(Ottawa) Le gouvernement Trudeau est désormais disposé à prolonger le déploiement de quelque 500 militaires dans les CHSLD du Québec pendant encore quelques semaines, écartant ainsi l’idée de mettre fin de manière abrupte à leur mission alors que ces établissements continuent d’être touchés par la pandémie de COVID-19.

JOËL-DENIS BELLAVANCE JOËL-DENIS BELLAVANCE
La Presse

Le premier ministre Justin Trudeau répond donc en partie à la demande de son homologue du Québec, François Legault, qui avait réclamé qu’Ottawa prolonge la présence des militaires dans les CHSLD jusqu’au 15 septembre.

Depuis la mi-avril, quelque 1100 militaires sont déployés dans une vingtaine de CHSLD de la province. Leur mission devait prendre fin le 12 juin. M. Legault avait réclamé cette prolongation afin de mener à bien sa campagne de recrutement de 10 000 nouveaux préposés aux bénéficiaires qui devront suivre une formation d’environ trois mois.

Selon des informations obtenues par La Presse, des militaires mènent discrètement des missions de reconnaissance afin d’établir les besoins dans les divers CHSLD où leur présence est toujours requise pour déterminer le nombre de soldats qui y seraient déployés. Il n’est d’ailleurs pas exclu que ces militaires se rendent dans d’autres CHSLD si la situation le commande, a-t-on indiqué en coulisses.

« Les militaires ne s’occuperaient pas seulement des CHSLD où ils sont en ce moment. Initialement, ils devaient s’en aller après leur mission dans ces CHSLD. Ils seraient prêts à rester au Québec tant que les cas n’auront pas été contrôlés. Mais ce ne serait pas toutes les troupes, évidemment », a indiqué une source gouvernementale à Ottawa.

En privé, on évoque aussi la possibilité de faire appel à des employés de la Croix-Rouge et à des bénévoles pour combler le départ éventuel d’un contingent de soldats.

Fin de non-recevoir

Ce dossier tenaille le cabinet de Justin Trudeau depuis que le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, qui est lui-même un ancien militaire, a opposé une fin de non-recevoir à la demande de François Legault, le mois dernier.

« Je peux vous assurer qu’on ne pourra pas tenir comme ça pendant quatre autres mois […] Nous n’avons pas le personnel suffisant ; nos gens travaillent sept jours sur sept, ce n’est tout simplement pas soutenable », avait déclaré M. Sajjan au réseau CBC, quelques heures seulement après que M. Legault eut fait état de sa demande devant les médias.

PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Harjit Sajjan, ministre de la Défense

Il faut dire que le premier ministre Trudeau s’est également montré réticent à donner suite à la requête de Québec en rappelant que la présence de l’armée dans des CHSLD relevait de l’anomalie.

« Ce n’est pas une solution à long terme. […] C’est une mesure préliminaire, et il faut voir comment on peut passer à une autre étape pour que le Québec puisse prendre en contrôle la situation directement », avait-il dit.

Cette question a mis les ministres québécois du gouvernement fédéral sur la sellette. Ces derniers craignent vivement les conséquences politiques du fait de voir les militaires plier bagage alors que la pandémie continue de sévir dans les CHSLD.

« C’est un dossier à risque très élevé pour nous », a-t-on confié dans les rangs libéraux, rappelant en guise d’exemple un éditorial percutant de La Presse portant le titre « L’armée ne peut déserter ».

Au cours des dernières semaines, le ministre Sajjan a fait valoir que les militaires ont d’autres obligations qui ne peuvent être mises de côté pendant cette pandémie, notamment la reprise de leurs exercices militaires pour des missions à l’étranger et l’obligation de se préparer à la saison des incendies de forêt, entre autres choses. La pandémie a d’ailleurs mis entièrement sur pause les efforts de recrutement que mènent constamment les Forces armées canadiennes.

Pourparlers

Selon nos informations, les pourparlers entre Ottawa et Québec se poursuivent sur la durée de cette prolongation. Québec tente aussi de voir s’il ne serait pas possible de maintenir plus de 500 soldats.

« Les soldats sont très bons. Ils ont fait une différence. Il faut le dire », a souligné à La Presse une source à Québec qui a requis l’anonymat parce qu’elle n’était autorisée à parler publiquement ni de ce dossier ni des pourparlers entre les deux capitales.

Au bureau du premier ministre Justin Trudeau, une porte-parole, Chantal Gagnon, a indiqué que « les discussions se poursuivent » entre les deux gouvernements.

Depuis que le ministre Sajjan a jeté une douche froide sur la demande du premier ministre François Legault, des ministres québécois du cabinet sont montés au créneau, en particulier le leader du gouvernement en Chambre, Pablo Rodriguez, qui est aussi le lieutenant politique de Justin Trudeau au Québec.

Selon nos informations, M. Rodriguez a interpellé le ministre Sajjan à quelques reprises au cours des dernières semaines. Il lui a notamment fait valoir qu’il était impensable que les militaires quittent Montréal alors que la métropole demeure l’épicentre de la pandémie de COVID-19 au pays et que le travail qu’effectuent les militaires dans les CHSLD a permis de sauver des vies.

M. Rodriguez a d’ailleurs déclaré au réseau TVA, la semaine dernière, qu’Ottawa « ne laissera pas tomber nos aînés ». « Nous allons faire partie de la solution », a-t-il notamment affirmé.