sur le terrain ».

S’ils n’étaient plus que 400 à pied d’œuvre dans 18 CHSLD en date d’hier, quelque 1000 membres des forces armées étaient jusqu’à tout récemment déployés directement dans des CHSLD du Québec. Ils se sont graduellement retirés de certains établissements au cours des derniers jours.

« Des reconnaissances dans de nouveaux établissements qui ont besoin d’assistance sont en cours, toujours en coordination avec nos partenaires. Les forces armées canadiennes se redéploient actuellement dans de nouveaux établissements », précise le sous-lieutenant Pineda.

D’autres griefs contre Ottawa

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

François Legault, premier ministre du Québec

« Il y a beaucoup de choses qui m’inquiètent » dans le transfert de 14 milliards annoncé par Ottawa pour aider les provinces dans le déconfinement, a affirmé François Legault. Évidemment, il tient aux 3 à 4 milliards qui reviendraient au Québec. Mais il reproche à Ottawa d’en profiter pour « avoir un certain contrôle », entre autres sur la stratégie de dépistage et l’approvisionnement en équipements de protection individuelle. Il demande au fédéral de « respecter les compétences des provinces » en matière de santé. « L’autre chose qu’on demande ensemble, tous les premiers ministres des provinces, c’est que le montant soit récurrent puis qu’on passe par le transfert en santé aux provinces pour le faire », a-t-il ajouté. Il a un autre grief contre Ottawa : celui-ci « commence à vouloir passer par-dessus les provinces pour aller travailler avec les municipalités ».

Port du masque obligatoire réclamé

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Nimâ Machouf, épidémiologiste

En conférence de presse devant le CHUM, des professionnels de la santé, dont l’épidémiologiste Nimâ Machouf, ont demandé à Québec de rendre obligatoire le port du masque pour les plus de 12 ans dans les lieux publics fermés et les espaces extérieurs où la distanciation physique est difficile à respecter. C’est une mesure peu coûteuse qui permet de réduire la transmission du virus, ont-ils expliqué en substance. De son côté, la Commission de transport de Toronto a annoncé que ses passagers seront obligés de porter le masque à compter du 2 juillet. Mais Québec maintient sa position : il se limite à recommander fortement le port du masque. « Quant à le rendre obligatoire actuellement, je vais attendre les différentes autorités internationales, canadiennes et au Québec, nos experts, qui regardent les pour et les contre », a dit le DArruda. François Legault appuie la position de la Santé publique. « Ce que je comprends, c’est que, rendre obligatoire, ça suppose des pénalités, ça suppose d’avoir une police qui va vérifier tout ça », a-t-il plaidé.

Des préposés formés à l’automne ?

Une partie des 10 000 personnes qui devaient être formées cet été pour devenir préposé aux bénéficiaires en CHSLD le seraient finalement à l’automne. Il s’agit d’aides de service qui travaillent déjà dans le réseau de la santé et qui ont soumis leur candidature. François Legault a justifié ce report éventuel en disant qu’il ne veut pas priver le réseau de personnel et « nuire aux services aux aînés durant les trois prochains mois ». Plus de 80 000 personnes se sont portées candidates pour suivre la formation du 15 juin à la mi-septembre. De ce nombre, 34 000 se sont dites prêtes à travailler à temps plein, y compris pendant les quarts de nuit. C’est parmi elles que Québec recrute 10 000 aspirants préposés.

La tendance à la baisse se poursuit

La COVID-19 a causé la mort de 24 personnes de plus, pour un total de 5105, a annoncé Québec jeudi. La tendance à la baisse se poursuit, alors que 875 personnes sont hospitalisées, une baisse de 43 en 24 heures. Parmi elles, 114 se trouvent aux soins intensifs (-3). Les nouveaux cas de COVID-19 se limitent à 144, pour un total de 53 485.

— Avec Gabrielle Duchaine, La Presse