(Montréal) Une éclosion de COVID-19 ayant touché des travailleurs étrangers temporaires et d’autres employés d’une entreprise agricole du Québec a soulevé des préoccupations concernant les risques pour la santé lorsque les travailleurs agricoles se déplacent entre plusieurs installations.

Jillian Kestler-D'Amours
La Presse canadienne

Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Montérégie-Centre a déclaré avoir dit à l’entreprise, Vegpro International, d’utiliser une main-d’œuvre plus « stable » après qu’une vingtaine de travailleurs eurent récemment été déclarés positifs à la COVID-19.

Les 23 travailleurs, dont 18 travailleurs étrangers temporaires, étaient employés à l’usine de Sherrington, qui expédie des produits au Canada et dans le nord-est des États-Unis.

Le CISSS a recommandé à l’entreprise « d’assurer une meilleure stabilité des travailleurs, y compris ceux des agences », selon la porte-parole Chantal Vallée.

Cela limiterait le nombre de contacts entre les travailleurs, a dit Mme Vallée, et permettrait à l’entreprise de créer un registre qui pourrait être utilisé pour suivre l’éclosion.

« Nous suivons la situation de près », a ajouté Mme Vallée.

Jeudi, Vegpro a déclaré que sa principale préoccupation était le bien-être de ses travailleurs.

Le communiqué de la compagnie n’a pas précisé combien des 1000 employés de l’entreprise sont des travailleurs étrangers temporaires ou combien sont employés par des agences.

Vegpro a déclaré avoir effectué une enquête interne après que son premier travailleur eut été déclaré positif à la COVID-19 le mois dernier.

Le CISSS a dit avoir envoyé jeudi une unité mobile aux installations de Vegpro International et testé 15 autres travailleurs.

Mme Vallée a soutenu que l’entreprise prenait « très au sérieux » la recommandation d’assurer une meilleure stabilité des travailleurs.

Joey Calugay, un organisateur communautaire du Centre des travailleuses et travailleurs immigrants (CTI) à Montréal, a souligné que de nombreux travailleurs embauchés par le biais d’agences de placement sont de nouveaux immigrants qui cherchent leur « première entrée sur le marché du travail » au Québec.

D’autres sont des travailleurs immigrés plus âgés qui cherchent à compléter leurs revenus par du travail journalier, ainsi que des demandeurs d’asile et des travailleurs sans papiers, a expliqué M. Calugay.

Il a indiqué que les pénuries de main-d’œuvre ont poussé certaines moyennes et grandes entreprises à embaucher par le biais d’agences.

« Elles embauchent parfois des journaliers, des travailleurs qui viennent des villes », a déclaré M. Calugay, notant que cela pourrait contribuer à la propagation de COVID-19.

« Si quelqu’un tombe malade, la propagation est rapide. »

En avril, le gouvernement du Québec a annoncé qu’il investirait 42,6 millions pour soutenir le secteur agricole, qui, selon lui, faisait face à une pénurie de travailleurs en raison de la pandémie.

Julio Lara, un représentant au Québec du syndicat des Travailleurs unis de l’alimentation et du commerce (TUAC), a déclaré que la pandémie de COVID-19 a mis en évidence la nécessité d’utiliser une main-d’œuvre plus permanente, en particulier dans des secteurs clés tels que l’agriculture.

M. Lara a fait valoir que ces temps de crise font réaliser quels types d’emplois sont vraiment essentiels, et que ceux-ci sont souvent oubliés ou sous-estimés.