C’est dans les centres de soins de longue durée que la COVID-19 fait le plus de ravages, et voilà que des chercheurs veulent y amener la haute technologie en renfort. Leur idée : des montres intelligentes et des algorithmes d’intelligence artificielle capables de repérer les patients infectés avant même qu’ils ne développent de symptômes.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

« On sait que les résidants asymptomatiques peuvent transmettre la COVID-19 à des employés qui, à leur tour, peuvent la transmettre à d’autres aînés. Repérer rapidement les cas et les isoler est donc un défi crucial dans les centres de soins de longue durée », dit Samira A. Rahimi, professeure adjointe au département de médecine familiale de l’Université McGill, qui dirigera ce projet. Elle rappelle qu’au Québec, 80 % des décès liés à la COVID-19 sont survenus dans les CHSLD et les résidences pour personnes âgées.

De concert avec des chercheurs torontois, Mme Rahimi veut munir les résidants de montres intelligentes qui transmettront en temps réel des signes vitaux comme la température, la pression artérielle ou le taux d’oxygène dans le sang des aînés. Les rythmes du sommeil seront aussi étudiés. Il est possible que d’autres capteurs doivent être placés sur le corps des résidants, mais la professeure Rahimi espère que les montres suffiront.

PHOTO FOURNIE PAR SAMIRA A. RAHIMI

Samira A. Rahimi, professeure adjointe au département de médecine familiale de l’Université McGill

Ces informations seront transmises en continu à un système d’intelligence artificielle.

« Les algorithmes tenteront de détecter des anomalies chez les patients qui indiqueraient une infection. Nous pensons que des changements dans la pression, le taux d’oxygène et le sommeil surviennent avant que les symptômes de la COVID-19 apparaissent », explique Samira A. Rahimi. Si un changement est détecté, une alerte sera envoyée au personnel soignant, qui pourra alors faire passer un test diagnostique et isoler le patient.

Projet pilote

Cette méthode de surveillance à distance sera testée dans le cadre d’un projet pilote au CHSLD juif Donald Berman, ainsi que dans un centre de soins de longue durée de Toronto. Si elle s’avère efficace, elle pourrait plus tard être étendue à d’autres établissements. Mme Rahimi a reçu un soutien financier de l’entreprise pharmaceutique Roche Canada dans le cadre du concours « Défi innover contre la COVID-19 », qui a récompensé 11 solutions potentielles dans la lutte contre la COVID-19.

La chercheuse souligne que les employés des CHSLD, particulièrement en période de pandémie, n’ont pas le temps de prendre régulièrement la température ou les signes vitaux des résidants, d’où l’avantage d’un système de surveillance automatisé. Les montres ne sont pas envahissantes, ont des piles qui durent longtemps et sont résistantes à l’eau, si bien que les résidants n’ont pas à s’en soucier et peuvent les oublier. Le projet a évidemment reçu l’aval des comités éthiques nécessaires. Il s’inscrit dans un mouvement plus vaste appelé « l’internet des objets médicaux », qui vise à récolter et à analyser des données médicales à distance afin d’améliorer les soins et les diagnostics.