Un grutier mis en quarantaine après avoir travaillé dans cinq chantiers différents et un ferblantier dont le diagnostic positif a mené à l’arrêt de travail de deux confrères ont suscité la grogne d’ouvriers sur deux importants chantiers de construction depuis une semaine.

Tristan Péloquin Tristan Péloquin
La Presse

La FTQ-Construction réclame d’être davantage impliquée dans les enquêtes de la Santé publique et des employeurs afin d’éviter que ce genre de situation se reproduise à l’avenir.

Dans le cas du grutier, ses symptômes ont commencé la semaine dernière, après qu’il eut travaillé à différentes occasions sur le chantier du REM. Il a éprouvé des difficultés respiratoires et s’est rendu dans une clinique, où un médecin a constaté une faible saturation sanguine en oxygène, et considéré qu’il s’agissait d’un cas « probable » de COVID-19.

Au cours des jours précédents, l’ouvrier avait aussi travaillé sur le chantier de l’échangeur Turcot, ainsi que sur un autre chantier à Rivière-du-Loup.

Il a immédiatement été mis en quarantaine pour 14 jours. Deux tests se sont finalement révélés négatifs, mais la situation a suscité de vives inquiétudes sur le chantier. « C’est l’enfer à gérer. Le grutier a eu des menaces d’autres travailleurs, qui l’ont appelé le soir à la maison », affirme Evans Dupuis, président de l’Union des travailleurs grutiers, affiliée à la FTQ-Construction. « C’est ce qui arrive quand on n’a pas d’information. On l’apprend entre les branches parce que les gars sont inquiets. La bagarre va pogner sur les chantiers si ça ne change pas », dit-il.  

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Un grutier a ressenti des symptômes associés à la COVID-19 la semaine dernière, après qu’il eut travaillé à différentes occasions sur le chantier du REM.

NouvLR, le maître d’œuvre du chantier, dit avoir mené sa propre enquête et exclu les ouvriers qui travaillent pour le même sous-traitant en attendant les résultats de tests. « NouvLR informe régulièrement, voire quotidiennement, les syndicats de la situation de la COVID-19 sur nos chantiers, incluant les cas confirmés ou suspects, indique le porte-parole Marc-André Lefebvre. Toutefois, l’identité des travailleurs touchés par la COVID-19 est un renseignement confidentiel que nous avons l’obligation de protéger. »

Syndicats normalement impliqués

Les syndicats sont en temps normal directement impliqués dans les enquêtes liées aux accidents de travail sur les chantiers de construction. La Direction de santé publique et les employeurs refusent cependant de les impliquer dans les cas d’infection, pour des raisons de protection des renseignements personnels.

« L’obligation de maintenir la confidentialité est le principal enjeu quand on parle d’impliquer les syndicats. On y va au cas par cas. En principe, on en divulgue le moins possible pour arriver à nos fins, mais il n’y a pas de recette unique », explique le DGeoffroy Denis, chef du service de médecine au travail à la Direction de santé publique.

La FTQ-Construction réclame que les choses changent. « Il y a des chantiers où il faut faire une véritable chasse aux sorcières pour avoir l’information. On demande plus de transparence. Nous avons des représentants en prévention qui peuvent jouer un rôle important, tout en respectant la confidentialité. C’est un principe qu’on a aussi à cœur », dit Sylvie Vandette, conseillère syndicale au chantier du REM.

La FTQ-Construction dit qu’elle a aussi besoin de cette information pour s’assurer que les travailleurs mis en arrêt de travail soient indemnisés par les bons programmes. « La COVID est une maladie qu’on connaît encore mal. Si la personne est infectée sur un chantier, c’est primordial que la CNESST soit impliquée dans le dossier dès le départ, en cas de complications dans le futur », indique Simon Lévesque, conseiller à la santé et sécurité à la FTQ-Construction.

La Direction de santé publique dit évaluer cette demande. « C’est sur la table. Il y a des discussions au niveau provincial. Ce n’est pas écarté du revers de la main », dit le DDenis.

Ferblantiers à l’arrêt malgré un test négatif

Une situation semblable s’est aussi produite la semaine dernière, lorsqu’un ferblantier a aussi dû être mis en quarantaine sur le chantier d’une tour de 18 étages à Terrebonne, après avoir été infecté par un membre de sa famille.

Deux de ses compagnons de travail ont reçu des tests négatifs dans les jours qui ont suivi, mais des travailleurs inquiets ont exigé qu’ils soient quand même retournés à la maison malgré ces résultats, ce à quoi le contremaître a consenti.

« J’ai reçu un appel. Ça sentait la soupe chaude sur le chantier. Les gars avaient peur », dit le représentant du Syndicat interprovincial des ferblantiers et couvreurs, Jean-Pierre Ouellet. Il insiste sur le fait qu’il a normalement une très bonne collaboration avec le maître d’œuvre du chantier, Groupe CH2015, mais estime que les syndicats auraient dû être impliqués dès le départ pour calmer le jeu.

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Jean-Pierre Ouellet, représentant du Syndicat interprovincial des ferblantiers et couvreurs

« Je ne veux pas jouer au dictateur sur le chantier. On n’est plus à l’époque du syndicalisme totalitaire des années 80. Mais je pense qu’on a un rôle important à jouer. Moi, je veux juste m’assurer que ce soit clair et que les règles soient respectées », dit M. Ouellet.

Les deux travailleurs sont revenus au travail lundi. Groupe CH2015 affirme que l’incident est dû à une « mauvaise communication et une mauvaise compréhension ». « À partir du moment où les travailleurs ont bien compris ce que signifie un test négatif, la situation a été réglée », affirme la porte-parole Mylène Dupéré.